La #Blockchain, une solution pour le Tchad ?

A l’heure où l’ADETIC, organisme créé pour installer le Tchad dans l’ère du numérique 3.0, se débat encore avec des problèmes d’énergie pour maintenir ses serveurs à flot, le monde a déjà embrassé la technologie blockchain, une révolution dans la sauvegarde, la sécurisation des transactions et des informations qui en découlent.

Tout d’abord, expliquons ce qu’est exactement la technologie blockchain. Dans un essai on ne peut plus exhaustif intitulé Les Blockchains. De la théorie à la pratique, de l’idée à l’implémentation écrit par un trio français (Billal Chouli – mathématicien, Fréderic Goujon – informaticien spécialisé dans le Big Data et Yves-Michel Leporcher – financier) on apprend cette définition : Une blockchain est une base de données distribuée et sécurisée, dans laquelle sont stockées chronologiquement, sous forme de blocs liés les uns aux autres, les transactions successives effectuées entre ses utilisateurs depuis sa création.

Quelle est la nouveauté dans tout cela me direz-vous ? Elle réside dans l’inviolabilité des informations encodées dans la chaine de blocs. L’horodatage, la confidentialité et l’inviolabilité d’une chaine de bloc sont les éléments qui permettent à cette jeune technologie de bénéficier de tous ces superlatifs (‘’une révolution’’, ‘’la solution du futur’’, ‘’une innovation’’, etc.). Car une fois ajouté à la chaîne, un bloc d’informations ne peut plus être ni modifié ni supprimé, ce qui garantit l’authenticité et la sécurité du réseau. Ce n’est pas le cas aujourd’hui avec les stockages en cloud (sur des serveurs).

Pour ceux qui voudraient en connaitre plus, MON ouvrage de référence sur cette technologie « offre une vision à 360 degrés de l’état de l’art de la technologie Blockchain, son environnement et son potentiel, à un public désireux d’en faire sa spécialité. Derrière le projet Bitcoin, qui fût en 2009 la première application complète de la Blockchain, se cache une pépite de technologie, des concepts cryptographiques bien implémentés, une architecture décentralisée totalement exploitable, et un potentiel dont seule l’inventivité humaine pourra définir les limites. » Ça laisse rêveur !

La confiance

Pourquoi est-ce que cette technologie qui est utilisé depuis moins de 10 ans est aujourd’hui au centre de toutes les convoitises et est qualifiée de nouvelle révolution technologique ? « Parce que c’est le réseau de confiance dont Internet a toujours eu besoin mais n’a jamais possédé » explique Marc Andreessen, créateur de Netscape, un des pionniers des moteurs de recherche. Au vu des répercussions qu’ont eu les failles récentes sur la messagerie Yahoo et le réseau social Google+, on comprend aisément que la notion de confiance est centrale dans le succès de la blockchain.

Une image vaut mille mots… Trois infographies : la première, en Anglais, explique le fonctionnement de la Blockchain (www.columnfivemedia.com), la seconde compare le système de stockage en cloud à celui en blockchain (nirolution.com) et la troisième livre quelques applications possibles (www.clubic.com).

RDV après ces trois infographies pour parler du Tchad et de technologie blockchain.

Transparence financière et lutte contre la corruption

Développer la blockchain au Tchad, est-ce si saugrenu, est-ce de la pure folie ?

Idriss Deby cherche une solution pour éviter le détournement de fonds publics et la corruption ? En voilà une qui ferait du ministère des Finances et ses différentes régies des citadelles inviolables. « C’est la solution par excellence. Aucune triche possible, une traçabilité assurée sur des années. Personne ne pourra se départir de ces choses. Un quitus fiscal par exemple ne pourrait pas être délivré si les données encodés dans la chaine d’information ne le permettent pas. » assure le mathématicien Bilal (nom d’emprunt car la personne ne veut pas être citée), spécialiste en crypto-monnaie. Aussi futé, aussi roublard que puisse être le Tchadien, il sera confronté aux règles de la véracité et de l’inviolabilité des chiffres qu’impose la blockchain.

Notre pays est-il prêt pour la blockchain ? La question a été posée à notre mathématicien, qui connaît très bien les rouages de l’administration tchadienne : « Le Tchad était-il prêt pour le logiciel Sydonia imposé au ministère des Finances ? Il ne l’était pas. Et pourtant plus de 15 ans après nous continuons à l’utiliser. ». Et de poursuivre « On peut s’accaparer de cette technologie (…) par étape et ne pas croire que les choses se mettront en place du jour au lendemain. » Quand on aborde la fâcheuse question du financement de cette démarche (l’Etat n’a plus d’argent nous dit-on), Bilal évoque les Partenariats publics-privés. « En y mettant du sérieux on peut attirer des fonds à travers des sociétés qui ne demandent qu’à mettre un pied en Afrique. Pour ça il faut des préalables : une feuille de route exhaustive, une vision à long terme et une volonté politique affirmée. »

Si le secteur des crypto-monnaies, qui a été le premier à utilisé la blockchain pour protéger ses transactions, a pu maîtriser les blocs de chaînes, le Tchad, en tant qu’Etat souverain, doit pouvoir mettre en place cette technologie.

Dubaï et Israël

Ailleurs dans le monde, deux pays se démarquent dans le développement de cette innovation. L’émirat de Dubaï et Israël. Depuis fin 2016, les autorités dubaïotes ont décidé de migrer toute leur administration sur une technologie blockchain (finances, cadastre, état civile, justice, etc.) En 2017, la société israélienne Zim a mené une expérience de connaissement numérique en utilisant la blockchain.

La France, les Etats-Unis, l’Allemagne et l’Union européenne (qu’on pourrait croire à la pointe) ont de leur côté un temps de retard sur ces deux pays. Ils en sont encore au stade de commissions et/ou de missions d’informations sur la chaîne de blocs.

En Afrique, au Ghana plus précisément, Bitland, une ONG britannique, a utilisé la technologie blockchain pour créer un cadastre virtuel.

Alors que les états commencent timidement à s’intéresser à cette technologie, les sociétés privées semblent elles déjà convaincues. Ainsi l’Américain General Electric, au travers de Xage, une start up du groupe, a créé des empruntes numériques des machines industrielles afin d’identifier et sécuriser le réseau électrique.

Les banques, voyant venir sur leur terrain les crypto-monnaies, ont embrassé l’innovation. Elle leur permettrait de réduire les coûts de transactions. Pour se faire, 25 d’entre-elles, réunies dans un consortium, ont confié à R3, une société américaine, la gestion via la blockchain de leurs transactions financières. Le groupe britannique Citibank quant à lui travaille sur la création de sa crypto-monnaie, le Citicoin. Depuis 2015, le suisse UBS a ouvert à Londres un laboratoire de recherches sur les applications bancaires/financières des chaînes de blocs. « Le groupe qui parviendra le premier à sortir une technologie éprouvée sera à même de facturer son propre service auprès des autres acteurs du domaine financier » explique le quotidien économique britannique The Economist dans un article paru en octobre 2015.

La blockchain permet également d’améliorer les systèmes prédictifs utilisés par les assurances, voire même de créer des assurances «peer-to-peers» (c’est à dire que le client ne dépendrait plus de son assureur mais disposerait d’informations directement sur une plateforme afin de calculer le coût de sa police d’assurance).

Que ce soit en banque, au cadastre, dans la finance ou dans les assurances, les enjeux semblent énormes.

Mon cher Tchad, si tu te posais pour une fois en pionnier ?

Le laboratoire WENAKLABS organise ce vendredi 16 novembre 2018 une conférence sur la Blockchaine et l’IA. RDV à l’incubateur WenakLabs, avenue El Nimery, à partir de 16 heures.

Chérif ADOUDOU ARTINE, leader numérique autoproclamé

Télé Tchad, la charrue avant les boeufs

Pour les dirigeants de l’audiovisuel public tchadien, il est plus important de gagner en audience plutôt que de chercher à soigner la qualité de ses programmes. C’est la conclusion que je tire suite à la migration de Télé Tchad de NileSat à Eutelsat le 15 septembre dernier.

Télé Tchad a migré de NileSat à Eutelsat (et son prtenaire Paradise Telecom) le 15 septembre 2018. Selon les informations officielles, toute la superficie du territoire tchadien sera couverte et les personnes ne résidant pas au Tchad ne seront plus obligées de passer par le décodeur Canal + pour ‘’profiter’’ des programmes de Télé Tchad.

« Une innovation pour être en phase avec le nouveau bâtiment de l’audiovisuel public tchadien » selon les explications de Boukar Sanda, directeur général de la Télé et de la radio nationales.

Innover c’est bien. Mais le bon sens voudrait qu’on commence par le commencement. C’est à dire travailler pour enrichir, tant qualitativement que quantitativement, le grille des programmes. L’audience viendra alors automatiquement. Quelle que soit votre zone de diffusion, l’audience ne sera pas au rendez-vous si vous lui proposez une grille aux carences abyssales. Agir comme l’ont fait les dirigeants de Télé Tchad dans cette opération de migration est tout simplement un manque de discernement et une méconnaissance des priorités d’une chaîne de télévision. Avant d’inviter quelqu’un chez moi (audience), je m’assure que tout est bien rangé, bien propre (grille de programmes)

Télé Tchad est-il un mauvais payeur ?

Quelles ont été les motivations des instances dirigeantes de l’audiovisuel public tchadien pour abandonner NileSat, avec lequel ils travaillent depuis les débuts de la présence de Télé Tchad sur le satellite, et se précipiter vers l’opérateur de satellitaire commercial européen ? Est-ce, comme on a pu l’entendre, à cause d’une enveloppe d’impayés trop importante ?

Si tel est le cas, ce serait une faute professionnelle. Et surtout une fuite en avant : comme dirait mon défunt père « Djari hanna ligdaba, hadda gisséyar ». Juste pour dire que cela ne résout en rien le problème. Il resurgira un jour ou l’autre. Pire, si nous avons réellement laissé des ardoises auprès de de la société de satellite égyptienne, nous serons étiquetés de mauvais payeur, d’organisme qui ne respecte pas ses engagements contractuels, de profiteurs.

Mais tout cela, nos nouveaux partenaires devraient le savoir. Malgré cela, ils ont accepté de signer avec nous. Ces multinationales travaillent avec des juristes spécialisés dans la rédaction de contrats très complexes. J’ai assisté il y a trois semaines à une formation, qui ciblait les directions juridiques des banques, sur les différents types de contrat. J’ai pu apprendre qu’il y a autant de formes de contrat que de situations possibles. Des contrats tous aussi complexes les uns que les autres.

Dans ces conditions, je m’attends au pire. A quelles sauce serons-nous manger dans quelques années, quand notre enveloppe d’impayés gonflera à nouveau ?

Chérif ADOUDOU ARTINE, leader numérique autoproclamé

Une certaine idée de l’innovation

Le WenakLabs est un ovni dans le landernau associatif tchadien. Il est unique parce qu’il transpire cet esprit millennial caractérisé par l’agilité et l’indépendance. Son organisation est minimaliste, ses process de fonctionnement sont épurés. Ses objectifs sont claires. Présentation d’un groupe de tchadiens engagés.

‘’La nécessité est la mère de l’invention.’’ Cette phrase, accordée (à tort ou à raison?) au philosophe antique grec Platon, est celle qui définit le mieux la création du Wenaklabs, au départ un labo d’innovation qui souhaite réduire la fracture numérique au Tchad. Cette association d’idées et de personnes mérite d’être (re)connue. Non pas parce que la Secrétaire générale de la Francophonie lui a rendue visite durant la semaine du 1er août 2018. Mais plutôt pour couronner cinq ans de travail, sans hâte, sans ambition démesurée, mais avec avec une passion de tous les instants.

Les locaux de WenakLabs à N’Djaména

Sous quel angle parler de WenakLabs ? Cet ovni dans le monde associatif tchadien revêt 1 000 facettes de ce que la volonté d’un groupe de personnes motivées peut accomplir de mieux.

Je voulais parler de ses deux acteurs phares, Abdelsalam Safi et Salim Azim, mais ce serait oublier une pléthore de personnes engagées, qui trouvent dans cet espace une échappatoire au quotidien souvent morose de N’Djaména.

Je voulais parler de cette énergie, de ce dynamisme, de cette volonté. Tout simplement de cette jeunesse qui embrassent ses rêves, des qualités rares dans un pays ou la course aux CFA a pris le pas sur les convictions et la réflexion. A mes yeux, le WenakLabs et ses membres représentent une certaine idée de ce qu’est le développement social. Partir de rien. Construire avec ce que l’on a entre les mains… Mais évoquer ce chapitre nécessiterait plus qu’un billet de blog.

Je voulais parler des ramifications internationales nouées par ce groupe de personnes depuis cinq ans. Sénégal, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Congo RDC, France, Géorgie. Autant de pays avec lesquels ces Robins des bois du numérique ont noué des liens dans des domaines très hétéroclites. Tellement divers qu’il me faudrait un certain temps pour comprendre la teneur de chacune de ces collaborations. Mais promis, je m’y pencherai.

Une aventure humaine

Je pourrais parler d’une pléthore de sujets concernant le wenak labs. Le respect entre ses membres. La solidarité qui les soude. L’ouverture d’esprit qui fait que cette aventure dure déjà depuis un bon bout de temps. L’humilité et l’intelligence de se focaliser sur les sujets dont ils ont une certaine maîtrise.

J’aurai le temps d’aborder tous ces sujets dans l’avenir. Mais pour le moment je vous présente en infographie ce qu’est le WenakLabs : ses objectifs, ses membres, son siège et son évolution depuis 5 ans.