Idris Déby Itno le provincial

Le Président de la République Idriss Déby Itno à Moussoro le 20 décembre 2020 / Photo : Direction de la communication Présidence de la République

Idriss Déby Itno a entamé début novembre des déplacements dans le Tchad profond. A la rencontre des ses compatriotes, le Maréchal du Tchad pourrait initier une nouvelle approche moins centralisée dans sa gestion des affaires publiques.

Le Président de la République Idriss Déby Itno à Moussoro le 20 décembre 2020 / Photo : Direction de la communication Présidence de la République
Le Président de la République Idriss Déby Itno à Moussoro le 20 décembre 2020 / Photo : Direction de la communication Présidence de la République

Loin de l’image de roi paresseux que souhaitent lui coller ses détracteurs, le Président de la République, plus en forme que jamais, a entamé début novembre des visites dans les provinces. Des déplacements qui étaient programmés de longue date, mais décalés à cause des mesures prises dans le cadre de la riposte contre le Coronavirus.

Idriss Déby Itno est plus que jamais dans l’action, au contact des populations. On en veut pour preuve son « coup de gueule » d’Ati lors de sa visite de travail du 7 décembre dernier. Alors qu’un nombre important de personnes faisait le pied de grue devant sa résidence et harcelait le protocole pour le rencontrer, le Maréchal du Tchad, au bout de trois audiences, se serait emporté contre son service protocolaires : « Je ne suis pas venu à Ati pour voir les mêmes têtes qu’à N’Djaména.» Une manière de dire que l’objectif de ces déplacements est de côtoyer « le Tchad profond » et saisir pleinement les situations toutes aussi singulières les unes que les autres en fonction des régions.

La scène d’Ati a tout d’un symbole. Lassé par les remontées d’informations souvent contradictoires, Idriss Déby Itno a décidé de mettre les mains dans le cambouis. Un président volontaire, actif, qui se veut être à l’écoute de ses compatriotes. Une attitude qui rappelle un homme d’État populaire (populaire car chaleureux), Jacques Chirac. Alors Président du RPR, l’ancien Maire de Paris disait en 1980, pour être en phase avec la population « il faut savoir taper sur le cul des vaches » et non rester dans les salons feutrés des ministères ou le confort de la capitale. On a vu le Président dans les champs de coton avec les agriculteurs, au contact des éleveurs… échangeant avec les leaders traditionnels.

Auprès de ses compatriotes

C’est ce président volontaire et lucide sur la situation de notre pays que les Tchadiens apprécient et souhaitent voir. Loin des lourdeurs et des process interminables de l’administration.

Est-ce l’amorce d’une nouvelle manière de gouverner ? Une approche plus globale de diriger les affaires du Tchad ?

C’est ce qui semble se profiler. Le Président global de la IVème République était submergé. La principale modification constitutionnelle du second Forum national inclusif le délestera de certaines responsabilités et lui permettra d’être plus souvent sur le terrain, dans les régions, les villages, les féricks…, auprès de ses compatriotes.

Assez de cette gestion purement n’djaménoise ? Projetons-nous…et imaginons une présidence plus girondine que jacobine (une gestion des affaires plus décentralisée que venant uniquement de la capitale). En tant que garant de la cohésion sociale du Tchad, Idriss Déby Itno, avec des déplacements provinciaux plus nombreux, pourrait résoudre certaines situations nées et parfois entretenues par des fonctionnaires qui agissent à dessein. Son autorité, son aura et son charisme seraient comme des boucliers pour des populations rurales souvent flouées.

La question logique qui suit cette proposition est « Qu’en est-il de l’autorité de l’État si le président doit se substituer à un préfet ou à un sous-préfet pour régler certains litiges ? » Ne nous perdons pas en conjectures et surtout ne nous voilons pas la face, l’efficacité de l’appareil d’État (les administrations, la justice, etc.) est aujourd’hui réduite à sa portion la plus congrue. La faute à des administrateurs et à des fonctionnaires véreux qui ont trahi leur engagement de servir le Tchad. Si Idriss Déby Itno, en dépit de cette situation de déliquescence, peut éclaircir l’horizon de nos compatriotes ruraux et leur éviter certaines injustices, qu’il le fasse.

Chérif Adoudou Artine

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