La SNE (Société nationale d’électricité) est la cible de toutes les critiques. Forcément, avec des températures avoisinant les 45 degrés depuis deux mois, tous les yeux sont rivés sur elle. Mais plus pour des remontrances que des demandes de résultats, car tous les Tchadiens savent que cette entité publique qui monopolise le marché de l’énergie est incapable pour le moment de répondre à leurs besoins. Pourquoi cette faillite dans un secteur clé que l’on peut qualifier de régalien ? Essayons de comprendre ce qui ne va pas au sein de la plus obscure des sociétés d’État.

Le Directeur Général de la SNE doit-il être nommé par la Président de République ? Qu’en est-il de son indépendance ? Crédit : SNE

« 60 milliards de francs CFA par an à raison de 11 citernes de carburant par jour, et toujours pas d’électricité. » rappelait ostentatoirement la page officielle de la Présidence de la République après une réunion de crise sur la moribonde Société nationale d’électricité qui s’est tenue le 23 avril dernier autour du Président Idriss Déby Itno. Lors de cette rencontre, une série de décisions ont été prises afin de résoudre définitivement la crise énergétique qui prévaut au Tchad.

Un mois après, qu’est ce qui a changé ?

Et bien « Non Monsieur le Président de la république, la Société nationale d’électricité, la fameuse SNE, n’a toujours pas changé ses mauvaises pratiques »

C’est en ces termes forts, factuels et ciblés qu’une tribune signée par Wal Moussa Achitéla, publiée ce lundi sur les pages de Tchadinfos, décrit la dure réalité que vivent les habitants de N’Djaména, sevrés d’électricité. Privés de loisirs simples. Privés de ce qui devrait être une normalité dans une capitale en 2020.

Souvenez-vous, le 24 septembre 2018, Idriss Déby Itno effectuait une visite inopinée à la Direction Générale de la SNE. Le long et sérieux entretien qu’il a eu avec le board exécutif de l’époque pouvait laisser présager une amélioration des services facturés très chers par la société d’État. Mais rien n’y fit. Comme une histoire qui se répète, elle a continué son inexorable descente aux enfers.

Que peut-on tirer comme conclusion de cette situation de faillite généralisée ?

De deux choses l’une :

Tout d’abord nous sommes en droit de nous demander si les lobbies qui ont infiltré la Société nationale d’électricité, selon les dires et la rumeur, ont une parole et une main mise sur la SNE plus puissantes que les décisions présidentielles et gouvernementales ?

Comment pourrait-il en être autrement quand on voit la bouillie dans laquelle se trouve la SNE ? Arriérés de dettes de plus de 2 milliards pour un seul de ses prestataires, aucun résultat malgré les subventions de l’État tchadien. Aidée mais endettée, voici en quelque sorte résumée la situation de l’entreprise d’État la plus obscure. Excusez le jeu de mots.

Ensuite les spécialistes se poseront la question de savoir si cette SNE s’est dotée d’un plan de projection à court, à moyen et à long terme. Parce qu’aujourd’hui, structurellement elle ne peut tenir la cadence… la ville grandissant, la population croissant.

Sous-équipée ou mal équipée ? C’est selon…

La SNE ne pourra jamais répondre à la demande si elle n’investit pas à grande échelle dans ses infrastructures et dans la formation de ses salariés. La seule manière pour elle de se libérer de ce management de rafistolage qui consiste à réparer des équipements en bout de vie, à commander des pièces de rechange en urgence ou à réquisitionner des installations à l’arrêt.

Outre les équipement et le niveau général des collaborateurs, il y aussi et surtout un autre enjeu primordial : optimiser les méthodes d’exploitation. Car c’est à l’aune de ses services, au jour le jour, au contact  du consommateur que la SNE pourra redorer son blason.

Nous disions donc, de deux chose l’une : soit les ratés de la SNE sont dues à sa gestion opaque et à ses ramifications supposées douteuses , soit ses ratés sont dus à son déficit structurel et à son manque de vision ?

Et si c’était les deux ?

Chérif Adoudou Artine, leader numérique autoproclamé

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