L’affaire Yaya Dillo « relève du cadre juridique » selon le MAE

Le ministère des Affaires étrangères a transmis ce lundi 1er mars un communiqué aux missions diplomatiques et aux ONG installées au Tchad. L’objectif étant « d’informer sur la situation qui prévaut dans notre capitale » depuis le 28 février 2021 suite à l’affaire Yaya Dillo. Voici les faits décrits par la missive officielle.

24 heures après le communiqué du ministère de la Communication, Porte-parole du gouvernement sur l’affaire Yaya Dillo qui secoue la ville de N’Djaména depuis ce dimanche 28 février 2021, c’est au tour de celui des Affaires étrangères d’en publier un autre… adressé aux chancelleries étrangères et aux ONG installées au Tchad. Ce document relate la version des faits du gouvernement et remonte aux mois de  mai 2020 et de novembre 2020 : «(…)  depuis quelques jours, les autorités judiciaires sont confrontées à une rébellion de Monsieur Yaya Dillo, qui a refusé d’obtempérer aux injonctions de la police venue lui présenter un mandat d’amener. (…) pour avoir refusé de répondre à une convocation de la police judiciaire suite à deux plaintes déposées contre  lui : refus de restituer trois véhicules de service après avoir quitté ses fonctions de représentant  de  la C EMAC et diffamation et insulte à l’égard de l’épouse du Chef de l’Etat »

Ce samedi 27 février 2021 donc, Yaya Dillo Djerou Betchi, qui avait déposé son dossier de candidature pour l’élection présidentielle du 11 avril prochain sous les couleurs du Parti socialiste sans frontière (PSF), avait publié sur sa page Facebook qu’il avait été attaqué par des hommes armés. Le lendemain, il annonçait sur les coups de 5 heures du matin que sa mère et des membres de sa famille ont été tués suite à un assaut de militaires de la DGSSIE.

La version du ministère des Affaires étrangères diffère en tout point de celle décrite par l’ancien Conseiller chargé de mission du Président Idriss Déby Itno entre 2011 et 2016. Voici ce que précise le communiqué après avoir apporté quelques éléments sur une soustraction  à la justice que le ministère qualifie de volontaire (« il s’est alors réfugié dans sa région natale à ]a frontière tchado- soudanaise ») depuis plusieurs  mois : « le 27 février au matin, un mandat d’amener lui a été présenté par la Police, qui a localisé son refuge. Monsieur Yaya Dillo, entouré de cinq (05) hommes armés  de  fusils  de guerre, s’est montré hostile et menaçant. il a alors refusé de déposer les armes et de se laisser interpeler. (…) Face à cette résistance, les officiers de la Police Judiciaire ont jugé utile d’ interrompre leur mission et de quitter les lieux afin de rendre compte à leur hiérarchie. »

Sur la mort de la mère de Yaya Dillo, « une enquête établira les faits »

Le récit du ministère des Affaires étrangères se poursuit : «(…) les autorités judiciaires ont alors instruit la Police de tout faire pour  que  cesse  ce qui  était devenu  une  rébellion  armée  de  fait  dans  la  capitale,  d’autant  plus  que  plusieurs  personnes avaient pu être identifiées dans l’endroit de résidence de Monsieur Yaya Dillo comme détenant  des armes de guerre et déterminés à s’en servir. »

C’est ainsi qu’on en arrive à cette funeste matinée du 28 février 2021 : « Avec des moyens conséquents, les forces de  l’ordre  se  sont  à nouveau présentées au lieu de résidence de Monsieur Yaya Dillo afin de faire  cesser  cette  rébellion armée et de le soumettre à la loi. A l’arrivée des forces de l’ordre le 28 février au matin,  Monsieur  Yaya  Dillo  a  directement ouvert le feu, blessant trois agents des forces de l’ordre,  tout en se  protégeant derrière  le rempart des membres civils de sa famille. Un tir de l’intérieur visant les forces de l’ordre a mortellement atteint la mère de Yaya Dillo. Une enquête établira les faits. Faisant cesser les tirs, les forces de l’ordre se sont retirées. Tous les blessés ont été évacués à l’hôpital. A fin de permettre une reddition sans violence, une médiation a été initiée pendant plusieurs heures avec Monsieur Yaya Dillo qui a finalement refusé de se rendre. »

Le communiqué précis aussi que dans la cohue qui s’est en est suivie « les policiers ont laissé partir plusieurs civils qui fuyaient afin de ne pas faire d’autres victimes collatérales. Monsieur Yaya Dillo s’est alors probablement échappé profitant de se cacher parmi eux. A l’heure, actuelle il n’est plus localisé et a déclaré sur les réseaux sociaux s’être caché ailleurs. »

Cette note du ministère des Affaires étrangères assure par ailleurs que « le Gouvernement tchadien ne peut laisser perdurer cette situation insurrectionnelle menée par un récidiviste qui refuse d’obéir aux lois en vigueur, défie les forces de l’ordre et cherche, vis-à-vis de la communauté et la presse nationales et internationales à légitimer sa situation en se présentant faussement comme une victime et  à provoquer des troubles graves. »

Le communiqué se conclut en regrettant l’instrumentalisation de cette affaire  « par certains acteurs politiques et ceux de la société civile » tout en signifiant qu’elle « relève purement du cadre judiciaire ».

Chérif Adoudou Artine

Les petits candidats : pourquoi y vont-ils ?

Autant le nombre pléthorique de candidatures lors de la consultation électorale présidentielle de 1996 est compréhensible, autant celui (qui n’est pas encore très élevé) de cette année interroge sur le bien fondé de la démarche des « petits ». Pourquoi y vont-ils ?

En 1996, nous avions vu quinze candidats postuler pour l’élection présidentielle. La grande messe qu’a été la Conférence nationale souveraine, les espoirs nés d’une démocratisation avançant à pas de charge et la nouveauté justifiaient en grande partie l’engouement rencontré.

Cinq en plus tard, en 2001, ce sont sept Tchadiens qui ont souhaité accéder à la magistrature suprême.

2006, cinq candidatures (les partis de l’opposition avaient décidé de boycotter l’élection).

2011, la ferveur étant retombée, conjuguée à  un nouveau boycotte des leaders de l’opposition… les électeurs tchadiens n’ont eu le choix qu’entre trois candidats. Idriss Déby Itno (MPS – Mouvement patriotique du salut), Payimi Padacké Albert (RNDT – Rassemblement national des démocrates tchadiens) et Madou Nadji de l’ASRI (Alliance socialiste pour un renouveau intégrale).

Lors de la dernière consultation, 2016, un regain d’intérêt pour cette élection capitale a vu à nouveau le jour avec treize postulants.

Revenons en 2021, combien sont-ils en ce mardi 23 février à avoir émis officiellement le souhait de présider aux destinées du Tchad ?

Le premier d’entre-eux à s’être manifesté est Roumadoungar Félix Nialbé de l’URD (Union pour le renouveau et la démocratie)… depuis, dix autres acteurs politiques ont décidé de s’attaquer à la citadelle rose. S’y attaquer par voie de vote s’entend.

Avant de parler de leurs chances de victoire respectives, parlons de leurs chances de se présenter.

Être investit par son parti ou sa coalition politique  est une chose. Devenir un candidat officiel reconnu par la CENI en est une autre. Ils ne seront pas tous sur la ligne de départ le 11 mars prochain, date officielle du début de la campagne électorale, car il y a des conditions drastiques à respecter. Il faudra passer l’étape Cours Suprême qui en a fait tomber plus d’un, dont le plus illustre est le candidat fédéraliste Yorongar Nguarleji en 2016.

Ces conditions, drastiques donc, sont reprises dans le code électorale du 22 juillet 2019 – loi 033 (des modifications lui ont été apportées à travers la loi 045).

Vous pouvez consulter ce code électoral ici.

Les articles qui définissent les conditions d’éligibilité sont ceux du chapitre II allant de 111 à 113 et du chapitre III allant de 178 à 186.

On constate, en autres, qu’il faut :

Déposer une caution de 10 millions de francs (remboursable uniquement si le candidat obtient 10% des suffrages exprimés lors de l’élection)

Les candidatures doivent être déposées au moins 40 jours avant la date du scrutin. Dans le cas de figure actuel, cela nous donne le dimanche 28 février 2021 comme date butoir.

Le candidat doit résider au Tchad depuis au moins cinq ans

Être Tchadien de père et de mère et ne pas jouir d’une autre nationalité.

La question que je me pose et à laquelle je n’ai pas trouvé de réponse est ‘’faut-il ne jamais avoir eu d’autre nationalité ou alors on peut tout simplement renoncer à son autre nationalité pour être qualifié à la candidature ?’’. Je poserai la question à Kébir Mahamat Abdoulaye.

Un candidat indépendant doit présenter 40 000 (quarante mille) signatures de détenteurs de cartes d’électeurs pour espérer être qualifié.

Qu’en est-il des chances des candidats en lice s’ils parviennent à passer l’étape Cours suprême ?

Ils sont pour l’instant onze à s’être déclarés, onze que l’on peut répartir en quatre catégories :

A. Les DNS (Did no start) pour emprunter au vocabulaire du sport. Ceux qui ne se présenteront pas au final.

Brice Mbaïmon Guedmbaye

Balthazar Aladoum Djarma

Mahamoud Ali Mahamoud

Mahamat Adoum

Yaya Dillo Djérou

B. Les outsiders. Même si ici nous aurons des DNF (Did no finish), ceux qui se désisteront après s’être lancés.

Félix Nialbé

Beassemda Lydie

Théophile Bongoro

Pahimi Padaké Albert

C. Le challenger

Saleh Kebzabo

D. Le favori

Idriss Déby Itno

Pourquoi est-ce que les catégories A et B se présentent, sachant que leurs chances de victoire sont quasi inexistantes ?

Les candidatures de ceux que l’on appelle ‘’les petits candidats’’ sont utiles au jeu démocratique. Au-delà de la fraicheur certaine qu’elles insufflent aux joutes électorales, elles confortent la démocratie dans ce qu’elle a de pluraliste.

Exister sur l’échiquier politique

Autre avantage pour les petits partis ? Un grand quotidien régional français avait posé la question au chercheur Bruno Cautrès du CEVIPOF (Centre de recherches politiques de Sciences Po – Paris) : «Certains petits candidats veulent se visibiliser (ndlr : durant cette période qui donne la chance à tous les candidats de parler à la télévision). Cela incite effectivement des petits mouvements politiques, des petits candidats à vouloir percer le mur de l’anonymat et vouloir profiter du tremplin de l’élection présidentielle. Parfois, à leurs dépens et à leurs risques et périls. » (…) si le candidat n’atteint pas « les 5 % lui permettant d’être remboursé de ses frais de campagne. Ce fut le cas de Philipe de Villiers, qui y a laissé une partie de sa fortune personnelle. C’est toujours dangereux pour un petit candidat qui arriverait à récolter les 500 signatures de ne pas avoir l’appui d’un grand parti politique derrière.»

Chérif Adoudou Artine

G5 Sahel – le communiqué final

Communiqué final de la session ordinaire du G5 Sahel

La 7ème session ordinaire du G5 Sahel s’est tenue ce lundi 15 janvier 2021 à N’Djaména. Retrouvez le communiqué final de la 7ème session ordinaire des Chefs d’Etat du G5 Sahel sur ce lien : communiqué final

Chérif Adoudou Artine

Le Tchad redéploie des troupes dans la zone des trois frontières

Lors de la 7ème session ordinaire du G5 Sahel, qui s’est tenue à N’Djaména ce lundi 15 février 2021, le Tchad a annoncé l’envoi de plus d’un millier d’hommes dans la partie du Sahel la plus menacée par les djihadistes. Notre pays assume sa place de leader régional alors que le Président Déby prend la présidence tournante de l’organisation.

Le Tchad est plus que jamais le maître du jeu dans la lutte contre les extrémismes violents au Sahel. Alors que s’ouvrait le 7ème sommet ordinaire du G5 Sahel (en prélude à la session de travail à huis-clos des chef d’état ce lundi 15 janvier) et que le Maréchal Idriss Déby Itno assure la présidence tournante de l’organisation, notre pays a envoyé 1 200 éléments de l’ANT dans la zone dite des trois frontières (aux confins du Burkina Faso, du Mali et du Niger) dans le cadre de la Force Conjointe – G5 Sahel (FCG5S), le pendant militaire de la coalition G5 Sahel.

L’annonce a été faite par Idriss Déby Itno aux Chefs d’État réunis lors des travaux à huis-clos qui ont suivis la plénière d’ouverture. L’hôte de la réunion n’a pas manqué de souligner en filigrane l’importance du renforcement des effectifs dans son discours de clôture prononcé après le passage de relais entre le président mauritanien Mohamed Ould El Ghazaounai et lui-même : ‘’En matière de lutte contre le terrorisme, notre stratégie militaire gagnera en efficacité si la Force Conjointe du G5 Sahel et les Forces armées des pays du Sahel montent en puissance. (…) C’est pourquoi, il est impératif que nous consolidions le dispositif sécuritaire afin de l’adapter à la dimension de la menace. »

Mais le Président tchadien est allé plus loin en évoquant les questions de financement et l’importance des partenaires dans le renforcement du G5 Sahel : ‘’La situation socio-économique de nos pays n’est pas très reluisante, et ne nous permet pas de faire face seuls efficacement aux grands défis actuels.  Le poids de la dette se fait sentir avec acuité et plombe déjà nos efforts de développement. L’exécution de nos Plans de Développement peine à atteindre les taux de réalisation escomptés, faute de financements conséquents.(…) C’est le lieu de saluer et remercier l’engagement de tous nos partenaires internationaux qui œuvrent au  renforcement des capacités opérationnelles de nos forces armées nationales et celles de la Force conjointe du G5 Sahel, à travers l’envoi des contingents armés et la logistique. »`

Cet envoi de troupes entre dans ce qui est devenu aujourd’hui une habitude pour le Tchad. En 2013 déjà, notre armée est allée renforcer l’opération Serval déployée par les Français au Mali sous le couvert de l’ONU dans le cadre de la Mission de soutien au Mali (MISMA) et par la suite Mission multinationale intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA). Les FATIM (Forces armées tchadiennes au Mali) ont fait montre de leur bravoures, de leur mobilité, de leur maîtrise. Un savoir-faire qui leur a permis de débusquer leurs ennemis dans des lieux où leurs compagnons d’armes maliens et français n’osaient pas entrer. On se souvient de cette fameuse bataille de Tigharghar dans la chaine de montagne de l’Adrar des Ifogas (nord-est du Mali). Les forces tchadiennes, commandées par le général Oumar Bikimo, ont décimé les colonnes d’Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) et Ansar al-dine en 45 jours (18 février au 31 mars).

Les premiers éléments des FATIM (500 sur 2000 hommes) sont rentrés courant 2013 à N’Djaména. Ils ont été accueillis avec tous les honneurs par le Général Idriss Déby Itno et la population tchadienne.

Chérif Adoudou Artine

Virez Déby et vous perdrez le Tchad

En 2021, enlevez Déby du pouvoir et ce pays deviendra invivable.  Pourquoi ? En 2021, il y a zéro alternative à Idriss Déby Itno et ce pour des raisons profondes : le Tchad n’est pas le Burkina (cf. 2014), le Tchad est un pays aux spécificités complexes. Le gouverner n’a rien d’une romance.

Virez Déby du pouvoir et c’est le Tchad que vous perdrez. Cette phrase en choquera certains. En énervera d’autres. Me vouera même aux gémonies pour une autre frange. Mais telle est ma conviction.

Regard rétrospectif pour que mes lecteurs comprennent pourquoi je pense cela.

1991, le Président somalien Mohammed Siyaad Barré, qui tenait le pays d’une poigne de fer depuis 1969, a été chassé du pouvoir par ses opposants politiques. Dès lors, comme l’explique le journaliste Stephen Smith, ‘’le pays est tombé sous la gouverne de seigneurs de guerre sans idéologie, ni agendas politiques’’. Durant des années, des Somaliens éberlués et le monde ont assisté au morcellement d’un pays à l’histoire riche et au potentiel aurifère énorme que se sont disputés Portugais, Italiens ou encore Anglais lors de la conquête coloniale. Cette guerre avec en toile de fond l’opposition sanglante entre Ali Mahdi Mohamed (qui a succédé à Syaad Barré) et les factions armées du Général Mohamed Farrah Aïdid était en fait ‘’une rivalité entre clans’’, deux clans qui ont pris en otage tout un peuple durant plus d’une décennie jusqu’à ce que le pouvoir tombe en 2006 entre les mains de forces armées islamistes, l’Union des tribunaux islamiques. (UTB). Quelques présidents se sont succédés (la fameuse alternance) à la tête d’un pouvoir affaiblie et d’un pays morcelé.

2011, Nicolas Sarkozy et son ami Britannique Tony Blair ont décidé, ‘’pour répondre à l’appel de la rue libyenne’’ d’éliminer Mouhammar Khadafi, tout puissant guide la révolution depuis son putsch militaire contre le roi Idriss Ier en 1969. Il avait promis de ‘’reverdir le désert’’, à défaut d’y être arrivé, il a procuré à ses compatriote, après 20 ans d’une politique économique oscillant entre marxisme et libéralisme, un niveau de vie quasi sans égal dans la région. Mais voilà, depuis que l’OTAN est venue libérer la Libye du joug de Kadhafi,  depuis plus de 10 ans, Benghazi, Missrata ou autre Sebha vivent au son des canons et sous le joug de chefs locaux. Ce pays a implosé, cette Jamahiriya qui finançait l’Afrique est devenue l’antichambre de tous les trafics, le poste relai de toutes les mafias…

Ces résumés des 30 dernières années somaliennes et des 10 dernières années libyennes sont éloquents. La Somalie ressemble en beaucoup de points au Tchad (je n’entrerai pas dans ces aspects ethno-géographiques que je ne maîtrise pas, mais je dirai tout simplement que j’ai connu en Belgique une famille Guédi, des Somaliens, qui avait les traits physiques de la grande famille Guédi que nous connaissons au Tchad (peut-être juste une coïncidence). La Libye est notre voisine. Ceci devrait nous ouvrir les yeux, devrait laisser place en nous à plus de sagesse, plus de prudence sur les voies que nous souhaitons emprunter.

Cette fougue revendicative est compréhensible, ces aspirations à plus de liberté sont naturelles, cette volonté de changement peut avoir tout son sens s’il y a de réels alternatives. Et non pas juste vouloir ‘’le changement’’ parce qu’il faut changer, juste parce que la rue burkinabé l’a fait en 2014, juste par mimétisme. Dans le cas de figure actuelle nous avons le pragmatisme aguerri d’un vieux politico-militaire que certains de nos compatriotes, loin d’être les plus nombreux, souhaitent faire partir. Pour quelle offre politique en face ?

Il y a ce néophyte rêveur qui romance le Tchad et pense que la gestion du pouvoir dans notre pays est un soap-opera. Un homme qui n’a jamais été ne fut-ce que chef de carré. Un homme, aussi brillant soit-il, qui ne connaît pas la complexité de ce pays, au point de l’imaginer lisse et lisible. C’est tout à son honneur d’offrir du rêve à des jeunes femmes, des jeunes hommes, des enfants qui sont l’avenir du Tchad. Et parce que c’est l’avenir, chaque décideur politique doit y penser au quotidien, agir pour renforcer sa citoyenneté,  assurer son éducation, sa santé et aplanir ses doutes quant à son entrée dans la vie professionnelle.

Mes Tchadiens, sortons du brouhaha qui nous empêche de nous entendre, peut-être même d’entendre les cris de désolation de certains. Respirons un bon coup et pensons à notre avenir immédiat et à celui à plus long terme de nos enfants et de nos jeunes sœurs et frères. Personne ne voudrait les voir vivre en exile ou vivre chez eux en rasant les murs, non pas pour aller à l’école, mais juste pour aller chercher de quoi se mettre sous la dent. Ces scènes de 1979 que nous racontaient nos parents (et pour certains des bribes de souvenirs), je ne les souhaite à aucun tchadien.

En 2008, les rebelles ont eu le dessus sur le Président Idriss Déby Itno dans l’est du pays, puis à Massaguet…jusqu’à l’acculé à Djambal Bahr, dans son palais présidentiel. C’est la mésentente (résultat de la soif immédiate pour le pouvoir) qui a fait rebrousser chemin à ces ‘’hommes épris de liberté’’ (eux aussi). Si le Président de la République avait cédé aux sirènes françaises qui lui conseillaient de lâcher le pouvoir, les factions qui s’étaient coalisées contre lui auraient transformé N’Djaména, dans un premier temps, et le reste du Tchad, ensuite, en un champ de bataille qui aurait rappelé aux plus âgés l’année 1979.

Nous souhaitons que les choses évoluent ? Elles évolueront, laissons-les évoluer…à leur rythme. Ne cherchons pas à aller trop vite car, comme ma  défunte mère le disait avec beaucoup de sagesse : ‘’Tidorou’l zayd, tamchou tago fil sadayid’’

Chérif Adoudou Artine

Les 5 raisons du plébiscite de Moussa Faki

51 pays sur 54 ont voté pour reconduire Moussa Faki Mahamat à la Présidence de la Commission de l’Union africaine, une première depuis la création en 2002 de l’organisation. Comment et pourquoi notre compatriote a été plébiscité ? Cinq éléments importants sont à retenir : deux inhérents au Tchad et trois à l’action menée depuis quatre ans par M. Faki.

Ce samedi 6 février 2021, le Tchadien Moussa Faki Mahamat a été réélu à la tête de la Commission de l’Union africaine. C’est la première fois qu’un président de la Commission rempile. Aucun de ses quatre prédécesseurs depuis 2002 avec le passage de l’OUA (Organisation de l’unité africaine) à l’UA (Union africaine) n’a effectué plus d’un mandat. L’intérimaire ivoirien Amary Sy, qui a pris cette charge dans l’attente d’élections, a occupé le poste de Président de la Commission du 09 juillet 2002 au 16 septembre 2003. Le malien Alpha Oumar Konaré a remporté le premier scrutin du genre et s’est assis sur le strapontin le plus convoité au siège d’Addis Abéba du 16 septembre 2003 au 28 avril 2008. Le Gabonais Jean Ping et l’Africaine du sud Nkosazana Dlamini-Zuma ont été les troisième et quatrième Présidents, respectivement du 28 avril 2008 au 15 octobre 2021 et du15 octobre 2012 au 30 janvier 2017.

Le rôle d’Idriss Déby Itno dans cette réélection

La natif de Biltine, dans la province du Wadi-Fira, crée donc un exploit sans précédent. Comment et pourquoi a-t-il été plébiscité une nouvelle fois par 51 des 54 siégeants ?

Cinq éléments importants à retenir :

Les deux raisons tchadiennes de ce succès

1 – La nature de ses relations avec Idriss Déby Itno

Moussa Faki Mahamat a été un des 16 premiers ministres sous la présidence d’Idriss Déby Itno. Entre le 24 juin 2003 et le 3 février 2005 cet ancien étudiant de l’Université Marien-Ngouabi de Brazzaville (Congo) a été le premier chef de gouvernement depuis 1990 issu du nord du pays. Avec cette nomination, Idriss Déby Itno a mis fin à ‘’la règle de géopolitique tacite’’ qui veut qu’un Tchadien originaire du sud du pays occupe le premier ministère. Nous étions en 2003, IDI était engagé dans une lutte d’influence qui mêlait ‘’ses frères du Soudan’’ au président Oumar Al Béchir. Pendant ce temps, aux confins soudano-tchadiens, les réfugiés fuyant les milices Djandjawids affluaient par dizaines de milliers… la situation risquait de devenir très vite incontrôlable si une attention particulière du Président de la République n’y était pas apportée.  Le choix d’une personne de confiance pour diriger le gouvernement en ces temps troubles s’imposait…

La suite des relations entre les deux hommes a été marquée par cet épisode.

2 – L’importance du Tchad dans la région centre du l’UA

La diplomatie active du Président de la République depuis 2013 avec comme point de départ l’intégration d’éléments de l’ANT à la MISMA (Mission internationale de soutien au Mali) est un argument de poids pour notre pays et ses ressortissants sur le continent. En 2016, la zone centre de l’Union Africaine (composée de 9 pays – Burundi, Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, République centrafricaine, République démocratique du Congo, São Tomé-et-Príncipe et Tchad) s’est rangée comme un seul homme pour porter le nom d’Idriss Déby Itno au fronton de la présidence tournante de l’UA. Le Tchad a alors, grâce à l’activité de ses diplomates et de son président, pris du galons dans les échanges diplomatiques et sécuritaires. Cette position centrale sur les questions de Paix et de Sécurité (budget le plus important des dix commissariats que compte la Commission de l’UA) a été un avantage primordial pour MFM lorsqu’il s’est agi de convaincre depuis quelques semaines les partenaires continentaux pour un second mandat. Reconnaissants envers le Tchad pour son implication continue, mais aussi conscients de ce que peut apporter Idriss Déby Itno, son armée et ses ramifications les partenaires ont préféré tabler sur la continuité au vu des résultats probants des réformes engagées par Moussa Faki Mahamat.

Les raisons dues à l’action de Moussa Faki Mahamat 

3 – La ratification de la ZLECAF

Alors que certains là désignait comme morte-née, la ZLECAF (Zone de libre échange continentale africaine) a enregistré l’adhésion de presque tous les pays du continent et est entrée en vigueur ce 1er janvier 2021. Certes, le projet enregistre 3 ans de retard sur la feuille de route proposée en 2012 lors du lancement de ce projet ambitieux. ‘’C’est bien la première fois depuis la création de l’UA qu’un texte de cette importance a été conçu, adopté et ratifie puis entré en vigueur (ndlr : en si peu de temps)… Le précédent était l’Acte constitutif de l’UA, poussé en avant par Gaddafi, Mbeki et Obasanjo’’ explique un expert de l’Union africaine.

4 – Les résultats tangibles des réformes en cours au sein de l’UA

Lors du sommet de l’Union à Nouakchott en 2018, les Chefs d’État ont augmenté le budget et élargie les compétences du NEPAD (Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique, un projet de développement basé sur la création d’infrastructures créé en 2001 à Lusaka (Zambie) et réformé à plusieurs reprises). Cette volonté de donner plus d’importance au NEPAD fait partie d’une stratégie générale de réformes de l’institution continentale. Notre expert explique que les chantiers de cette réforme sont nombreux : ‘’ Nous avons la nouvelle structure de la Commission qui a été adoptée, le nouveau processus des opérations de paix et sécurité, sans compter la création dAfripol, qui est l’interpol africain. Cette réforme passe aussi par une modernisation de l’UA, démontrée par tous ces sommets en ligne, chose inimaginable il y a 4 ans.’’

5 – L’implication de l’UA dans la riposte au COVID 19

Photo : AFP

La gestion du COVID-19 par la Commission a été un juge de paix. De sa conduite pouvait dépendre l’avenir de Moussa Faki Mahamat à la Commission. Au vu du résultat des votes de ce samedi 6 février, cette gestion a convaincu.

Dès le mois de mars 2020, l’Union africaine a mis sur pied le groupe de travail africain sur le coronavirus (AFTCOR). Par ailleurs, des approches différenciées de lutte contre le virus et son impact ont été élaborées. Pour contenir la propagation du virus et atténuer son impact socio-économique, les États membres africains continuent de prendre un certain nombre de mesures. Il est certain que cela n’a pas permis d’enrayer la pandémie, mais de la limiter…et au final c’est qui a été apprécié.

Chérif Adoudou Artine

La Santé est un levier de développement

Malgré les achoppements budgétaires consécutifs à  la crise, la politique sociale d’Idriss Déby Itno est restée au centre des préoccupation du gouvernement… Par ailleurs, la nouvelle approche de valorisation de gestion des ressources du pays, perçoit la population comme étant un actif, plutôt qu’une charge de gestion.

Avec un taux de croissance démographique de 3,5% annuel, une moyenne de 7,8 enfants par femmes, le Tchad est l’un des pays à la plus forte croissance de population au monde. En un peu plus de 20 ans, cette dernière a plus que doublé, passant d’un peu plus de 6 millions d’habitants à près de 16 millions d’habitants. Cette hausse a pour conséquence une augmentation des besoins de prise en charge dans tous les domaines : éducation, logement, alimentation, sécurité et bien sûr en soins de santé. Tout cela est du ressort de l’État, qui a au cours de ces 10 dernières années, multiplier les efforts pour garantir l’effectivité de ces droits fondamentaux à sa population.

Abdoulaye Sabre Fadoul, le ministre de la Santé publique et de la Solidarité nationale. Depuis sa prise fonction au sein de ce ministère il a dû composer entre la gestion générale du système et l’urgence lié à la pandémie du Coronavirus. Il s’est adjoint un Secrétaire d’Etat, Djidi Ali Sougoudi (médecin de formation), afin de répondre de la manière la plus efficiente aux enjeux du moment et à ceux à plus long terme. Photo : TchadInfos

Par-delà le fait de réaliser des progrès pour garantir l’effectivité de ces droits, les interventions étatiques se sont inscrites dans une stratégie globale de développement du pays. Ainsi, pour ce qui est de l’accessibilité et la qualité des soins pour les populations, le crédo d’intervention a eu pour but de faire de la santé, un levier de développement du capital humain.  Ce, afin d’en tirer pleinement profit pour l’émergence socioéconomique du pays. En effet, le gouvernement dans une nouvelle approche de valorisation de gestion des ressources du pays, perçoit la population comme étant un actif, plutôt qu’une charge de gestion.  Il a pleinement conscience, qu’une population en bonne santé est gage de productivité dans les différents secteurs d’activités (primaire, secondaire, tertiaire). En sus, un système de santé performant est synonyme de maîtrise budgétaire des dépenses publiques de santé qui revêt une importance capitale dans un contexte de rareté des ressources liée à la contraction économique globale qui plombe les budgets de l’Etat depuis 206.

Le Président de la République, le Maréchal Idriss Déby Itno a placé son mandat sous le signe du SOCIAL. Cependant, le contexte économique peu favorable a affecté les engagements sociaux qu’il s’est fixés. Mais malgré ce contexte difficile, la santé est restée une priorité gouvernementale. L’architecture du système a connu une réforme et un renforcement de ses capacités. La politique de santé en vigueur a pris en compte les caractéristiques sociodémographiques du pays, priorisant les pathologies faisant le plus de victimes et nécessitant le plus d’interventions. Par exemple, l’amélioration de la santé de la reproduction, la lutte contre de grandes endémie telles le paludisme et le VIH-Sida ont connus d’importants progrès en termes d’allocation de moyens (mise en place d’infrastructures, de formation et de recrutement de personnels, etc.). La construction de l’Hôpital de la Mère de l’Enfant, la mise en service de l’Hôpital de la Renaissance qui permet de réduire les évacuations sanitaires des agents de l’Etat, le maintien des mesures telles que la gratuité des soins d’urgences témoignent de l’importance que lui accorde le gouvernement.

En matière santé, bien qu’il faille poursuivre les efforts, il y a au Tchad, une amélioration continue des indicateurs (nombre de médecins par habitants, baisse de la mortalité, etc).  L’adoption de la loi sur la couverture maladie universelle présage d’un meilleur avenir pour la prise en charge des patients. Par ailleurs, l’intégration de la thématique de la solidarité nationale au Département de la Santé traduit l’importance stratégique qu’occupe ce département dans la Politique Sociale du Maréchal du Tchad.

Chérif Adoudou Artine

Les porte-étendards de la diplomatie tchadienne

Le Tchad est un vivier de compétences. Grâce aux succès diplomatiques enregistrés par les gouvernements successifs, ce vivier est désormais reconnu et dirige des institutions et des missions internationales. Voici ces figures de proue…

Depuis près d’une dizaine d’années, la diplomatie offensive qu’a mené le Tchad partout en Afrique (en tant que force d’interposition ou en tant que médiateur) a apporté des solutions aux différentes crises qui secouaient notre continent. Au-delà de ces actes au service de l’Afrique, cette diplomatie triomphante a également permis aux Tchadiens d’accéder à des fonctions auxquelles ils ne s’intéressaient guère ou qui leur semblaient inatteignables.

A défaut de truster les sièges d’organisations régionales ou internationales et des missions ponctuelles, ils sont aujourd’hui un certain nombre à porter l’étendard du Tchad.

Les figures de proue de ces éminences grises tchadiennes qui dirigent à l’international…

Infographie cherifadoudou.com

Chérif Adoudou Artine

 

Diplomatie : une marque Tchad forte

Le Tchad s’inscrit pleinement et de façon respectable sur la carte diplomatique mondiale et plus particulièrement en Afrique. Capitaliser sur les progrès des années 2016-2020, poursuivre les réformes et autres innovations permettra de construire une marque Tchad forte, ancrée sur l’échiquier de la coopération et du développement international. En augmentant le budget alloué aux Affaires étrangères de 37% en 4 ans, le Tchad s’engage dans la bonne voie.

Grâce à la combinaison des facteurs paix, stabilité et mise en exploitation des ressources naturelles, valorisées au travers d’une diplomatie hautement active à double volet (politique et militaire), l’image du Tchad a évolué de façon positive au cours de ces dernières années permettant ainsi au pays de trouver sa place au sein du concert des nations.

La nouvelle efficacité de la Diplomatie Tchadienne a permis de nombreuse évolutions :

Le Tchad est aujourd’hui une terre d’accueil

Avec la Jordanie, le Tchad figure parmi les pays au monde qui accueillent et protègent le plus de déplacés liés aux conflits militaires dans le monde. Les personnes ayant trouvé refuge au Tchad proviennent principalement du Soudan, de la RCA, du Nigeria et du Niger. L’Organisation des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) estime le nombre de réfugiés à 409 264, répartis sur 19 camps dans 13 villages et deux centres urbains (à N’Djaména et Bongor).

Réfugiés arrivant au Tchad en 2016. Le Tchad accueille plus de 400 000 réfugiés et demandeurs d’asile, ce qui fait de lui un des pays les plus généreux en la matière. Des budgets spéciaux ont été mis en place pour la CNARR (Commission nationale d’accueil et d’insertion des réfugiés et des rapatriés), entité sous tutelle du ministère de l’Intérieur. Photo : AFP

Pour répondre à cette situation de crise humanitaire, le gouvernement du Tchad alloue d’importantes ressources budgétaires étatiques et mobilise des financements des partenaires internationaux pour assurer l’insertion et la bonne cohabitation des réfugiés avec les populations autochtones.

Le Tchad est un médiateur de paix

Avec ses voisins en proie à des conflits militaires internes, le Tchad soucieux d’une paix régionale met en œuvre sa diplomatie en assumant son leadership dans les médiations pour le retour de la paix et la stabilité en Lybie, au Soudan et en République Centrafricaine. L’envoi fréquent de missions et la réception d’émissaires de ces pays témoignent de cette dynamique.

Le Tchad est un partenaire privilégié de coopération

Pour des motifs de coopération multiples (sécurité, migrations, climat, approvisionnement en matière premières, etc.), de nouvelles institutions diplomatiques s’installent dans le pays. Il s’agit entre autres des missions diplomatiques de Grande Bretagne, des Pays Bas, de l’antenne locale de l’ambassade d’Italie à Yaoundé, etc.

Notre pays a par ailleurs ratifié la quasi-totalité des résolutions des Nations Unies, de l’UA et des organisations régionales :

  • Adhésion du pays aux ODD des UN

  • Signature de l’accord de Paris sur le climat

  • Signature de l’accord de la Zone de Libre Échange Continental Africain ZLECA

  • Signature de la suppression des Visas entre les pays de la CEMAC

  • Adhésion et la ratification par le Tchad de la Convention sur la protection physique des Matières Nucléaires et son amendement

Le renforcement institutionnel du Ministère des affaires étrangères

Le gouvernement Tchadien a entrepris de renforcer les capacités du Ministère des affaires étrangères. Le budget consacré à l’action diplomatique du Tchad hors présidence de la république s’est accru considérablement passant de 13,39 milliards de FCFA en 2016 pour s’établir à 17,76 milliards de FCFA en 2020 correspondant ainsi à une croissance moyenne sur la période de 37,1%. Le ministère se verra livré sous peu, une infrastructure digne de son importance stratégique pour le développement du Pays.

A toute cette ingénierie Diplomatique dont a fait preuve le gouvernement sous l’égide du Maréchal du Tchad, il convient de souligner que les initiatives prises dans le domaine du développement du tourisme. Le FISCA (Festival International des Cultures Sahariennes) qui mobilise de nombreux participants venus de tous les pays du Sahara et des invités hors Afrique ainsi que  le Treg (Course à pied) qui se déroule dans le Tibesti dans la zone classée patrimoine mondiale de l’UNESCO ont fortement participé à redonner une image positive du Tchad dans le monde.

Capitaliser sur ces progrès et poursuivre les réformes et autres innovations permettra de construire une marque Tchad forte, ancrée sur l’échiquier de la coopération et du développement international.

Chérif Adoudou Artine

La diplomatie tchadienne doit se muer en tremplin pour le développement  économique

Volant depuis 2013 de succès militaires en succès diplomatiques, le Tchad a réussi à faire émerger des personnalités qui dirigent aujourd’hui des institutions internationales. Les bases sont désormais solides pour que notre diplomatie traditionnelle se mue, tout du moins en partie, en diplomatie commerciale.

Dans un contexte international marqué par une crise sanitaire et économique qui a ralenti la croissance mondiale, bousculé quelque peu par les rivalités entre les super puissances  mondiales (USA, CHINE), modifié en partie par l’intérêt nouveau des puissances émergentes (Chine, Turquie, Russie, Inde) pour l’Afrique et dans un contexte régional rythmé par des crises sécuritaires successives dans le Sahel, la diplomatie tchadienne a fait preuve d’une grande efficacité pour permettre au pays d’être résilient et de maintenir le cap des changements structurels engagés  par le chef de l’État.

Faisant sienne la maxime ‘’Penser global, agir local.’’, le gouvernement du Tchad a, entre 2016 et 2020, entrepris des réformes tant au niveau national, à l’exemple des investissements pour le renforcement des capacités institutionnelles, qu’au niveau de ses engagements internationaux (par exemple  en procédant à une ratification accélérée des engagements, accords, et résolutions pris dans le cadre des échanges bilatéraux et des négociations multilatérales). L’objectif est de consolider son statut d’interlocuteur privilégié obtenu par les résultats de ses engagements dans les processus de maintien de la paix en Afrique, et dans la promotion des initiatives d’intégrations régionales, de coopération par la mutualisation des moyens pour faire face aux multiples défis auxquels sont confrontés les pays africains.

Ces engagements tous azimut de N’Djaména dans les affaires du continent se reflètent aujourd’hui par la promotion de cadres diplomatiques tchadiens au sein des grandes institutions internationales et à la tête des missions de grandes envergures (UA, CEMAC, CEEAC, OCI, MINUSMA, etc.).

Ceci témoigne également de la reconnaissance des compétences du Tchad dans le pilotage des solutions à grands enjeux sur le continent.

La réception très prochaine du futur siège du Ministère des Affaires Étrangères va, avec la poursuite des réformes du département ministériel, sans aucun doute servir de tremplin à la poursuite du progrès économique et social du Tchad.

Le chantier du futur siège du ministère des Affaires étrangères à N’Djaména. Il devrait bientôt accueillir les services de ce département ministériel qui doit faire sa mue pour répondre aux enjeux économiques et commerciaux des années à venir. Photo : ETGEI Tunisie

Vers une diplomatie économique

Tous ces résultats doivent être maintenant, comme diraient les spécialistes de l’industrialisation, transformés. Pour cela, les autorités de N’Djaména doivent diriger leurs efforts vers l’économie, le commerce et les intérêts du secteur privé tchadien en intégrant de nouveaux acteurs dans le dispositif diplomatique. Au-delà des succès cités en infra, notre pays doit capitaliser sur cette montée en puissance pour faciliter son développement économique. Bien que distincte de la diplomatie commerciale ayant cours dans les missions diplomatiques ou à l’occasion des déplacements du Chef de l’Etat, il y a la diplomatie économique. Une acception définit comme une ‘’diplomatie qui utilise les ressources économiques – tant les récompenses que les sanctions – dans l’optique de la poursuite d’objectifs particuliers de politique extérieure’’ telle qu’expliquée par Romain Gelin dans Diplomatie économique : qu’est-ce que c’est ?, essai édité chez Gressa en 2016.

Les désignations qui recouvrent cette diplomatie alternative sont nombreuses et complexes à comprendre.

Au Tchad ce travail de diplomatie économique est du ressort unique du ministère de l’Économie, de la Planification du développement et de la Coopération internationale. Pour des raisons pratiques, on pourrait revoir les attributions du Ministère des Affaires étrangères, qui disposent déjà de la logistique et de l’intendance nécessaires pour déployer ‘’une force de vente’’ à travers les chancelleries de par le monde, et l’y associer de manière plus profonde, plus structurée.

Loin de vouloir réinventer la roue, il serait judicieux de na pas laisser toute cette charge de la diplomatie économique au seul ‘’ministère du Plan’’, qui devrait être soutenu par les autres départements ministériels dans cette mission. La solution idoine serait ainsi la création d’une agence ad-hoc regroupant les Affaires étrangères, le Plan et le Développement du commerce… une sorte de synergie dans laquelle chacun des départements aurait son apport, son rôle et ses objectifs.

Les résultats attendus pour une telle démarche sont bien évidemment la création de richesses (PIB) et son corollaire, la création d’emplois.

Si notre diplomatie arrive à performer sur ce terrain de l’économie et du commerce autant qu’elle le fait pour placer nos éminences grises à la tête des institutions internationales, elle aurait alors atteint un niveau de réussite qui ouvre des portes sans limites.

Chérif Adoudou Artine