Le pari risqué du ministre Routouang

Ce lundi 22 mars, le Tchad a été disqualifié des éliminatoires de la CAN 2021 suite au retrait des pouvoirs de la Fédération par le ministre Routouang. Ce dernier utilise la méthode forte afin de redorer le blason d’un football tchadien en perte de vitesse. Ses ambitions sont louables mais les voies choisies très risquées. Éclairages.

Routouang Mohamed Christian Ndonga, le ministre de la Jeunesse et des Sports, sera, soit celui qui sortira le football tchadien de sa torpeur, soit un parmi tant qui auront contribué à creuser sa tombe, si ce n’est à l’enterrer.

La CAF (Confédération africaine de football – qui s’est choisie un nouveau président en la personne de l’Africain du sud Patrice Motsepe suite à l’AG élective du 12 mars dernier à Rabat (Maroc) et durant laquelle le Tchad a été interdit de vote) a disqualifié notre équipe nationale des éliminatoires pour la CAN 2021 qui se déroulera au Cameroun. Même si nos Saos étaient déjà sportivement éliminés de la course à la qualification dans le groupe A, nous perdons gros avec cette nouvelle mise au ban.

Le 10 mars dernier, le ministère tchadien de la Jeunesse et des Sports avait retiré définitivement la délégation de pouvoirs à la FTFA (Fédération tchadienne de football association). Et on sait que la FIFA et ses associations continentales ont horreur des immixtions politiques dans les affaires du foot. Mais passons sur les faits, que nous connaissons tous, pour nous attarder sur le fond de cette stratégie de la terre brulée et de ses conséquences – bonnes ou mauvaises, seul le temps nous le dira.

Routouang Mohamed Christian Ndonga, ministre de la Jeunesse et des Sport du Tchad depuis le 14 juillet 2020. / Crédit : tchadinfos.com

 

 

 

 

Repartir sur de bonnes bases

Le pari du ministre de la Jeunesse et des Sports est risqué tant les enjeux sont énormes. Ne pas jouer de compétitions internationales pour des équipes fanions (comme pour celles des catégories d’âge d’ailleurs) est synonyme de déficit foncier, comprenez par-là que seule la compétition permet à un sportif de s’améliorer de manière tangible. Déjà suspendues entre 2017 et 2019 nos différentes équipes de foot n’ont jamais retrouvé un niveau qui semblait s’améliorer après la victoire des Saos lors de la coupe de la CEMAC 2014.

Routouang Mohamed Christian Ndonga explique que cette disqualification des éliminatoires de la CAN 2021 (certainement suivie d’une suspension plus large), consécutive à son action coercitive du début du mois est une bonne occasion de faire le ménage et de repartir de sur de bonnes bases. Dans l’idée, cette approche tient la route. Mais voilà, est-ce le rôle d’un ministre de jouer au curateur… surtout que la Fédé de foot n’est pas une entreprise ? Si tant est que la réponse à ma naïve question soit oui, était-ce la bonne manière de procéder ?

Comme diraient les avocats : «Il y a la loi et l’esprit de la loi » (Montesquieu ???). Même si ses prérogatives lui permettent d’agir comme il l’a fait en début de mois, l’approche n’est pas la plus appropriée. Des voies juridiques existent pour démanteler « une mafia », mais ces voies nécessitent beaucoup de temps et une ténacité de tous les instants. Étant donné que le ministre avait face à lui (selon ses propres termes) des mafieux, il aurait dû calquer sa stratégie sur celle d’Eliot Ness, ce célèbre inspecteur du Trésor de l’Etat de l’Illinois qui a fait tomber le parrain Al Capone (non pas pour un trafic quelconque, mais…) pour fraude fiscale, comme si c’était un citoyen ordinaire. Le ministre aurait dû, à l’instar d’Eliot Ness, s’entourer d’un groupe de juristes de confiance spécialisés dans le droit du sport et rester à l’affut de la faute des « mafieux ». Il aurait gagné sa confrontation sans faire de chambardement et sans prendre le risque de faire dépérir le football tchadien.

Pourquoi ne pas avoir réagit tout de suite en faisant des propositions à la CAF?

Surtout que nous avons dans notre manche l’atout Japhet N’Doram dans ce nouveau Comité national provisoire de gestion du football. Avec cette figure reconnue nous avions de quoi négocier une sorte de moratoire. Sa personnalité et ce qu’il représente pour le foot tchadien auraient fait sens auprès de la CAF… qui nous aurait certainement accordé un sursis, voire même accompagné dans cette démarche de reconstruction.

Routouang savait très bien que le retrait de la délégation de pouvoirs à l FTFA se terminerait ainsi…c’est donc à dessein qu’il l’a fait. Mais mesure-t-il les risques de voir mourir le « sport national » ?

La GFA, fédération de foot de la Ghana (une grosse fédération en Afrique avec des structures solides, des joueurs portes-fleurons, des techniciens cotés et un palmarès étoffé) par exemple, s’est démenée (de recours en recours durant des mois) pour éviter une suspension de deux ans qui lui pendait au nez en 2015 suite à une fraude sur l’âge de 10 joueurs alignés lors d’un match éliminatoire pour la CAN U17 contre le Cameroun.

Que serait-il advenu si les Ghanéens n’avaient pas fait appel aux meilleurs juristes pour défendre leur cas face aux instances du foot ? Pendant deux ans c’était tout une génération qui aurait stagné, des stars dont la valeur marchande aurait baissé… diminuant de la sorte l’intérêt des équipementiers, des sponsors et forcément des budgets. L’équipe nationale, les Black Stars, aurait quasi disparu des radars médiatiques et les clubs ghanéens auraient sombré dans l’anonymat car plus invités dans les compétitions continentales. Voilà ce qu’il serait advenu du football au pays d’Abédi Pelé, Anthony Yeboah (quelle frappe il avait) ou encore plus récemment Michael Essien et Assamoah Gyan, d’un pays quadruple champion d’Afrique, d’un pays quart de finaliste d’une coupe du monde en 2010 et surtout d’un pays dont les clubs (à l’image de l’Ashanti Kotoko de Kumassi) ont écrit les plus belles lignes des compétitions africaines.

Si ce grand pays de football a eu peur de tomber dans les abimes de l’oubli d’une suspension avec la crainte de ne jamais retrouver son niveau d’avant suspension, pourquoi le Tchad prend-t-il ce risque ?

Chérif Adoudou Artine

IDI calme le jeu

La nouvelle a eu certainement l’effet escompté. Celui de la surprise. Le Président de la République a reçu ce mardi 16 mars un des opposants les plus actifs de la scène politico-associative tchadienne, Succès Masra. Que peut-on tirer comme leçons de cette rencontre ? Voici le journal de campagne du 16 mars 2021.

Aussi surprenante soit-elle, la rencontre de ce mardi 16 mars dans l’après-midi entre le Président de la République, Idriss Déby Itno et Succès Masra est un signal positif pour la vie politique tchadienne et un pas de plus vers la normalisation des relations entre les différents acteurs politiques tchadiens.

Oui surprenante ! Il y a juste 15 jours, Succès Masra demandait à corps et à cris «la démission » d’un Président « devenu comme fou ». Et ce même Président n’accordait (selon les dires) aucun crédit ni estime au mouvement des Transformateurs.

Mais la tectonique politique étant ce qu’elle est, les lignes ont vite bougé.

Le maître du temps

Sans rentrer dans cette rhétorique politicarde qui pose la question de savoir à qui profite la rencontre, je retiens qu’Idriss Déby Itno est le maître des horloges. Il dicte son timing…et par la même occasion le rythme auquel les choses évolueront (ou non). C’est en mars 2021, en plein campagne électorale, alors que la Cours suprême a mis hors-jeu Succès Masra et les Transformateurs et qu’il s’apprête à enquiller un sixième plébiscite à l’élection présidentielle qu’Idriss Déby Itno daigne répondre favorablement à une demande d’audience formulée depuis 2019.

Le candidat de l’Alliance du consensus est conscient que le temps est précieux en cette année électorale. Il a donc logiquement proposé à ces invités de lui soumettre par écrit leur exigences quant au dialogue inclusif qu’ils souhaitent. Les propositions viendront très vite… Idriss Déby les traitera à son rythme. De la sorte il pacifie la rue et les réseaux sociaux tchadiens. Il calme le jeu et s’assure presque une campagne électorale apaisée.

Haro sur la vielle opposition

Le duo formé par  Slibad (le vieux sage rusé) et Piel (le jeune perdu dans une planète lointaine) dans l’œuvre animée de René Lalou, Les Maîtres du temps, est à mes yeux la parfaite illustration de cet attelage qui, si Déby le souhaite, sera celui qui animera la vie politique tchadienne des prochaines années. Car à l’instar de mon Amine Idriss, je pense qu’en accordant cet entretien aux trois représentants des Transformateurs ce mardi, Idriss Déby Itno a tiré un trait sur la vielle opposition (Kebzabo, Yorongar, Laoukein, etc.). En ayant cet acte magnanime, il joue son rôle, celui qui prépare l’avenir de son propre camp. Non pas que Succès Masra soit son successeur, mais par cette entreprise politique savamment menée, il alerte ses troupes sur l’impérieuse nécessité de s’organiser, de faire ressortir certaines (nouvelles) individualités afin d’endiguer toutes velléités d’oppositions sérieuses.

Loin de la rhétorique politicarde (restons constants dans notre analyse), Succès Masra peut être satisfait d’une certaine manière au sortir de cet entretien. Il gagne enfin cette respectabilité, cette reconnaissance qu’il recherchait depuis son entrée sur la scène politico-associative tchadienne en 2018. Grace à ce « seing » présidentiel, il peut se targuer aujourd’hui de représenter cette nouvelle génération de Tchadiens en politique. Mais le « Tea Time Break » de ce mardi peut également coûter cher à Succès Masra dans son propre camp. Au sein d’une grande partie de cette équipe hétéroclite « gagnée ces derniers temps par la lassitude », cette visite passe très mal et n’est pas appréciée par tous… elle serait même perçue comme une sorte de trahison vis-à-vis des engagements et du sacrifice de beaucoup de sympathisants.

Chérif Adoudou Artine

Le salaire des sélectionneurs à la CAN

Qui sont les dix plus gros salaires parmi les 24 techniciens qui officient durant cette CAN 2019 ? Il y a un smicard, des coachs payés raisonnablement et des nantis…

Voici en infographie les 10 plus gros salaires des entraîneurs de la CAN 2019… ainsi que le plus petit.

Chérif Adoudou Artine, leader numérique autoproclamé

CAN 2019 – Le 2nd tour

Le tableau des huitièmes de finale

Le premier tour de la CAN 2019 a rendu son verdict ce mardi soir. Il n’aura servi qu’à éliminer six équipes sur les 24 en lice. Les deux premiers des six groupes étant qualifiés d’office, accompagnés des quatre meilleurs troisièmes.

Dans le groupe A, l’Egypte termine en tête avec 3 victoires pour autant de match. Les Pharaons seront accompagnés au second tour par l’Ouganda et la RDC qualifiée de justesse en qualité de deuxième meilleur troisième. le Zimbabwe reste à quai avec 1 petit point.

Le groupe B a été dominé par les surprenants malgaches. Le Nigéria et la Guinée passent également en huitième. Le Burundi termine lanterne rouge du groupe.

La poule C, sans doute la plus relevée, a vu des Algériens, sûrs de leurs forces, terminés avec un sans faute. Il faudra compter sur les joueurs de Djamel Belmadi pour la victoire finale. Au même titre sans doute que les Sénégalais qui terminent deuxième avec 2 victoires et 1 défaite. Le Kenya et la Tanzanie rentrent à la maison.

La Maroc a dominé le groupe D avec 9 points sur 9. Il termine devant la Côte d’Ivoire (6 points) et et l’Afrique du sud (3 points), tous qualifiés. La Namibie termine dernière avec un zéro pointé.

Maliens et Tunisiens prennent les deux première place dans le groupe E, devant l’Angola et la Mauritanie qui s’arrêtent au premier tour.

Les tenants du titre camerounais terminent deuxième (à égalité de points) avec le Ghana. dans ce groupe F ils seront accompagné par un des petits poucets de la compétition, le Bénin qui accède pour la 1ère fois de son histoire au second tour. Les Bissau-guinéens s’arrêtent à ce stade.

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Chérif Adoudou Artine, leader numérique autoproclamé.