Idriss Déby, entre fer et velours

A Bongor ce jeudi 1er avril 2021, le candidat Idriss Déby Itno a prévenu ceux qui scandent « non à la tenue de l’election présidentielle » qu’il ne leur ferait aucune concession. IDI montre une fois de plus ses muscles après avoir fait preuve de magnanimité. La campagne électorale du candidat-président se poursuit… entre autorité et ouverture.

« Tous ceux qui tentent de perturber les élections le 11 avril me trouveront devant eux » Le message est limpide. Sans ambages. Depuis Bongor, ou il tenait un nouveau meeting de campagne ce jeudi 1er avril, c’est en Président de la République garant du processus électoral que s’est présenté Idriss Déby Itno. Une nouvelle fois très offensif dans sa prise de parole, il a rappelé à ses opposants que c’est un dirigeant avec une main de fer dans un gant de velours. Cette expression joue sur deux symboles, le fer et le velours, qui s’opposent totalement. Le fer caractérise la dureté, la froideur et le velours symbolise la douceur et la chaleur. Une comparaison qui se prête à merveille au candidat du consensus, à sa dualité lorsqu’il s’agit de gouverner le Tchad. L’autorité et la bonté.

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Il n’est pas besoin de remonter à très loin pour constater cette coexistence de caractère chez Idriss Déby Itno. Souvenez-vous, le 13 avril dernier lors du lancement de sa campagne électorale dans le stade omnisports Idriss Mahamat Ouya de N’Djaména, l’homme avait choqué en houspillant ces Tchadiens qui pactisent avec les étrangers pour tenter de déstabiliser le pays en lançant ce fameux « damboula » qui en aura fait sursauter plus d’un. Il s’est voulu autoritaire, froid, limite menaçant pour marquer sa position de chef et de garant de la paix au Tchad. Quelques jours plus tard à Mongo, toujours lors d’un meeting électoral, le 22 mars, il tendait la main à ces mêmes Tchadiens. « J’invite tous nos compatriotes de Libye, du Soudan, des États-Unis…  de partout ailleurs à venir pour nous aider à construire ce pays. Que faites-vous là-bas alors que votre pays a besoin de vous ? » avait-il lancé à leur attention.

Déby X Cromwell

Dur quand il le faut, souple quand cela s’y prête. Tel est Idriss Déby Itno. En grand stratège politique, il manie cet art comme une sorte de métaphysique afin de mieux cerner ses compatriotes, cerner leurs velléités, cerner leurs positions respectives vis-à vis de lui et vis-à-vis du Tchad. Une manière d’obtenir toutes les informations en amont pour composer son échiquier politique et militaire.

Certains ont comparé Idriss Déby Itno à Nicolas Machiavel. Ce rapprochement est trop basique pour un homme aussi complexe. Je le comparerais plutôt à Oliver Cromwell, cet autre fin militaire qui embrassa une carrière politique au XVIIème siècle en Grande Bretagne jusqu’à en devenir le Lord Protecteur, titre qu’il se donna après avoir renversé le roi Charles 1er et instauré une République en 1649. L’épopée d’Oliver Cromwell vers les sommets de l’Etat peut être apprise et appréciée dans le roman Woodstock ou le cavalier. Cet ouvrage relate la conquête du pouvoir de Cromwell et détaille comment il a su éviter les différents pièges qui se présentaient à lui. Vous y trouverez une multitude de similitudes entre l’enfant de Berdoba devenu Président de la république du Tchad et celui qui instaura durant une dizaine d’année une République dans le royaume des Stuart.

Les pratiques du pouvoir des deux hommes sont au contraire à l’opposée l’une de l’autre. Là où le Lord protecteur imposa un despotisme sans discernement, Idriss Déby Itno a su, de manière très subtile, jouer du fer et du velours pour gouverner.

Chérif Adoudou Artine

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