L’inspection générale d’Etat est en train de traquer la mauvaise gestion de l’argent public. Ses recommandations sont craintes jusqu’aux plus hauts niveaux de l’appareil administratif. Kalzeubé en est la preuve. Retour sur une semaine durant laquelle l’actualité judiciaire a été au centre de toutes les discussions…avec aussi l’affaire Ibédou.

Interpelé le jour de la fête de la liberté et de la démocratie, le ministre d’Etat, ministre Secrétaire Général à la Présidence, Kalzeubé Pahimi Deubet fait les frais d’une enquête menée par l’Inspection générale d’Etat (IGE) sur fond de compensation immobilière. Il est passé en deux jours de la case Présidence à la case prison en passant par la case garde à vue.
L’ancien PM sous écrou, qui sera le suivant ? C’est la question que tout le monde se pose car selon des bruits de couloir « une liste de douze noms » aurait été établie par les équipes dirigées par Ahmat Mahamat Zagalo, Inspecteur général d’Etat à la tête de l’IGE, créée en 2015/16 et rattachée à la Présidence de la République. Héritière de plusieurs organes d’Etat dans le but de « contrôler à posteriori la gestion administrative et matérielle des biens de l’Etat », elle succède dans ce rôle de « tracker » de la mauvaise gestion de l’argent public à la Commission Bartichret (dirigée par le Président de la Cours suprême de l’époque, Ahmed Barticheret) en 2005, au ministère du Contrôle d’Etat (qui a changé de nom à trois reprises) et enfin à la très redoutée Opération Cobra en 2012 après la fusion des ministères du Contrôle d’Etat et de celui de la Justice voulue par Abdoulaye Sabre.
Après le SG de la présidence, des bruits ont couru sur Twitter qu’en à une convocation d’Issa Doubragne, ministre de l’Economie et de la Panification du développement qui a été épinglé par une note de recommandations de cette même IGE en date du 19 novembre courant. Mais cette information a été très vite infirmée, notamment par un fact checking de Tchadinfos.com. Quoi qu’il en soit, nous devrions entendre parler de l’IGE d’ici la fin du mois de décembre. Les réjouissances de fin d’année ne seront pas agréables pour tout le monde.

Captures d’écran

Le lundi 2 décembre 2019, Mahamat-Nour Ahmat Ibédou, Secrétaire général de la Convention tchadienne de défense des droits de l’homme (CTDDH), a aussi été convoqué par la Police judiciaire. Ce jour étant le prolongement du férié de la veille, le diplômé de l’Ecole Nationale du Trésor Public de Noisiel (France) s’est rendu au commissariat le mardi 3 décembre pour répondre aux policiers suite à une plainte pour diffamation déposée par Bakhit Bahar Itno. Ce dernier a été accusé par un communiqué de la CTDDH d’avoir enlevé et torturé un groupe de femmes en novembre dernier.
Une garde à vue plus tard, voilà que le SG de la CTDDH se trouve confronté à une autre accusation beaucoup plus grave : meurtre et de complicité de meurtre. Selon les avocats de ce dernier, les fonctionnaires de police ont voulu lui faire signer une déposition qui n’était pas la sienne. Après 48 h en GAV, il a été transféré à la maison d’arrêt d’Amssinéné dans le nord de N’Djaména.
Des captures d’écran reprenant des échanges entre l’acteur de la société civile et un certain Malick Ibet Ibrahim, accusé du meurtre d’une adolescente en 2015, ont suffit à le garder derrière les barreaux. Dans cet échange ont apprend que M. Ibedou souhaite soustraire M. Ibrahim des mains de la justice tchadienne en lui faisant quitter le Tchad.
Mais qu’en est-il de la véracité de ces copies et de leur contenu ? C’est à ce niveau que toutes les discussions s’arrêtent. Et c’est à ce niveau que toutes les discussions doivent tourner. Pour confondre M. Ibédou il aurait fallu prouver l’authenticité du contenu de ces messages. Cela passe par chercher à savoir si les adresses des deux concernés n’ont pas été piratées ou si ces copies ne sont que l’œuvre d’une personne maîtrisant un tant soit peu un logiciel de graphisme… Il existe une multitude d’outils pour clarifier ce genre de situations. La justice, quant à elle, dispose également de textes qui lui permettent d’envoyer des demandes d’authentification avec expertise très pointue. Et ce, jusqu’à Google.
Les personnes en charge de l’affaire peuvent et doivent passer au crible ces « preuves » afin d’avancer dans cette affaire qui cristallise la société tchadienne.

Cherif Adoudou Artine, leader numérique autoproclamé

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