Etat des lieux de l’économie numérique (1/2)

Bilan d'étape du ministère des postes et de l'économie numérique 2016-2020

L’économie numérique (et plus largement des métiers liés au numérique) a connu un véritable bond durant le quinquennat en cours du Président Idriss Déby Itno. Au-delà des progrès que l’on aperçoit dans notre quotidien, il y a les chiffres…qui sont étayés dans le Bilan d’étape 2016-2020 publié par le ministère des Postes et de l’Économie numérique. En plus des données macros que nous analysons dans ce dossier, ce document présente la stratégie 2020-2030 de développement du secteur.

Dans ce premier volet nous parlons de l’environnement tchadien du numérique, de ses capacités à un être un catalyseur pour l’économie et des opportunités qu’il ouvre à la jeunesse.

Dr Idriss Saleh Bachar, ministre des Postes et de l’Économie numérique. Photo : Tchadinfos

A la tête du département depuis 2019, ce diplômé de l’Université de Limoges sait que la transformation numérique du Tchad n’est pas un sprint. Il avance avec calme et assurance pour l’atteinte des objectifs fixés par sa feuille de route Bilan d’étape 2016-2020.

 

 

Regard à rebours

La révolution numérique, composée du trident téléphonie mobile, informatique et internet a été, avec l’exploitation du pétrole, l’un des facteurs du changement majeur de la structure de l’économie du Tchad. Introduite il y’ a aujourd’hui une vingtaine d’années, dans le sillage des autres économies africaines, elle a connu une évolution significative qui a profondément modifié la façon de travailler et dans une certaine proportion le mode de vie des populations. Infrastructures, nouveaux usages, emplois créés, richesses générées, réglementation, institutions d’appui au développement de contrôle, nous permettent d’affirmer qu’il existe une économie numérique au Tchad.

Le secteur impacté par la crise a connu une récession mais est demeuré résilient. Les autorités locales l’ont positionné comme étant une des 5 grandes priorités en matière de développement pour réussir à mettre le pays sur la voie de la croissance inclusive et durable à l’horizon 2030. Sur ces cinq dernières années, l’économie numérique au Tchad s’est montrée plus que dynamique ; ces années ont été marquées par d’importantes réformes, innovations et investissements.

  1. Le paysage des TIC au Tchad de 2016 à 2020

Leapfrog

La cartographie de l’économie numérique au Tchad est dominée par la présence de deux majors de la téléphonie mobile (Airtel du groupe Indien Bahariti et Tigo de Millicom, aujourd’hui Moov détenu par Maroc Télécom) qui génère l’essentiel du chiffre d’affaire sectoriel. A ces deux grands se greffent sept fournisseurs d’accès à Internet (FAI) et l’opérateur public, la SOTEL Tchad.

Ces acteurs offrent les services de messagerie (SMS), de voix (appels), d’accès à l’internet fixe/mobile, d’intranet, d’hébergement de données et enfin de portefeuilles numériques (phone banking).

Le Tchad a en matière d’adoption du numérique réalisé un « saut de grenouille » ou Leapfrog. Ce qui signifie qu’il a brûlé certaines étapes de développement d’un secteur d’activités en adoptant et en vulgarisant les outils et usages des nouvelles technologiques comme jamais auparavant.

Une baisse des lignes fixes

Alors que le pays comptait très peu de lignes téléphoniques, le taux de pénétration de téléphone portable n’a cessé de croître à « grande vitesse » depuis son introduction aux débuts des années 2000.  Entre 2016 et 2019 Le nombre d’abonnés est passé de 5,6 millions à 7,7 millions, ce qui représente une progression de 40%.

Parallèlement, le nombre d’abonnés du fixe a régressé, passant de 18 092 à 6 524, entraînant une baisse globale du chiffre d’affaire de 5,8 milliards de FCFA à 3,4 milliards de FCFA. Cette situation traduit une migration des consommateurs vers les nouvelles technologies.  Le taux de pénétration du réseau fixe est durant cette période passée de 0,13% à 0,04% de la population.

2) Un secteur porteur de croissance

 Le secteur des TIC au Tchad malgré une croissance économique atone depuis 2014, du fait de la chute du cours du brut, présente une des situations les plus satisfaisantes. Il est le premier contributeur direct aux recettes intérieures de l’état avec une part de PIB passée de 3 à 4% entre 2018 et 2019.

2.1) Les ventes d’équipements numériques

La dynamique du secteur avec l’apparition continue de nouveaux produits entraîne un rythme accéléré du renouvellement des équipements numériques (ordinateurs, téléphone, tablettes, logiciels), tant pour les entreprises que les ménages; générant ainsi des chiffres d’affaires pour les commerçants et par la même occasion des ressources pour les finances publiques (TVA, des impôts, taxes diverses).

2.2) L’inclusion financière

Le taux de bancarisation au Tchad est très faible, impactant les possibilités de transferts de fonds. Le développement de nouveaux services numériques par les acteurs de la téléphonie (Tigo cash et Airtel Money) et les transferts bancaires mobiles et électroniques ont généré de nouvelles ressources pour le secteur et offert la possibilité d’inclure des personnes qui étaient jusqu’à la exclues des circuits financiers. Cette innovation a eu un fort impact social, les citadins ont ainsi pu assister leurs familles dans le monde rural plus rapidement par de biais des porte monnaies téléphoniques. Par ailleurs, ces évolutions ont aussi permis de sécuriser les transferts des structures d’aides (ONGS et autres) vers les populations cibles en permettant une traçabilité des fonds.

2.3) L’emploi

Les activités liées au numérique génèrent des emplois directs et indirects. Cependant, il apparaît une dynamique contraire de l’évolution des effectifs. En 2016, le secteur comptait 966 emplois directs et 215 000 emplois indirects. En 2019 Le nombre d’emplois directs du secteur des communications électroniques est passé de 966 en 2016 à 653 en 2019, soit une baisse de 32,4%. Le nombre d’emplois indirects par contre a augmenté de 16,3% en passant de 215 000 à 250 000.

La baisse du nombre d’emplois directs est le résultat de l’externalisation de certains services des opérateurs de téléphonie mobile d’une part, et à la mise en œuvre du plan social du Groupe Sotel Tchad qui s’est traduit par un nombre assez important de départs volontaires d’employés (70%), d’autre part. Il faudra aussi ajouter les départs volontaires encouragés par Airtel entre fin 2015-2016 et de ceux de Tigo pendant la transaction avec Maroc Télécoms.

Bien que le secteur génère de la richesse, il apparaît qu’il est très peu pourvoyeur d’emplois directs. Néanmoins son utilisation augmente les performances des autres secteurs d’activités entraînent ainsi une augmentation des effectifs dans ces autres secteurs.

3) Innovation et entrepreneuriat numérique

Au-delà des usages traditionnels des technologies du numérique, le gouvernement a entrepris de stimuler l’émergence d’une industrie locale du numérique.

A travers la loi N°012/PR/2014 du 14 mars 2014, portant création de l’Agence de Développement des Technologies de l’Information et de la Communication (ADETIC), le gouvernement a matérialisé sa volonté de développer l’économie numérique dans le pays.

Libérer le potentiel de la jeunesse tchadienne

L’agence organise des compétitions de projets innovants et finance les lauréats de ces concours.

En plus de cette initiative étatique, des acteurs privés et organisations non gouvernementales encouragent les démarches numériques locales en organisant de nombreux challenges portant sur différents thèmes.

Ce sont entre autres :

Tigo Tchad (Moov Africa) avec Kellou Digital Challenge

Total Marketing Tchad avec Challenge Startupper de l’année

Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) : à travers le lancement de son Innovation Lab fait la part belle à la promotion de projets digitaux apportant des réponses aux défis du développement.

D’autres structures, des initiatives privées, s’installent et prennent de l’ampleur. Il s’agit des incubateurs WenakLabs et Chad’s Innvovation qui doivent leur présence et leur développement rapide aux conditions mises en place par les politiques gouvernementales.

Toutes ces initiatives ont contribué à installer une culture du numérique dans le pays. Dans les médias, pas une semaine ne passe sans que l’on entende ou lise des expressions de l’univers du numérique telles que « incubateurs », « start up », « applications ».

Aujourd’hui, on peut affirmer qu’il y a l’amorce de la construction d’un écosystème à même de libérer le potentiel latent de cette jeunesse.

Mardi nous analyserons les actions gouvernementales pour renforcer le secteur de manière institutionnelle, par la formation de ressources humaines et par l’optimisation des infrastructures.

Chérif Adoudou Artine

 

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