Etat des lieux de l’économie numérique (1/2)

L’économie numérique (et plus largement des métiers liés au numérique) a connu un véritable bond durant le quinquennat en cours du Président Idriss Déby Itno. Au-delà des progrès que l’on aperçoit dans notre quotidien, il y a les chiffres…qui sont étayés dans le Bilan d’étape 2016-2020 publié par le ministère des Postes et de l’Économie numérique. En plus des données macros que nous analysons dans ce dossier, ce document présente la stratégie 2020-2030 de développement du secteur.

Dans ce premier volet nous parlons de l’environnement tchadien du numérique, de ses capacités à un être un catalyseur pour l’économie et des opportunités qu’il ouvre à la jeunesse.

Dr Idriss Saleh Bachar, ministre des Postes et de l’Économie numérique. Photo : Tchadinfos

A la tête du département depuis 2019, ce diplômé de l’Université de Limoges sait que la transformation numérique du Tchad n’est pas un sprint. Il avance avec calme et assurance pour l’atteinte des objectifs fixés par sa feuille de route Bilan d’étape 2016-2020.

 

 

Regard à rebours

La révolution numérique, composée du trident téléphonie mobile, informatique et internet a été, avec l’exploitation du pétrole, l’un des facteurs du changement majeur de la structure de l’économie du Tchad. Introduite il y’ a aujourd’hui une vingtaine d’années, dans le sillage des autres économies africaines, elle a connu une évolution significative qui a profondément modifié la façon de travailler et dans une certaine proportion le mode de vie des populations. Infrastructures, nouveaux usages, emplois créés, richesses générées, réglementation, institutions d’appui au développement de contrôle, nous permettent d’affirmer qu’il existe une économie numérique au Tchad.

Le secteur impacté par la crise a connu une récession mais est demeuré résilient. Les autorités locales l’ont positionné comme étant une des 5 grandes priorités en matière de développement pour réussir à mettre le pays sur la voie de la croissance inclusive et durable à l’horizon 2030. Sur ces cinq dernières années, l’économie numérique au Tchad s’est montrée plus que dynamique ; ces années ont été marquées par d’importantes réformes, innovations et investissements.

  1. Le paysage des TIC au Tchad de 2016 à 2020

Leapfrog

La cartographie de l’économie numérique au Tchad est dominée par la présence de deux majors de la téléphonie mobile (Airtel du groupe Indien Bahariti et Tigo de Millicom, aujourd’hui Moov détenu par Maroc Télécom) qui génère l’essentiel du chiffre d’affaire sectoriel. A ces deux grands se greffent sept fournisseurs d’accès à Internet (FAI) et l’opérateur public, la SOTEL Tchad.

Ces acteurs offrent les services de messagerie (SMS), de voix (appels), d’accès à l’internet fixe/mobile, d’intranet, d’hébergement de données et enfin de portefeuilles numériques (phone banking).

Le Tchad a en matière d’adoption du numérique réalisé un « saut de grenouille » ou Leapfrog. Ce qui signifie qu’il a brûlé certaines étapes de développement d’un secteur d’activités en adoptant et en vulgarisant les outils et usages des nouvelles technologiques comme jamais auparavant.

Une baisse des lignes fixes

Alors que le pays comptait très peu de lignes téléphoniques, le taux de pénétration de téléphone portable n’a cessé de croître à « grande vitesse » depuis son introduction aux débuts des années 2000.  Entre 2016 et 2019 Le nombre d’abonnés est passé de 5,6 millions à 7,7 millions, ce qui représente une progression de 40%.

Parallèlement, le nombre d’abonnés du fixe a régressé, passant de 18 092 à 6 524, entraînant une baisse globale du chiffre d’affaire de 5,8 milliards de FCFA à 3,4 milliards de FCFA. Cette situation traduit une migration des consommateurs vers les nouvelles technologies.  Le taux de pénétration du réseau fixe est durant cette période passée de 0,13% à 0,04% de la population.

2) Un secteur porteur de croissance

 Le secteur des TIC au Tchad malgré une croissance économique atone depuis 2014, du fait de la chute du cours du brut, présente une des situations les plus satisfaisantes. Il est le premier contributeur direct aux recettes intérieures de l’état avec une part de PIB passée de 3 à 4% entre 2018 et 2019.

2.1) Les ventes d’équipements numériques

La dynamique du secteur avec l’apparition continue de nouveaux produits entraîne un rythme accéléré du renouvellement des équipements numériques (ordinateurs, téléphone, tablettes, logiciels), tant pour les entreprises que les ménages; générant ainsi des chiffres d’affaires pour les commerçants et par la même occasion des ressources pour les finances publiques (TVA, des impôts, taxes diverses).

2.2) L’inclusion financière

Le taux de bancarisation au Tchad est très faible, impactant les possibilités de transferts de fonds. Le développement de nouveaux services numériques par les acteurs de la téléphonie (Tigo cash et Airtel Money) et les transferts bancaires mobiles et électroniques ont généré de nouvelles ressources pour le secteur et offert la possibilité d’inclure des personnes qui étaient jusqu’à la exclues des circuits financiers. Cette innovation a eu un fort impact social, les citadins ont ainsi pu assister leurs familles dans le monde rural plus rapidement par de biais des porte monnaies téléphoniques. Par ailleurs, ces évolutions ont aussi permis de sécuriser les transferts des structures d’aides (ONGS et autres) vers les populations cibles en permettant une traçabilité des fonds.

2.3) L’emploi

Les activités liées au numérique génèrent des emplois directs et indirects. Cependant, il apparaît une dynamique contraire de l’évolution des effectifs. En 2016, le secteur comptait 966 emplois directs et 215 000 emplois indirects. En 2019 Le nombre d’emplois directs du secteur des communications électroniques est passé de 966 en 2016 à 653 en 2019, soit une baisse de 32,4%. Le nombre d’emplois indirects par contre a augmenté de 16,3% en passant de 215 000 à 250 000.

La baisse du nombre d’emplois directs est le résultat de l’externalisation de certains services des opérateurs de téléphonie mobile d’une part, et à la mise en œuvre du plan social du Groupe Sotel Tchad qui s’est traduit par un nombre assez important de départs volontaires d’employés (70%), d’autre part. Il faudra aussi ajouter les départs volontaires encouragés par Airtel entre fin 2015-2016 et de ceux de Tigo pendant la transaction avec Maroc Télécoms.

Bien que le secteur génère de la richesse, il apparaît qu’il est très peu pourvoyeur d’emplois directs. Néanmoins son utilisation augmente les performances des autres secteurs d’activités entraînent ainsi une augmentation des effectifs dans ces autres secteurs.

3) Innovation et entrepreneuriat numérique

Au-delà des usages traditionnels des technologies du numérique, le gouvernement a entrepris de stimuler l’émergence d’une industrie locale du numérique.

A travers la loi N°012/PR/2014 du 14 mars 2014, portant création de l’Agence de Développement des Technologies de l’Information et de la Communication (ADETIC), le gouvernement a matérialisé sa volonté de développer l’économie numérique dans le pays.

Libérer le potentiel de la jeunesse tchadienne

L’agence organise des compétitions de projets innovants et finance les lauréats de ces concours.

En plus de cette initiative étatique, des acteurs privés et organisations non gouvernementales encouragent les démarches numériques locales en organisant de nombreux challenges portant sur différents thèmes.

Ce sont entre autres :

Tigo Tchad (Moov Africa) avec Kellou Digital Challenge

Total Marketing Tchad avec Challenge Startupper de l’année

Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) : à travers le lancement de son Innovation Lab fait la part belle à la promotion de projets digitaux apportant des réponses aux défis du développement.

D’autres structures, des initiatives privées, s’installent et prennent de l’ampleur. Il s’agit des incubateurs WenakLabs et Chad’s Innvovation qui doivent leur présence et leur développement rapide aux conditions mises en place par les politiques gouvernementales.

Toutes ces initiatives ont contribué à installer une culture du numérique dans le pays. Dans les médias, pas une semaine ne passe sans que l’on entende ou lise des expressions de l’univers du numérique telles que « incubateurs », « start up », « applications ».

Aujourd’hui, on peut affirmer qu’il y a l’amorce de la construction d’un écosystème à même de libérer le potentiel latent de cette jeunesse.

Mardi nous analyserons les actions gouvernementales pour renforcer le secteur de manière institutionnelle, par la formation de ressources humaines et par l’optimisation des infrastructures.

Chérif Adoudou Artine

 

Google : une capitalisation boursière à 1 000 milliards

A l’instar d’Amazon, Apple et Microsoft, Alphabet, la maison mère de Google, atteindra officiellement les 1 000 milliards de dollars de capitalisation boursière le 03 février prochain, date de l’annonce de ses résultats 2019.

Siège de Google à Mountaine View en Californie.

Avant de lire l’article de Siècle digital, essayons de comprendre ce qu’est une capitalisation boursière.

La capitalisation boursière correspond au prix qu’il faudrait payer s’il était possible de racheter toutes les actions d’une société à leur cours de marché actuel. Cependant ce prix dépend du volume de demande pour cette action. Ainsi lorsqu’un investisseur désire acquérir une grande quantité d’actions d’une société et a fortiori 100 %, il doit généralement payer plus que le cours du marché pour inciter les actionnaires actuels à lui vendre leurs actions.

Si l’on se fie à cette définition Wikipedia, c’est la demande qui fixe ce montant de capitalisation boursière. Si une demande effective de rachat d’Alphabet arrivait aujourd’hui sur la table de Sundar Pichai, PDG du groupe installé à Mountain View.

Les GAFAM sont les cinq sociétés les plus importantes des États-Unis, seul Facebook est à la traîne avec une capitalisation boursière tout de même raisonnable de 631 milliards de dollars. Lire la suite de l’article de Siècle Digital ici…

Cherif Adoudou Artine, leader numérique autoproclamé

Dynamiser les TIC au Tchad Complément de réponse

Youssouf Terri apporte un complément à l’article sur les enjeux des TIC au Tchad.

Suite à l’analyse de cherifadoudou.com qui ciblait les enjeux pour dynamiser les TIC au Tchad, nous avons reçu une réponse de Youssouf Terri, doctorant en droit public, que nous publions car elle complète le propos initial.

Youssouf Terri est l’auteur de l’essai Principe de loyauté en droit public à l’aune du numérique.

Un article pertinent qui vient à point nommé ; c’est-à-dire au moment où on s’apprête déjà à organiser le Forum Tchad numérique.

Cependant j’aurais aimé que l’on implique davantage les acteurs privés et la société civile (s’il en existe) pour mieux réussir à identifier les perspectives. Bien sûr que les opérations de vulgarisation doivent continuer, car les citoyens et les fonctionnaires sont au cœur des réformes liées aux Tic. Mais, j’ai rencontré des fonctionnaires travaillant dans le secteur du TIC qui ne connaissent pas ce que ce qu’est une signature électronique. Par ailleurs dans le cadre de mes recherches, presque tous les tchadiens lambdas que j’ai interrogé n’ont jamais entendu parler de la digitalisation de l’admInistration. Les textes adoptés (loi sur la cybercriminalité, etc.) ne sont pas non plus vulgarisés.

« Les TIC sont un luxe »

Les avantages des TIC ne sont pas suffisamment démontrés aux citoyens ni aux pouvoirs politiques. Il y a sur ce plan, un sérieux déficit de communication. Ce qui, tout naturellement, engendrent des sceptiques qui pérorent toujours les mêmes rengaines, du genre « il y a d’autres priorités » ou encore « les TIC sont un luxe improductif ». A ceux-là je leur dis tout simplement que les Tic ne constituent pas un problème découplé des autres problèmes dits prioritaires. Elles sont plutôt en interaction avec ces derniers. Les technologies utilisées de façon adéquates apportent des réponses concrètes et efficaces à ces problèmes urgents. Que ce soit dans le domaine de la modernisation des activités agricoles, de l’aménagement du territoire, de la santé, de l’élevage, de l’accès à l’eau, à l’électricité et bien d’autres. Il y a donc une interaction dynamique entre technologies de l’information et de la communication et le développement, entendu ici comme l’amélioration des conditions de vie des citoyens. Sans parler des ressources que l’usage des Tic peut générer (avec la vente de noms de domaines, par ex. ) et qui pourront être réinjectées dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’agriculture…

Youssouf Terri

Les enjeux principaux pour dynamiser les TIC

Le forum Tchad Numérique, qui se déroulera du 11 au 13 juillet 2019, fera le bilan des TIC sur les 20 dernières années. Il se penchera également sur l’avenir du secteur, qui passe par un nouveau mode de management et l’apport d’une nouvelle génération.

Nous nous devons de rester positifs en ce qui concerne le développement du numérique au Tchad. Parce que c’est un domaine dans lequel nous sommes encore des novices…quasi profanes pourrions nous dire. A ce titre il ne faut donc pas être (trop) exigeant avec nos autorités.  Cette clémence vis-à-vis d’elles est de mise, mais cela ne peut (ne doit pas) nous empêcher d’être critique afin d’être constructifs.

C’est pour cette raison que nous encourageons l’organisation d’événements tels que le forum Tchad numérique qui se déroulera les 11, 12 et 13 juillet prochains à N’Djaména. Cette rencontre prévoit de faire le bilan de 20 ans de numérique dans notre pays. 20 ans, une broutille. Mais en même temps une éternité quand on sait à quelle vitesse effrénée évoluent les technologies de l’information et de la communication. Cette frénésie dans la création, dans l’innovation, dans l’apport intellectuel au service des techniques nous oblige à l’agilité, à une adaptation de tous les instants. Il faut que nous tournions la page de nos modes de management surannés et centrés sur une administration dont le temps n’est pas celui des mutations techniques.

Nous pourrions injecter autant de fonds que possible, mettre à disposition les meilleures infrastructures pour la recherche et les expérimentations, élaborer les meilleures stratégies mais tant que les hommes ne sont pas « libres » d’évoluer comme l’exige(nt) leur(s) métier(s), nous ferons fausse route.

« My bed can also be a workspace »

Nous avons depuis le 21 janvier 2019 un ministre trentenaire en charge des TIC, Idriss Saleh Bachar, dont on entend beaucoup de bien. Afin que cette bonne réputation ne soit pas usurpée, il doit saisir le principal enjeu du numérique au Tchad : une question de génération et d’approche du travail. Nous n’allons pas nous attarder sur ce qui a été accompli ou non durant ces deux décennies. Focalisons-nous plutôt sur les décennies à venir. Il faut qu’Idriss Saleh Bachar donne l’opportunité aux acteurs du digital tchadiens les moyens de réinventer leur secteur.

Le philosophe Michel Serres disait de la génération Y dans Petite poussette qu’il s’agit « d’une nouvelle évolution de l’être humain, l’homonuméricus. Un homme nouveau. Un homme issu de la troisième révolution anthropologique majeure de l’histoire de l’humanité ; le numérique, qui après l’écriture et l’imprimerie, est entrain de bouleverser les codes, les usages, les hiérarchies. Un homme nouveau qui fonctionne de manière différente. »

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Les Tchadiens qui évoluent dans les TIC, souvent à contre courant, sont des homonuméricus par excellence. Malgré les nombreux obstacles, ils cherchent, ils réinventent leur quotidien, ils nouent des liens avec leurs semblables à chaque fois que leur point de chute géographique le leur permet. C’est cette génération, ouverte au monde, apte aux changements, habile par obligation, curieuse par passion et capable de programmer à partir de son lit, qui doit être l’élément central du dispositif pour dynamiser le secteur du numérique au Tchad. Nous pouvons citer des dizaines de noms (spécialiste de l’IA, de la Blockchain, des codeurs juristes, etc.), des personnes capables d’endosser des responsabilités pour développer des campus numériques, mais on nous taxerait de faire la promotion de l’un ou de l’autre. Ce qui n’est, bien évidemment, pas le but.

Eloigner l’administratif de l’innovation

Les campus numériques justement, le ministère devrait en créer, (pas un, pas deux, mais une douzaine) pour permettre aux acteurs actifs de travailler en dehors du cadre ministériel ou des organismes d’Etat déjà existants. Et par la même occasion sortir des débats interminables et entrer de plein pied dans la phase tangible pour développer le secteur. Dans cet ordre d’idée, nous souhaitons voir des structures de recherches technologique au Tchad ou au niveau régional dans lesquelles des ingénieurs auraient le temps de travailler (imaginer, créer, conceptualiser, breveter) à l’exemple de ce qui se fait au GIANT Innovation campus (Grenoble Innovation for Advanced New Technologies) crée en 2011 dans le département de l’Isère en France. La hauteur de nos ambitions réside dans ce choix d’éloigner l’administratif (voire le politique) de l’innovation.

Aux sceptiques qui diraient que cette ambition est inenvisageable dans un pays qui n’a pas encore assuré son autosuffisance alimentaire ou qui n’a pas encore réussi à enrayer la spirale du terrorisme, nous répondrons qu’un Etat a le devoir de travailler parallèlement sur plusieurs programmes de développement.

Chérif Adoudou Artine, leader numérique autoproclamé

TIC et politique ne font pas bon ménage ?

Qui sera le prochain ministre des TIC au Tchad ? La personnalité qui succèdera  à Mme Alix Naimbaye devra comprendre les codes et les enjeux de l’économie numérique et les appliquer dans un contexte difficile, tant sociologiquement que structurellement. Elle devra avoir le #mindset approprié.

La ministre en charge des Postes et des Nouvelles technologies de l’information et de la communication a été limogée ce vendredi 11 janvier 2019. Le fauteuil est par conséquent vacant. Le (la) prochain(e) ministre devra dépoussiérer ce département. Oui dépoussiérer, déjà ! Car malgré son jeune âge (dans son intitulé actuelle et sa fonction novatrice), ce ministère traine avec lui une grande partie de ce que le Tchad compte d’anachronismes. Créé à l’occasion du remaniement du 21 janvier 2013, le ministère aura connu trois ministres. Le premier d’entre eux a été Daoussa Déby. Il y a eu ensuite Mahamat Louani Goadi et Mahamat Allahou Taher. Mme Madeleine Alingué, actuellement sur le strapontin de la Culture, a assuré la fonction jusqu’au 8 mai 2018. Mme Alixe Naïmbaye étant la dernière occupante de la fonction. On attend le (la) suivant(e)…

Le ministère des Postes et des Nouvelles technologies de l’information et de la communication doit se dépoussiérer. Tout d’abord il doit se débarrasser de son appellation surannée. Pourquoi en 2018 parle-t-on encore de ‘’nouvelles’’ technologies de l’information et de la communication ? Elles étaient nouvelles il y a 15 ans. Le monde aujourd’hui utilise l’acronyme TIC en Français ou les initiales IT en Anglais. Tout simplement parce que ces technologies font partie intégrante de notre quotidien. En l’état, son intitulé n’exige rien de lui. C’est le ministère des Postes. C’est le ministère des NTIC. C’est peu être ça la cause de cet immobilisme de façade : un état d’esprit.

Un état d’esprit

Ce département de l’exécutif qui a hébergé depuis 6 ans cinq ministres doit ensuite transformer La Poste, ou ce qu’il en reste. Transformer cette institution ‘’argentivore’’ que nous traînons comme un boulet accroché à la cheville du condamné. Ailleurs dans le monde, les postes sont des entreprises innovantes et prospères. Elle se sont adaptées aux mutation de l’économie. Que dis-je, des économies qui l’entourent. Elles scrutent la libéralisation des secteurs d’activité et les investissent. Les voilà qui deviennent des VMO en téléphonie, des banques de dépôt…tout en gardant et en adaptant à l’ère du numérique leur cœur de métier.

Maîtrisez les enjeux de l’économie numérique

Au Rwanda, au Mali, au Niger, au Bénin ou encore au Gabon pour ne citer que ceux la, ce département est appelé ministère de l’économie numérique. C’est tellement plus smart, tellement plus explicite. Car ne nous trompons pas, l’économie numérique n’est pas juste la vente de connexions Internet et de communications téléphoniques comme pourraient le faire croire les actions très limitées de nos instances dirigeantes. Selon une définition de l’ACSEL (Association pour le commerce et les services en ligne), ‘’L’économie numérique comprend le secteur des télécommunications, de l’audiovisuel, du logiciel, de l’Internet et les secteurs qui les utilisent en tant que cœur ou support de leur activité. Toutes les activités qui utilisent un support numérique sont donc concernées. L’économie numérique résulte de l’interaction d’un grand nombre d’intervenants. Il s’agit d’un système intégré où la tâche de chacun participe au système global.’’ Le champ d’application de cette économie (scindée en deux secteurs : les servies TIC et les industries TIC) est donc quasi infini. « « La numérisation, qui permet de très forts gains de productivité dans le stockage, le traitement et la transmission d’informations (…) se traduit par un développement très rapide avec moins d’intermédiation’’ explique un article du site spécialisé frenchweb.fr citant l’étude ‘’Digital dividends’’ publié par le Banque mondiale en janvier 2016. Le poids moyen de l’économie numérique dans les pays de l’OCDE représentait en 2016, 6% du PIB. Ce qui, de prime abord, semble faible. Mais, toujours selon Frenchweb : ‘‘ (…) Si l’on arrive à évaluer la pénétration d’Internet, on ne mesure pas encore les bénéfices indirects du digital, que les auteurs de l’étude appellent les « dividendes digitaux ». Ces externalités positives existent pourtant. Du numérique découle par exemple : le gain de temps, une meilleure expérience-client, un accès à un savoir plus large. Ces bénéfices sont difficiles à quantifier.’’

Des obstacles

Le succès rwandais, plus proche que nous de part son histoire récente, dans les TIC le rapproche des données citées en infra. Sans vouloir tomber dans la caricature, nous devons calquer nos politiques de développement de l’économie numérique sur celles appliquées depuis une décennie par le pays des milles collines.

En ce qui concerne le Tchad, le chantier est énorme. Cela semble même infaisable vue l’état de délabrement des structures d’Etat. Une approche trop théorique serait un échec car le projet sera confronté de nombreuses pierres d’achoppement.

Des obstacles sociologiques tout d’abord :

  • Les Tchadiens, dans leur majorité, ne sont pas imprégnés de culture digitale ;
  • La peur de l’inconnue si ces technologies (nouvelles pour le coup) ne sont pas apportées de manière appropriée ;
  • Les niveaux d’éducation disparates – il y a les citadins et les ruraux, les diplômés du supérieur, les semi-lettrés/illettrés – qui compliqueraient (mais ce n’est pas rédhibitoire pour son développement) l’action en amont qui est celle du plaidoyer auprès de la population.

Des obstacles structurels et humains ensuite :

  • Le Tchad part de zéro, les préalables au développement de l’économie numérique sont inexistants ;
  • Les intérêts particuliers et la corruption qui freinent les prises de décision qui à terme profiteront à tous.

Une approche trop technique serait donc suicidaire. Optons alors pour une approche plus pratique avec comme cible principale l’utilisateur le moins enclin actuellement à utiliser les TIC. Car l’objectif finale n’est pas seulement de se doter d’infrastructures, mais que le maximum de Tchadiens puisse les utiliser et en profiter. De plus l’’expérience nous montre que l’adaptation aux outils connectés est très rapide. Parallèlement à cela, l’enseignement fondamental devra être le laboratoire par excellence pour les TIC. Ces deux approches ne signifient pas que les autres pans de l’économie traditionnelle doivent être oubliés.

Cette approche est basée sur le long terme. Travailler sur au moins une décennie pour bénéficier des premières retombées.

L’économie numérique est un état d’esprit et sa gestion au sein de l’exécutif ne peut pas, ne doit pas être confiée à un politique pur jus. Mais plutôt a un profile de personne agile qui connaît ses codes, qui les comprend, les décrypte et les appliquent en fonction de ses réalités de terrain. Une personne avec une stratégie à long terme en somme !

Chérif Adoudou Artine, leader numérique autoproclamé

50 chiffres à connaître sur les RS en 2019

Chaque année, nous publions un récapitulatif des statistiques des réseaux sociaux. Facebook, Instagram, Snapchat, Twitter, LinkedIn… cet article permet de visualiser les forces en présence et les dynamiques des réseaux sociaux. Au cours de l’année, pour accéder aux chiffres régulièrement mis à jour, rendez-vous sur cette page : Chiffres réseaux sociaux – 2018.

Les chiffres clés des réseaux sociaux en 2019

Selon les derniers chiffres compilés par l’agence We Are Social et Hootsuite (octobre 2018), nous sommes 7,6 milliards d’habitants sur Terre. On dénombre :

lire suite ici 

La #Blockchain, une solution pour le Tchad ?

A l’heure où l’ADETIC, organisme créé pour installer le Tchad dans l’ère du numérique 3.0, se débat encore avec des problèmes d’énergie pour maintenir ses serveurs à flot, le monde a déjà embrassé la technologie blockchain, une révolution dans la sauvegarde, la sécurisation des transactions et des informations qui en découlent.

Tout d’abord, expliquons ce qu’est exactement la technologie blockchain. Dans un essai on ne peut plus exhaustif intitulé Les Blockchains. De la théorie à la pratique, de l’idée à l’implémentation écrit par un trio français (Billal Chouli – mathématicien, Fréderic Goujon – informaticien spécialisé dans le Big Data et Yves-Michel Leporcher – financier) on apprend cette définition : Une blockchain est une base de données distribuée et sécurisée, dans laquelle sont stockées chronologiquement, sous forme de blocs liés les uns aux autres, les transactions successives effectuées entre ses utilisateurs depuis sa création.

Quelle est la nouveauté dans tout cela me direz-vous ? Elle réside dans l’inviolabilité des informations encodées dans la chaine de blocs. L’horodatage, la confidentialité et l’inviolabilité d’une chaine de bloc sont les éléments qui permettent à cette jeune technologie de bénéficier de tous ces superlatifs (‘’une révolution’’, ‘’la solution du futur’’, ‘’une innovation’’, etc.). Car une fois ajouté à la chaîne, un bloc d’informations ne peut plus être ni modifié ni supprimé, ce qui garantit l’authenticité et la sécurité du réseau. Ce n’est pas le cas aujourd’hui avec les stockages en cloud (sur des serveurs).

Pour ceux qui voudraient en connaitre plus, MON ouvrage de référence sur cette technologie « offre une vision à 360 degrés de l’état de l’art de la technologie Blockchain, son environnement et son potentiel, à un public désireux d’en faire sa spécialité. Derrière le projet Bitcoin, qui fût en 2009 la première application complète de la Blockchain, se cache une pépite de technologie, des concepts cryptographiques bien implémentés, une architecture décentralisée totalement exploitable, et un potentiel dont seule l’inventivité humaine pourra définir les limites. » Ça laisse rêveur !

La confiance

Pourquoi est-ce que cette technologie qui est utilisé depuis moins de 10 ans est aujourd’hui au centre de toutes les convoitises et est qualifiée de nouvelle révolution technologique ? « Parce que c’est le réseau de confiance dont Internet a toujours eu besoin mais n’a jamais possédé » explique Marc Andreessen, créateur de Netscape, un des pionniers des moteurs de recherche. Au vu des répercussions qu’ont eu les failles récentes sur la messagerie Yahoo et le réseau social Google+, on comprend aisément que la notion de confiance est centrale dans le succès de la blockchain.

Une image vaut mille mots… Trois infographies : la première, en Anglais, explique le fonctionnement de la Blockchain (www.columnfivemedia.com), la seconde compare le système de stockage en cloud à celui en blockchain (nirolution.com) et la troisième livre quelques applications possibles (www.clubic.com).

RDV après ces trois infographies pour parler du Tchad et de technologie blockchain.

Transparence financière et lutte contre la corruption

Développer la blockchain au Tchad, est-ce si saugrenu, est-ce de la pure folie ?

Idriss Deby cherche une solution pour éviter le détournement de fonds publics et la corruption ? En voilà une qui ferait du ministère des Finances et ses différentes régies des citadelles inviolables. « C’est la solution par excellence. Aucune triche possible, une traçabilité assurée sur des années. Personne ne pourra se départir de ces choses. Un quitus fiscal par exemple ne pourrait pas être délivré si les données encodés dans la chaine d’information ne le permettent pas. » assure le mathématicien Bilal (nom d’emprunt car la personne ne veut pas être citée), spécialiste en crypto-monnaie. Aussi futé, aussi roublard que puisse être le Tchadien, il sera confronté aux règles de la véracité et de l’inviolabilité des chiffres qu’impose la blockchain.

Notre pays est-il prêt pour la blockchain ? La question a été posée à notre mathématicien, qui connaît très bien les rouages de l’administration tchadienne : « Le Tchad était-il prêt pour le logiciel Sydonia imposé au ministère des Finances ? Il ne l’était pas. Et pourtant plus de 15 ans après nous continuons à l’utiliser. ». Et de poursuivre « On peut s’accaparer de cette technologie (…) par étape et ne pas croire que les choses se mettront en place du jour au lendemain. » Quand on aborde la fâcheuse question du financement de cette démarche (l’Etat n’a plus d’argent nous dit-on), Bilal évoque les Partenariats publics-privés. « En y mettant du sérieux on peut attirer des fonds à travers des sociétés qui ne demandent qu’à mettre un pied en Afrique. Pour ça il faut des préalables : une feuille de route exhaustive, une vision à long terme et une volonté politique affirmée. »

Si le secteur des crypto-monnaies, qui a été le premier à utilisé la blockchain pour protéger ses transactions, a pu maîtriser les blocs de chaînes, le Tchad, en tant qu’Etat souverain, doit pouvoir mettre en place cette technologie.

Dubaï et Israël

Ailleurs dans le monde, deux pays se démarquent dans le développement de cette innovation. L’émirat de Dubaï et Israël. Depuis fin 2016, les autorités dubaïotes ont décidé de migrer toute leur administration sur une technologie blockchain (finances, cadastre, état civile, justice, etc.) En 2017, la société israélienne Zim a mené une expérience de connaissement numérique en utilisant la blockchain.

La France, les Etats-Unis, l’Allemagne et l’Union européenne (qu’on pourrait croire à la pointe) ont de leur côté un temps de retard sur ces deux pays. Ils en sont encore au stade de commissions et/ou de missions d’informations sur la chaîne de blocs.

En Afrique, au Ghana plus précisément, Bitland, une ONG britannique, a utilisé la technologie blockchain pour créer un cadastre virtuel.

Alors que les états commencent timidement à s’intéresser à cette technologie, les sociétés privées semblent elles déjà convaincues. Ainsi l’Américain General Electric, au travers de Xage, une start up du groupe, a créé des empruntes numériques des machines industrielles afin d’identifier et sécuriser le réseau électrique.

Les banques, voyant venir sur leur terrain les crypto-monnaies, ont embrassé l’innovation. Elle leur permettrait de réduire les coûts de transactions. Pour se faire, 25 d’entre-elles, réunies dans un consortium, ont confié à R3, une société américaine, la gestion via la blockchain de leurs transactions financières. Le groupe britannique Citibank quant à lui travaille sur la création de sa crypto-monnaie, le Citicoin. Depuis 2015, le suisse UBS a ouvert à Londres un laboratoire de recherches sur les applications bancaires/financières des chaînes de blocs. « Le groupe qui parviendra le premier à sortir une technologie éprouvée sera à même de facturer son propre service auprès des autres acteurs du domaine financier » explique le quotidien économique britannique The Economist dans un article paru en octobre 2015.

La blockchain permet également d’améliorer les systèmes prédictifs utilisés par les assurances, voire même de créer des assurances «peer-to-peers» (c’est à dire que le client ne dépendrait plus de son assureur mais disposerait d’informations directement sur une plateforme afin de calculer le coût de sa police d’assurance).

Que ce soit en banque, au cadastre, dans la finance ou dans les assurances, les enjeux semblent énormes.

Mon cher Tchad, si tu te posais pour une fois en pionnier ?

Le laboratoire WENAKLABS organise ce vendredi 16 novembre 2018 une conférence sur la Blockchaine et l’IA. RDV à l’incubateur WenakLabs, avenue El Nimery, à partir de 16 heures.

Chérif ADOUDOU ARTINE, leader numérique autoproclamé

Une certaine idée de l’innovation

Le WenakLabs est un ovni dans le landernau associatif tchadien. Il est unique parce qu’il transpire cet esprit millennial caractérisé par l’agilité et l’indépendance. Son organisation est minimaliste, ses process de fonctionnement sont épurés. Ses objectifs sont claires. Présentation d’un groupe de tchadiens engagés.

‘’La nécessité est la mère de l’invention.’’ Cette phrase, accordée (à tort ou à raison?) au philosophe antique grec Platon, est celle qui définit le mieux la création du Wenaklabs, au départ un labo d’innovation qui souhaite réduire la fracture numérique au Tchad. Cette association d’idées et de personnes mérite d’être (re)connue. Non pas parce que la Secrétaire générale de la Francophonie lui a rendue visite durant la semaine du 1er août 2018. Mais plutôt pour couronner cinq ans de travail, sans hâte, sans ambition démesurée, mais avec avec une passion de tous les instants.

Les locaux de WenakLabs à N’Djaména

Sous quel angle parler de WenakLabs ? Cet ovni dans le monde associatif tchadien revêt 1 000 facettes de ce que la volonté d’un groupe de personnes motivées peut accomplir de mieux.

Je voulais parler de ses deux acteurs phares, Abdelsalam Safi et Salim Azim, mais ce serait oublier une pléthore de personnes engagées, qui trouvent dans cet espace une échappatoire au quotidien souvent morose de N’Djaména.

Je voulais parler de cette énergie, de ce dynamisme, de cette volonté. Tout simplement de cette jeunesse qui embrassent ses rêves, des qualités rares dans un pays ou la course aux CFA a pris le pas sur les convictions et la réflexion. A mes yeux, le WenakLabs et ses membres représentent une certaine idée de ce qu’est le développement social. Partir de rien. Construire avec ce que l’on a entre les mains… Mais évoquer ce chapitre nécessiterait plus qu’un billet de blog.

Je voulais parler des ramifications internationales nouées par ce groupe de personnes depuis cinq ans. Sénégal, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Congo RDC, France, Géorgie. Autant de pays avec lesquels ces Robins des bois du numérique ont noué des liens dans des domaines très hétéroclites. Tellement divers qu’il me faudrait un certain temps pour comprendre la teneur de chacune de ces collaborations. Mais promis, je m’y pencherai.

Une aventure humaine

Je pourrais parler d’une pléthore de sujets concernant le wenak labs. Le respect entre ses membres. La solidarité qui les soude. L’ouverture d’esprit qui fait que cette aventure dure déjà depuis un bon bout de temps. L’humilité et l’intelligence de se focaliser sur les sujets dont ils ont une certaine maîtrise.

J’aurai le temps d’aborder tous ces sujets dans l’avenir. Mais pour le moment je vous présente en infographie ce qu’est le WenakLabs : ses objectifs, ses membres, son siège et son évolution depuis 5 ans.