Le concept j’adore!

En pratique j’abhorre !

Le Festival Dary tombera le rideau ce mercredi 2 janvier. Un espace de rencontre qui a accompagné vers 2019 les Ndjaménois durant la dernière décade de décembre. Entre danses, concerts et brochettes, retour sur un concept unique, mais aux procédés iniques*.

  • *Comprenez « iniques » dans le sens de « injustifiés ».

Je n’aurais dû être que dithyrambique vis à vis du Festival Dary, qui se tient depuis le samedi 22 décembre 2018 à la Place de la Nation à N’Djaména. Car c’est un espace de distraction grand public qui n’est que trop rare au Tchad, un pays où l’Entertainment est le dernier des soucis actuellement. Et pourtant, c’est en temps de crise que nos dirigeants devraient s’appuyer sur la célèbre sentence accordée au Xème siècle par le poète Juvénal à l’empereur romain Néron pour qualifier sa politique d’évergétisme*, Panem et circenses (traduit par ‘’Du pain et des jeux’’) pour distraire et tenir la plèbe loin des affaires de l’Etat. Je suis d’avis pour qu’on renouvelle cet exercice tous les trimestres. Dans les trois grandes villes du Tchad. Non pas par cynisme politique, comme a pu le faire l’empereur romain qui régna de l’an 54 à l’an 68 de notre ère, mais juste pour permettre aux Tchadiens de se distraire simplement et à moindre coût.

Avec ce festival qui met en avant la diversité culturelle tchadienne, on s’y rapproche. Des prix abordables, des animations pour les petits et les grands, des danses traditionnelles, des concerts quotidiens et de la restauration pour toutes les bourses. Equation parfaite pour une fête populaire et familiale réussie. Sur la forme c’est parfait. Dans les faits cela se passe relativement bien depuis le début. Mais sur le fond, c’est un peu plus compliqué et moins reluisant.

La première de mes deux critiques porte sur le fait que ce festival « offert » aux Tchadiens par la République soit financé en grande partie par des sponsors privés (l’Office national de promotion du tourisme et de l’artisanat (ONPTA) a, selon mes informations, contracté un emprunt à hauteur de 200 millions à une banque). Plus qu’une critique, c’est un constat amer de la déliquescence de notre pays. Nous vivons sous perfusion. Une perfusion alimentée en amont de la chaîne par ces machins de Washington qui nous saignent à blanc (FMI et BM). Sous perfusion ensuite des partenaires « traditionnels », qui font tout ce qu’ils peuvent pour nous maintenir dans cette situation. Si tout cela ne suffisait pas, voila que des entreprises de téléphonie ou de services bancaires nous servent la soupe pour faire danser notre population. Ou s’arrêtera la chute ? Arriverons-nous dans les abysses qu’a connu la Colombie des années 1990, quand les cartels de la drogue étaient les principaux pourvoyeurs de fonds des municipalités ? Au secours, mon pays coule.

Ma seconde critique réside dans un questionnement sur le dessein réel des organisateurs. Le Festival Dary est-il une entreprise à but lucratif ? Les organisateurs doivent-ils espérer générer un profit ou doivent-ils juste se soucier que la fête se déroule dans les meilleures conditions ? Ayant integré à titre bénévole l’équipe d’organisation pour apporter mon aide, j’ai eu le sentiment profond que le festival n’est rien d’autre qu’une « entreprise à but lucratif ». Mes idéaux déclinés en en infra tombent à l’eau. Naïf que je suis. Le Festival Dary n’est donc pas organisé pour faire danser le Tchadien. Non, c’est une occasion de plus de se sucrer sur son dos. Je ne suis pas juriste et je ne connais pas les textes qui régissent l’ONPTA. Mais est-ce que je me trompe en pensant que la vocation première de cet office n’est pas de mettre en place un business ? Qu’il tâche d’abord de s’acquitter des ses prérogatives initiales par des voies plus orthodoxes avant de vouloir révolutionner la roue. Si des sociétés d’Event ou de Spectacles avaient initié ce genre de festival, j’aurais compris. Et elles auraient été dans leur droit de générer du profit. Pas l’ONPTA ! Nous sommes dans un mélange de genres, comme d’habitude dans ce pays.

Chérif Adoudou Artine, leader numérique autoproclamé

 

*L'évergétisme consiste pour un notable, à faire profiter ses concitoyens de sa richesse

2 commentaires

  1. Très belle inspiration akhou. Notre pays nous a habitué à un amalgame et à de l’imposture perpétuels. Il faut bien que ces confusions soient dénoncées. En tout cas, tu me laisses sans voix tellement ton texte est cohérent tant sur la sémantique que sur la syntaxe. Si nombre de jeunes de notre génération pouvaient avoir le courage et l’audace sans faire du zèle et étaler au grand jour le jeu macabre que beaucoup cachent, je suis convaincu que les choses changeraient d’elles-mêmes. Bravo l’artiste.

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