La condition physique d’IDI

Massenya, Massakory, Mao. Le marathon électoral continue pour Idriss Déby Itno. Le candidat de consensus tient une santé au point qui lui permet d’enchainer les podiums. Le journal de campagne du 25 mars se penche sur la condition physique d’IDI.

Trois villes en deux jours (Massenya, Massakory et Mao mercredi et jeudi) et toujours ce même message de rassemblement, cette même bonhommie vis-à-vis de celles et ceux qui font le déplacement pour l’écouter.

En Arabe local, comme il en a pris l’habitude depuis le 13 mars, Idriss Déby Itno a rappelé à Massakory jeudi matin (le 25 mars) : « Je sais que le 11 avril prochain, femmes et hommes, vous irez voter pour votre unique candidat (…) et comme le Directeur national de campagne l’a précisé, sur le papier ou il y a les dix photos il n’y a qu’une personne qui porte un chapeau – Nadim waït bass inda taguiyé – (c’est à dire lui) ». Et de poursuivre : « Allez de maison en maison, de ferick en ferick, de village en village… Allez montrer à toute la population comment est-ce que l’on doit voter ».

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Quelle est sa routine fitness ?

Il y a un détail (d’importance néanmoins) sur lequel je souhaite m’attarder. Le candidat de l’Alliance du consensus a une santé de fer. Car pour tenir la cadence de cet enchainement de déplacements en province (même s’il voyage en avion et dans des conditions relativement confortables) il faut une condition physique, à défaut d’être olympique, au beau fixe. Et pour un homme qui approche les soixante-dix ans, il est très alerte. Loin des rumeurs qui le disent malade, fatiguée, j’ai même lu boursouflé, Idriss Déby Itno a tout d’un homme en bonne santé.

Je suis bien curieux de connaître sa routine fitness. En tant que militaire de carrière, l’exercice physique devait être une habitude pour lui. Mais depuis ses pénates présidentielles, Idriss Déby Itno prend-t-il encore le temps de faire quelques tractions, quelques pompes, des exercices de gainage et surtout du cardio-training ? Au vu de son aisance sur scène sous des températures dépassant souvent les quarante degrés de moyenne, il n’est pas insensé de penser que notre président pratique une activité physique régulière. D’ailleurs si j’étais en charge de la communication de ce dernier je composerais une des couches de l’image présidentielle sur cette bonne santé. Pour les esprits formatés à une certaine idée de l’hygiène de vie (les esprits des utilisateurs des réseaux sociaux), pour cette tendance #Woke, c’est une image qui ferait parler…en bien. Loin des pitreries gymniques balancer sur les comptes d’un Yoweri Musévéni. Ne pas en faire trop non plus afin de ne pas devenir virale comme l’est actuellement Jo Biden après sa triple chute sur l’escalier d’embarquement d’Air force One il y a quelques jours. Car à force de trop vouloir jouer le jeunisme, à tomber dans la caricature de l’homme à la santé de fer et à tirer sur la corde d’un corps rompu à la vie dure des casernes militaires et des champs de combat on risque la faute d’image. Au sujet du Président américain et de la faute d’image justement, la consultante en marketing Paola Audrey s’est écriée « Mais pourquoi ses communicants le font tout le temps courir ? On sait qu’il a plus de 80 ans et ça ne sert à rien de vouloir vendre une autre image. Les chutes devant Air Force One, c’est totalement de leur faute. »

Non, pour élargir le champ de l’image de notre président je vois autre chose. Autre chose de mieux. Une production calibrée, qui resterait dans le champs de la réalité d’un quasi septuagénaire.

Mais au-delà des #Woke, il y a aussi l’image renvoyée à ses populations, souvent rurales, que rencontre le candidat (comme mercredi à Massenya et jeudi à Massakory et Mao). Ces femmes et ses hommes du Tchad profond doivent aussi certainement être impressionnés par la bonne tenue générale et l’énergie déployée par celui qui souhaite les convaincre de cocher sous sa photo le 11 avril, cette seule photo sur laquelle figure une personne avec un chapeau.

Chérif Adoudou Artine

Au nom du père

Portraits de campagne 2/10
Ils étaient 10 sur la ligne de départ. Ils ne sont plus que 6 officiellement encore en lice pour l’élection présidentielle 2021.

Lydie Beassemda

La seule femme candidate à la présidentielle du 11 avril 2021 est une héritière politique. Elle a suivi les pas d’un père qui lui a tout appris et sur lequel elle s’est appuyée pour devenir la femme de conviction qu’elle est. Voici le portrait de campagne de Lydie Beassemda.

On ressent chez cette quadragénaire une sorte de retenue. Une discrétion due certainement à une éducation chrétienne très stricte qui guide ses faits et gestes dans la vie de tous les jours. « On nous a toujours inculqué ces valeurs chrétiennes que sont la crainte de Dieu, l’amour de notre prochain  et la dignité. » Dés les premiers échanges de cet entretien que Lydie Beassemda nous a accordé à son domicile de Gredia sans-fils, dans un quartier populaire de N’Djaména, la seule candidate à l’élection présidentielle nous a parlé de son père, Djébaret Lucien Beassemda. Plus qu’un père, il a été pour elle un guide.

Un fédéraliste

Djébaret Julien Beassemda (décédé en 2018), père de la candidate à l’election présidentielle Lydie Beassemda et fondateur du PDI (Parti pour la démocratie et l’indépendance intégrale)

« C’était un homme juste. Un homme capable d’entrer dans une colère noire quand il était confronté à l’injustice et surtout si ce sont des Tchadiens qui en sont victimes. Il a passé une grande partie de sa vie à défendre les droits des populations et à la gestion non-violente des conflits entre agriculteurs et éleveurs dans la zone soudanienne. » C’est justement cet homme qui a créé le PDI (le Parti pour la démocratie et l’indépendance intégrale) en 1999, formation politique qui se revendique du Fédéralisme, dans lequel Lydie Beassemda a bercé une bonne partie de son enfance et sous les couleurs duquel elle se présente à l’élection présidentielle du 11 avril prochain. « J’ai toujours été attirée par ce que faisait le Président fondateur (c’est ainsi qu’elle désigne son feu père), je l’assistais et étais toujours prête à lui apporter mon aide (…) c’est donc tout naturellement que j’ai accepté de prendre la tête du parti en 2019 après son décès sur venu en 2018. » Lorsqu’on lui demande de manière un peu provocatrice « Vous êtes le pendant féminin de Yorongar alors ? », Lydie Beassemda s’offusque presque en répondant de manière franche : « Notre fédéralisme n’a rien de commun avec celui de Yorongar ».

Entre Universités de N’Djamena, de Ouagadougou, de Niamey ou encore du Québec, on ne compte plus les diplômes et qualifications de Lydie Beassemda. Cette ingénieur en agro-alimentaire et planificatrice en développement compte plus de 20 ans de carrière professionnelle ponctuée d’activité dans le monde associatif. Elle est fondatrice en 2004 de la Mutuelle pour le développement économique de la femme tchadienne (Mudesoft) et de membre fondatrice de la Caisse d’appui aux initiatives de développement (Caid) en 2009. Avant de lancer pleinement dans la politique cette mère de deux enfants a fait ses armes dans ce milieu associatif tchadien si précieux car il est proche des gens et touche au concret.

Engagée dans cette course électorale, la Présidente du PDI veut faire entendre les crédos de son parti qui sont « Justice, solidarité et développement ». Dans un environnement médiatique saturé Lydie Beassemda préfère mener « une campagne de proximité auprès des gens ».

Chérif Adoudou Artine

 

 

 

« Ana ma indi adou fi Guera »

Main tendue aux Tchadiens de l’étranger, réconciliation avec un ex compagnon d’arme et large mobilisation sont les trois points à retenir après le meeting tenu par Idriss Déby Itno à Mongo. Voici le journal de campagne du 22 mars…

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La journée de lundi a été marqué par une scène de pardon. Le canidat Idriss Déby Itno, lors de son meeting électoral à Mongo, a fait preuve de grandeur en accordant son pardon à Ahmat Koussou, qui en juin dernier dans une lettre ouverte se plaignait. L’ancien compagnon d’arme d’Idriss Déby lors de ses années baministes avait fustigé le manque de considération dont sa région (le Guera) et ses ressortissants faisaient preuve.

Faisant feu de tout bois, Idriss Déby Itno a assuré ne plus tenir rigueur à cet ex-générale (ou général comme lui-même l’a désigné ?) : «Il s’appelle Ahmat Koussou, c’est un général qui a travaillé avec moi. On m’a demandé de lui pardonner. Ana saméta lilay wo rassoul lilay. Je n’ai aucun ennemi dans la Guera (Ana ma indi adou fi Guera)». La réconciliation entre les deux hommes s’est conclue par des accolades chaleureuses sous la grande tente qui accueillait une partie des officiels venus assister à cette rencontre.

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La main tendue d’Idriss Déby Itno aux Tchadiens vivant à l’étranger a été le second grand moment de cette étape dans le Guera. Le candidat du consensus a demandé à ses compatriotes de l’étranger de rentrer au Tchad et d’oeuvrer à la construction de la société tchadienne. « J’invite tous nos compatriotes de Libye, du Soudan, des États-Unis…  de partout ailleurs à venir pour nous aider à construire ce pays. Que faites-vous là-bas alors que votre pays a besoin de vous ? » a-t-il scandé.

Pour les reste…

Brice Guedmbaye Baïmon est de retour dans la campagne. Dix jours après avoir suspendu son action dans le cadre de la campagne (pour des raisons de non respect d’équité entre les candidats au sujet de la présence médiatique).

Pahimi Padacké Albert est le seul candidat, avec celui de l’Alliance du consensus, qui semble battre campagne (à N’Djaména du moins) pour le moment. On voit ça et là le long des grandes artères du sud de la ville de N’Djaména ses grandes affiches électorales.

Lydie Beassemda, la seule candidate à l’élection présidentielle, sera l’invitée du Talk-Débat sur tchadinfos.

Chérif Adoudou Artine

D’Am Timan à Mongo, un week-end mené tambour battant

La première étape de la tournée en région du candidat Idriss Déby Itno a été Am Timan. Le lendemain, dimanche, Goz-Beïda a accueilli le grand barnum présidentiel… avant Mongo ce lundi. Voici le journal de campagne des 20 et 21 mars 2021.

A Am Timan, Idriss Déby Itno, la candidat du Consensus à l’élection présidentielle du 11 avril prochain, et son épouse Hinda Déby Itno ont profité du traditionnel bain de foule que leur accordent les populations.

D’Aboudeïa, d’Abgué, d’Am Habilé, de Djouna, de Mouraye, de Haraze, de Mangueigne, de Daba et bien sûr d’Am Timan, ils étaient plus de quatre mille à accueillir le Président de la République.

Sur la place de l’Indépendance d’Am Timan, Idriss Déby Itno a pris le temps d’expliquer à son auditoire du jour les 16 points de son projet de société pour le Tchad. Mais aussi assurer les habitants du Salamat que leur région ne sera pas en reste dans le développement économique du pays.

« La route Am Timan – Mongo sera achevée quelle que soit la situation (…) la construction de la route Signako – Am timan a déjà démarré et un pont sera construit sur le Bahr Azoum pour accéder aux localités les plus isolées » a-t-il assuré. Et de poursuivre : « Le désenclavement du Salamat, le grenier du Tchad, permettra d’écouler les produits agricoles de la région, de créer de la richesse et sera bénéfique pour tout le pays ».

A partir de là, l’essentiel était dit. Le candidat du consensus a poursuivi son périple électoral, toujours dans la province du Salamat, à Goz Beïda dimanche.

Ce lundi à Mongo, il continuera à battre campagne sur les thèmes qui lui sont chères : paix et sécurité, renforcement de la démocratie et développement.

Le reste des troupes MPS et partis alliés n’étaient pas en reste.

Amina Priscille Longoh. La ministre de la Femme et de la Protection de la petite enfance à Koumra (province du Mandoul) le samedi 20 mars 2021 lors du lancement de la campagne électorale dans la région.

Adoum Fortey et Amina Priscille Longoh ont lancé ce samedi  20 mars la campagne électorale de l’Alliance du Consensus dans leurs provinces respectives : Le Lac et le Mandoul.

Pour sa part part Ali Haroun, chef de mission provinciale pour la ville de N’Djaména a tenu un grand meeting à la place de la Nation à N’Djaména.

Chérif Adoudou Artine

Padacké fait un flop

Padacké au IMO, Kebzabo souhaite le retrait des candidats, des Transformateurs rejoignent le MPS et un reporter qui n’a pas bu que de la citronnelle. Voici, le journal de campagne du 19 mars en brèves.

Le grand meeting n’a pas eu lieu

Une grande rencontre politique se préparait ce vendredi 19 mars au stade Idriss Mahamat Ouya de N’Djaména. C’était celui du candidat à l’élection présidentielle Pahimi Padacké Albert du RNDT – Le Réveil.

 

 

 

 

 

 

De grand meeting, nous sommes passé à simple meeting, car les électeurs (et même les chalands occasionnels) n’ont pas répondu à l’appel du début de campagne électorale de l’ancien Premier ministre (de février 2016 à mai 2018). L’enceinte sportive censée faire le plein était quasiment vide et sonnait creux.

L’ancien député a vu trop grand, grand comme ses ambitions de victoire dans l’élection du 11 avril prochain.

Dans son allocution aux rares sympathisants venus l’écouter, PPA, l’homme de la situation (comme le désignent certaines de ses affiches), a fustigé le manque d’équilibre dans cette période pré-électorale « car un seul parti, le MPS, monopolise cette campagne. »

En outre, Tchadinfos.com rapporte que « Pahimi Padacké Albert a promis à l’endroit de la jeunesse tchadienne, une troisième langue aux côtés du Français et l’Arabe. Pour lui, la jeunesse a besoin de l’anglais pour pouvoir saisir d’autres opportunités de travail afin de réduire le chômage. Il promet d’introduire l’anglais dès l’année prochaine s’il est élu Président de la République du Tchad. »

…et de manière brève :
Saleh Kebzabo s’adresse aux candidats à la présidentielle

Après avoir appelé à une marche ce samedi 20 mars dans les rues de N’Djaména, Saleh Kebzabo, le leader de l’UNDR qui s’est retiré de la cours à l’élection, demande aux autres candidats d’en faire de même.

Des Transformateurs rejoignent les rangs du MPS

Une centaine de membres des Transformateurs a rejoint officiellement les rangs du MPS (Mouvement Patriotique du Salut) ce vendredi dans l’après-midi. Sous appellation générique « Jeunes indignés du mouvement des Transformateurs », ces transfuges expliquent, par la voix de leur porte-parole, Yaya Barkaï, ce qui a motivé leur choix de quitter Les Transformateurs : « Par ignorance, nous avons cédé à l’instrumentalisation de Masra Succès. Mais aujourd’hui nous avons compris que ce dernier n’a que pour seule mission de remettre en cause la paix et la stabilité acquise. »

Pour sourire

Ce journaliste couvrant l’arrivée de Hinda Déby Itno à Abéché (ou Amdjarass, on ne sait plus) dans la province du Ouaddaï (en est-il sûr ?) était très motivé dans son face caméra. Épique !

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Une implication plus forte dans la campagne pour HIDI

Hinda Déby Itno était sur les routes de province : mardi à Moussoro, mercredi à Ati et jeudi à Abéché pour une campagne électorale de terrain au profit de son époux, le candidat du consensus à la présidentielle du 11 avril prochain, Idriss Déby Itno. Une implication toute nouvelle qui mérite que l’on s’y attarde.

Certes, Hinda Déby Itno a toujours fait campagne pour IDI, à ses côtés. On se souvient tous des images de 2016, campée aux côtés du candidat, ne prenant quasi jamais la parole, applaudissant quand il le fallait… en épouse loyale à son mari.

Nouvelle configuration en cette année 2021. Elle est plus investie, avec une implication de tous les instants et s’apprête, après un triptyque Bahr el-Ghazal, Batha et Ouddaï, à sillonner le sud du Tchad la semaine prochaine.

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Pourquoi Hinda Déby a pris plus de place, plus de responsabilités dans cette campagne électorale que dans la précédente ?

Il y a au moins trois raisons à cela.

1) La confiance de son époux

Une épouse de président qui pratique le terrain à l’intérieur du pays avec ses propres collaborateurs lors de la période sensibilisation qui précède un vote, en féru de politique internationale que je suis, je n’ai pas souvenir d’une telle configuration sur les 20 dernières années.

La personnalité politique à laquelle j’ai pensé immédiatement lorsque j’ai su que la Première dame irait en campagne en solo est Eva Peron, la femme du Président argentin Juan Domingo Peron (à la tête de son pays de 1946 à 1955). Mais on parlera d’Evita un peu plus loin et pour une autre raison.

Graça Machel, la veuve de l’ancien président du Mozambique Samora Machel, est aussi un exemple d’épouse de président ayant eu un rôle politique primordial dans la carrière de son conjoint président. Mais la situation de cette dernière est différente. Celle qui a même occupé un strapontin ministériel (Éducation et Culture) dans un des gouvernements de son mari, l’a soutenu bien avant qu’il ne devienne président. Elle s’était engagée en 1972 dans le maquis du FRELIMO qui luttait pour l’indépendance du pays. C’est là qu’elle a fait la rencontre du leader du mouvement indépendantiste avec lequel elle a convolé en juste noce en 1976.

Les épouses de Président ont toujours tenu des rôles spécifiques, souvent de second plan, même si médiatisés, mais rarement (ou si peu de fois) dans l’arène politique. Même la très charismatique Hillary Rodham-Clinton (ayant pourtant de réelles ambitions politiques) n’a pas été plus qu’une ‘’Firs Lady’’ de représentation durant les huit années de présidence de Bill Clinton entre 1992 et 2000. Hinda Déby Itno tient aujourd’hui un rôle éminemment politique. Elle était, devant les populations du Bahr el-Gazhal, du Batha et du Ouddaï, l’alter égo militant d’un Mahamat-Zene Bada ou d’un Jean-Bernard Padaré défendant le bilan de son candidat et appelant les électeurs à lui accorder leur voix. Sans une confiance profonde dans le couple présidentiel, ce cas de figure n’aurait jamais été possible.

2) Le miroir de la femme dans la société tchadienne

Le président sortant a, à mainte fois, rappelé sa volonté de renforcer sa politique du genre afin de rendre tangible à terme ce fameux quota de 30% de présence féminine dans l’administration publique et les nominations politiques. Même si cette volonté est forte, les effectifs ne suivent pas toujours afin d’atteindre ce tiers de représentativité. L’implication toute nouvelle de Hinda Déby Itno dans la sphère politique/militante est un signal fort lancé à l’attention des femmes. HIDI doit jouer sa partition de Role-Model pour que les filles et les jeunes femmes tchadiennes voient en elle une personne à laquelle elles peuvent s’identifier, loin de l’image de la femme reléguée à un rôle de ménagère ou de représentation, voire même d’un statut de femme trophée. La Première dame assume le costume de VRP de luxe dans la volonté présidentielle d’émancipation des femmes. Simone de Beauvoir, féministe de la première heure, disait « On ne naît pas femme, on le devient » du fait de la société. Hinda Déby Itno, dans sa toute nouvelle posture de femme de front, pourrait paraphraser la philosophe française en disant « On ne nait pas émancipée, on le devient ».

3) Ses réseaux associatifs et caritatifs sont utiles

La comparaison entre Eva Peron et Hinda Déby Itno tient tout son sens lorsqu’on parle de la Fondation Grand Cœur.

 

 

Février 1946, le colonel Juan Domingo Peron, alors vice-président, bat campagne pour accéder à la Présidence de la République argentine. Il était accompagné dans ses déplacements par son épouse, Maria Eva Duarté Peron, comédienne de son état, mais surtout femme de conviction. Ces voyages électoraux en couple étaient à l’époque un fait inédit dans un pays où les femmes n’avaient pas encore le droit de vote.

Bernard Meyer-Stabley, qui a rédigé en 2017 une biographie sur Eva Peron, L’Argentine adulée et décriée, aux éditions de La Boîte A Pandore, décrivait en trois points les caractéristiques de cette femme qui, pour son époque, détonnait. Trois points qui ont servi à l’élection de son mari et ensuite à la gestion du pouvoir.

  1. Ses réseaux féminins

Eva Peron a mobilisé un grand nombre de femmes autour de l’idéologie péroniste… Le Président élu leur a octroyé quelques années plus tard le droit de vote.

  1. Sa fondation caritative

« Elle avait mis en place (à travers la Fondation Eva Peron), entre Peron et le peuple, un système propre à donner au péronisme un visage généreux et humain, ce dont une bureaucratie impersonnelle aurait été incapable. »

  1. Ses relations avec les milieux syndicaux ont permis d’instaurer une sorte de paix sociale avec le monde ouvrier, qui était pourtant opposé à Juan Peron, issu de l’armée.

A la lecture de ces trois caractéristiques, le rapprochement avec Hinda Déby Itno sonne comme une évidence. A l’exception des réseaux syndicaux, l’épouse du Président Idriss Déby Itno jouit d’une certaine stature au sein de l’intelligentsia féminine tchadienne et vient en aide aux couches  les plus défavorisées de la société à travers la Fondation Grand Cœur. A cela, conjuguons cette nouvelle implication politique.

Hinda Déby Itno n’a pas encore atteint cette relation quasi fusionnelle qu’avait Eva Peron avec son peuple (qui l’a désignée de manière officieuse  »chef spirituel de la nation argentine »), mais au vu de ces actions humanitaires et de celles menées dans le cadre de la promotion des femmes, elle est un acteur incontournable sur l’échiquier du pouvoir. Et depuis le début de cette campagne électorale, elle est en plus devenue une personnalité politique de premier rang.

Chérif Adoudou Artine

Brice Mbaïmon : de l’enseignement à la politique, il n’y a qu’un pas

Portrait de campagne 1/10
Ils étaient 10 sur la ligne de départ. Ils ne sont plus que 6 officiellement encore en lice pour l’élection présidentielle 2021.
cherifadoudou.com vous les présente...

Brice Mbaïmon Guedmbaye, de l’enseignement à la politique, il n’y a qu’un pas.

Le candidat du MPTR (Mouvement des patriotes tchadiens pour la République) s’est construit une certaine notoriété dans landernau politique tchadien. Brice Mbaïmon Guedmbaye était déjà candidat à une élection présidentielle il y a 5 ans. Il avait défrayé la chronique en claquant la porte du FONAC (le Front de l’opposition nouvelle pour l’alternance et le changement), le 03 août 2016 précisément, à quelques jours de l’investiture d’Idriss Déby Itno. Si certains l’ont accusé de s’adonner à des calculs politiques pour avoir les faveurs d’IDI, Brice Mbaïmon Guedmbaye s’est toujours défendu de cela : « Vous savez, nous avons accepté de siéger au FONAC pour des raisons de lutte commune. Mais, subitement, le premier coup de massue  que nous avons reçu, c’est de la CPDC, dont le porte-parole a changé le sens d’idées pour s’attaquer à ma personne. (…) Comme nous ne remarquons rien comme réaction des membres de la CPDC, qui sont aussi du FONAC, le MPTR et moi- même décidons à partir de ce jour de mettre momentanément en veilleuse  notre participation à ce regroupement » expliquait-il à l’époque, faisant montre de son tempérament et de son esprit d’indépendance lors de cet épisode.

Pour rappel le FONAC était une coalition de partis politiques qui s’opposait à la réélection d’Idriss Déby Itno en 2016…jusqu’à menacer de composer son propre gouvernement.

« L’espace médiatique pris d’assaut »

Le temps a passé, mais ce natif de Moundou semble toujours avoir autant de tempérament. Après juste 48 heures de campagne électorale, cet enseignant de carrière a suspendu la sienne (de campagne électorale) car il estime que la CENI (Commission électorale nationale indépendante) est laxiste en ce qui concerne les règles sur la présence médiatique des différents candidats. Il se plaint de  ‘’la prise d’assaut par le parti au pouvoir et ses alliés’’ des espaces d’affichage et exige en sus que ‘’tous les candidats (ndlr : bénéficient) d’une couverture sécuritaire, au même titre que le candidat Idriss Déby Itno (…) et que la CENI rétablisse l’équilibre de la parité majorité-opposition actuellement dominée par les membres du MPS et ses alliés.’’ Il est toujours dans l’attente d’une réponse à ses exigences.

Enseignant chevronné et politicien de conviction

Brice Mbaïmon Guedmbaye,  né le 13 novembre 1976, est professeur de Français, titulaire d’une Maîtrise en Lettres comparées de l’Université Léopold Sedar Senghor d’Alexandrie en Égypte. C’est dans cette même université de la deuxième ville d’Égypte que Brice Mbaïmon a obtenu un Master en Gestion du système éducatif (2017).

Actuellement Chef de Division des évaluations et de l’orientation scolaire à la Délégation régionale de l’éducation nationale pour la commune de N’Djamena, le candidat du MPTR peut se targuer d’une belle expérience du système éducatif tchadien : Professeur suppléant chargé de cours au Collège Notre Dame de Moundou, Professeur de français aux collèges Mixte Solidarité de Diguel Est, etc. L’homme bénéficie selon certains d’une bonne cote de popularité auprès des jeunes. Un atout politique indéniable dans un pays dominé démographiquement par les générations Y et Z.

Sur sa place en politique, un journal tchadien le décrit comme un homme de conviction : « L’engagement politique du président fondateur du MPTR ne date pas d’aujourd’hui. Considéré comme faisant partie de la « vraie opposition », Brice Mbaïmon Guedmbaye était d’abord Secrétaire général du Parti Social-Démocrate Tchadien (PSDT) avant de créer son propre parti, le MPTR. Aussi, en matière de leadership, Brice Mbaïmon Guedmbaye s’est distingué depuis sa jeunesse où il a dirigé plusieurs associations. Il a été notamment président de la Chambre des délégués des étudiants tchadiens au sein de l’Union nationale des étudiants tchadiens (UNET), Coordonnateur de la Jeunesse étudiante chrétienne (JEC) et  président de l’Amical des élèves et étudiants du Logone occidental (AEELOG). »

Alors que les choses sérieuses ne font que commencer dans cette joute électorale présidentielle, ce mari et père de six enfants, s’est déclassé lui-même en suspendant sa campagne. Une manière détournée pour faire entendre sa voix et faire parler de lui ?

Chérif Adoudou Artine 

IDI ne fait pas dans la dentelle

Premier meeting pour Idriss Déby Itno et premier bain de foule pour le favori de cette élection présidentielle. Dans un discours au ton offensif, le Président sortant a fait passer un message clair à ses opposants : il n’est pas prêt de céder son fauteuil. Voici le journal de campagne du 13 mars…

Les 47 degrés projetés par le soleil accablant de N’Djaména n’auront pu dissuader une foule bariolée de jaune, de bleu…, flanquée des différentes effigies des bureaux de soutien de converger vers le stade Idriss Mahamat Ouya, dans la quartier d’Ardep Djoumal à N’Djaména. Les travées et la pelouse artificielle de cette enceinte sportive de 12 000 places étaient bondées ce samedi après-midi pour le premier meeting de campagne d’Idriss Déby Itno, candidat de l’Alliance du consensus (MPS et 103 partis alliés). Dans cette forêt de visages suants, au-delà de la ferveur populaire et de la harangue partisane (parfois guerrière de certains ‘’motivés’’) ont ressentait une vrai ambiance de fête. Une sorte de kermesse géante au milieu des calicots vantant le champion des lieux.

Qu’est venu chercher cette assistance sous cette chaleur ?

Elle est venue écouter avant tout un leader. Un homme qui incarne le pouvoir et la stabilité. Ousman, vingtenaire à l’allure sportive vêtu d’un t-shirt vert-pomme explique pour quelles raisons lui et ses amis ont fait le déplacement depuis Diguel pour cette première rencontre populaire d’IDI : ‘’Quand je vois les autres pays de la région, je suis content d’avoir IDI à la tête de notre pays. Comment voulez-vous que nous puissions parler d’avenir si nous n’avons pas la sécurité dans notre pays. Je suis venu soutenir Déby car je suis fier de ce qu’il fait.’’

Loin des 100 000 tchadiens qui ne cessent de déconstruire son image de chef sur les réseaux sociaux (c’est leur droit), le Tchad réel était ce samedi allé à la rencontre de son Président. Un Président à qui on peut reprocher des choses, mais un Président qui rassérène les Tchadiens du Tchad… même ceux qui le houspillent à longueur de Tweet, de post Facebook et de live Zoom.

Ces Tchadiens de la vie réelle sont aussi venus écouter un discours offensif prononcé par Idriss Déby Itno pour signifier à qui veut l’entendre qu’il ne cèdera pas son fauteuil de président à des ‘’pleureuses’’ qui solliciteraient l’aide des occidentaux pour le faire partir. Dans son kaftani blanc et très alerte physiquement face à ce mur de partisans, le Maréchal du Tchad n’a pas fait dans la dentelle en s’adressant à ses adversaires politiques.

Wakit tama

Dans le même temps, une marche organisée (et interdite par le ministère de l’Intérieur) par une coordination des actions citoyennes composée d’organisations de la société civile, des partis politiques et des syndicats (13 entités en tout) et appelée ‘’Wakit Tama’’ a bravé les interdits officiels mais n’a pas réuni beaucoup de monde.

Quid de la suspension de Brice Mbaïmon ?

Le candidat du MPTR (Mouvement des patriotes tchadiens pour la République), Brice Mbaïmon Guedmbaye avait annoncé ce vendredi 12 mars la suspension de sa campagne. Il reproche à la CENI (Commission électorale nationale indépendante) son apathie vis à vis de ‘’la prise d’assaut par le parti au pouvoir et ses alliés’’ des espaces d’affichage et exige en sus que ‘’tous les candidats (ndlr : bénéficient) d’une couverture sécuritaire, au même titre que le candidat Idriss Déby Itno (…) et que la CENI rétablisse l’équilibre de la parité majorité-opposition actuellement dominée par les membres du MPS et ses alliés.’’

Le candidat est dans l’attente d’une réponse à ses exigences.

Chérif Adoudou Artine

Tout commence par des boycottes

Journal de campagne / J1&2

Officiellement lancée ce jeudi 11 mars, la campagne électorale pour la présidentielle du 11 avril 2021 a été précédée par une actualité très dense qui aura laissé très peu de place aux débats…

Nous y sommes ! La campagne électorale en vue de l’élection présidentielle du 11 avril 2021 a été officiellement lancée ce jeudi 11 mars. Elle durera un mois, pour se clôturer donc le 09 avril.

Le chronogramme du processus électoral de la CENI (Commission électorale nationale indépendante) programme (fort logiquement) un second tour éventuel le 23 mai. La campagne préparatoire à cette finale est prévue entre le 16 et le 21 mai 2021.

Les semaines qui ont précédé cette campagne électorale du 1er tour ont été quelque peu mouvementées. Entre les évènements tragiques du 28 février, les tentatives désespérées de Succès Masra pour participer à la course présidentielle, les retraits en dernière minute de trois candidats (+ un autre ce vendredi 12 mars) ou encore ces lancinantes menaces de grèves (suivies de grèves) lancées par les cellules syndicales, l’actualité liée directement ou indirectement à cette consultation a été dense… ne laissant que très peu de place au débats de rigueur pour une telle période.

Est-ce à dire que nous nous apprêtons à vivre une campagne creuse, sans fond, sans propositions, sans vision ?

A l’exception du candidat de l’Alliance du consensus (MPS et partis alliés), Idriss Déby Itno, qui propose un programme politique  qui s’appuie sur 70 engagements, ailleurs c’est le grand vide. Même cette fameuse UNDR, présentée par d’aucuns comme le parti politique ‘’de la pensée’’ et même si son candidat s’est retiré, n’a rien proposé sur le fond. Rien qui puisse ouvrir la voie au moindre débat. Le cheval de bataille du parti orange demeure la diatribe ad hominem sur la personne d’Idriss Déby Itno. Un peu léger tout cela.

Un boulevard…

Ce manque de propositions concrètes est peut-être la réelle cause du boycotte de Saleh Kebzabo. Cette stratégie de la chaise vide est pour beaucoup un mystère. A quoi sert-elle, si ce n’est à laisser un boulevard au Président de la République sortant pour sa réélection ?

Le boycotte est utile lorsqu’il entraîne une série d’évènements en chaine (souvent négatifs aux dépens de la personne, du groupe ou du parti politique ciblé). Quand, par exemple, H&M ridiculise un enfant noir dans une de ses publicités, les consommateurs boycottent cette enseigne pour qu’un coût (coup) économique se fasse sentir dans les bilans de cette dernière. Quand une puissance sportive telle que les États-Unis d’Amérique boycottent des olympiades, la qualité du spectacle et la valeur des médailles remportées par les autres sont amoindries. Suivant cette logique, Saleh Kebzabo et ses 12,77% (473 074 personnes) de voix de préférence réalisés lors de la dernière présidentielle sont quantité négligeable en rapport au corps électoral de 2021 (composé de 7 288 203 personnes). Car même si son électorat dans sa totalité décidait de le suivre en ne participant pas au vote du 11 avril, cela ne pèserait pas bien lourd dans le résultat final, ni même dans le taux de participation. Ce boycotte n’est rien d’autre qu’une fuite en avant. Un refus de descendre dans l’arène lors des joutes électorales !

Ils se mettent hors-jeu

Mme Lydie Beassoumda (PDI), Pahimi Padacké Albert (RNDT – Le Réveil), Romdoumgar Nialbe Felix (URD), Alladoum Baltazar Djarma (ASTRE),Brice Guedmbaye (Candidat du MPTR) – qui a suspendu sa campagne électorale car il n’est pas en phase avec la chronologie des présence médiatiques proposée par a CENI – et Idriss Déby Itno (Candidat de l’Alliance) honorent le scrutin présidentiel (plus largement le processus électoral dans son ensemble) et par la même occasion les électeurs tchadiens.

Ces 6 candidats donnent corps à un chronogramme qui, au-delà de l’échéance présidentielle, nous conduira à des élections législatives que les Tchadiens attendent depuis 2015 (les dernières consultations de la sorte datant de 2011). Le 08 septembre prochain, une sorte de clap de départ sera donné pour les élections de nos députés avec la convocation du corps électoral. Du 02 au 22 octobre 2021 les candidats mèneront campagne et enfin le 24 octobre se tiendra le scrutin législatif à un tour.

Lorsqu’il s’agira de se positionner pour ces consultations d’octobre, quelles seront les positions respectives des quatre non-partants d’avril ?

Saleh Kebzabo sera-t-il toujours aussi irascible ? Théophile Bongoro (avec l’Alliance victoire ou avec le PRET), Ngarledji Yorongar (avec le FAR) et Madjitoloum Yombombe Theophile (UTPC) présenteront ils des candidats ?

En balayant d’un revers de bras le processus électoral en cours avec ces boycottes de la présidentielle, UNDR, Alliance Victoire, FAR et UTPC se mettent de facto eux-mêmes hors-jeu lorsqu’il s’agira de désigner les représentants du peuple à l’Assemblée nationale à l’automne prochain. La cohérence des positions en politique est chose capitale… qu’en sera-t-il pour ces trois dans six mois ?

Chérif Adoudou Artine

 

L’affaire Yaya Dillo « relève du cadre juridique » selon le MAE

Le ministère des Affaires étrangères a transmis ce lundi 1er mars un communiqué aux missions diplomatiques et aux ONG installées au Tchad. L’objectif étant « d’informer sur la situation qui prévaut dans notre capitale » depuis le 28 février 2021 suite à l’affaire Yaya Dillo. Voici les faits décrits par la missive officielle.

24 heures après le communiqué du ministère de la Communication, Porte-parole du gouvernement sur l’affaire Yaya Dillo qui secoue la ville de N’Djaména depuis ce dimanche 28 février 2021, c’est au tour de celui des Affaires étrangères d’en publier un autre… adressé aux chancelleries étrangères et aux ONG installées au Tchad. Ce document relate la version des faits du gouvernement et remonte aux mois de  mai 2020 et de novembre 2020 : «(…)  depuis quelques jours, les autorités judiciaires sont confrontées à une rébellion de Monsieur Yaya Dillo, qui a refusé d’obtempérer aux injonctions de la police venue lui présenter un mandat d’amener. (…) pour avoir refusé de répondre à une convocation de la police judiciaire suite à deux plaintes déposées contre  lui : refus de restituer trois véhicules de service après avoir quitté ses fonctions de représentant  de  la C EMAC et diffamation et insulte à l’égard de l’épouse du Chef de l’Etat »

Ce samedi 27 février 2021 donc, Yaya Dillo Djerou Betchi, qui avait déposé son dossier de candidature pour l’élection présidentielle du 11 avril prochain sous les couleurs du Parti socialiste sans frontière (PSF), avait publié sur sa page Facebook qu’il avait été attaqué par des hommes armés. Le lendemain, il annonçait sur les coups de 5 heures du matin que sa mère et des membres de sa famille ont été tués suite à un assaut de militaires de la DGSSIE.

La version du ministère des Affaires étrangères diffère en tout point de celle décrite par l’ancien Conseiller chargé de mission du Président Idriss Déby Itno entre 2011 et 2016. Voici ce que précise le communiqué après avoir apporté quelques éléments sur une soustraction  à la justice que le ministère qualifie de volontaire (« il s’est alors réfugié dans sa région natale à ]a frontière tchado- soudanaise ») depuis plusieurs  mois : « le 27 février au matin, un mandat d’amener lui a été présenté par la Police, qui a localisé son refuge. Monsieur Yaya Dillo, entouré de cinq (05) hommes armés  de  fusils  de guerre, s’est montré hostile et menaçant. il a alors refusé de déposer les armes et de se laisser interpeler. (…) Face à cette résistance, les officiers de la Police Judiciaire ont jugé utile d’ interrompre leur mission et de quitter les lieux afin de rendre compte à leur hiérarchie. »

Sur la mort de la mère de Yaya Dillo, « une enquête établira les faits »

Le récit du ministère des Affaires étrangères se poursuit : «(…) les autorités judiciaires ont alors instruit la Police de tout faire pour  que  cesse  ce qui  était devenu  une  rébellion  armée  de  fait  dans  la  capitale,  d’autant  plus  que  plusieurs  personnes avaient pu être identifiées dans l’endroit de résidence de Monsieur Yaya Dillo comme détenant  des armes de guerre et déterminés à s’en servir. »

C’est ainsi qu’on en arrive à cette funeste matinée du 28 février 2021 : « Avec des moyens conséquents, les forces de  l’ordre  se  sont  à nouveau présentées au lieu de résidence de Monsieur Yaya Dillo afin de faire  cesser  cette  rébellion armée et de le soumettre à la loi. A l’arrivée des forces de l’ordre le 28 février au matin,  Monsieur  Yaya  Dillo  a  directement ouvert le feu, blessant trois agents des forces de l’ordre,  tout en se  protégeant derrière  le rempart des membres civils de sa famille. Un tir de l’intérieur visant les forces de l’ordre a mortellement atteint la mère de Yaya Dillo. Une enquête établira les faits. Faisant cesser les tirs, les forces de l’ordre se sont retirées. Tous les blessés ont été évacués à l’hôpital. A fin de permettre une reddition sans violence, une médiation a été initiée pendant plusieurs heures avec Monsieur Yaya Dillo qui a finalement refusé de se rendre. »

Le communiqué précis aussi que dans la cohue qui s’est en est suivie « les policiers ont laissé partir plusieurs civils qui fuyaient afin de ne pas faire d’autres victimes collatérales. Monsieur Yaya Dillo s’est alors probablement échappé profitant de se cacher parmi eux. A l’heure, actuelle il n’est plus localisé et a déclaré sur les réseaux sociaux s’être caché ailleurs. »

Cette note du ministère des Affaires étrangères assure par ailleurs que « le Gouvernement tchadien ne peut laisser perdurer cette situation insurrectionnelle menée par un récidiviste qui refuse d’obéir aux lois en vigueur, défie les forces de l’ordre et cherche, vis-à-vis de la communauté et la presse nationales et internationales à légitimer sa situation en se présentant faussement comme une victime et  à provoquer des troubles graves. »

Le communiqué se conclut en regrettant l’instrumentalisation de cette affaire  « par certains acteurs politiques et ceux de la société civile » tout en signifiant qu’elle « relève purement du cadre judiciaire ».

Chérif Adoudou Artine