Impasse et tartufferie

Initialement ce billet était consacré à un bilan de l’année qui s’est écoulée depuis que nous avons appris le décès du Président Idriss Déby Itno. Mais ce bilan est tellement famélique que…

Alors que RFI consacre une enquête en 4 volets sur les mort d’Idriss Déby Itno, au Tchad, chez lui, l’ancien Président de la République sera au centre d’une bouffonnerie de plus. Car le MPS, parti politique qu’il a créé, ou du moins ce qu’il en reste, « rackette » ses sympathisants pour un hommage qui me fait penser à cet instant ou le voyageur anonyme du tube Hotel California découvre les rites païens de ses hôtes.

« And she said ‘We are all just prisoners here, of our own device’
And in the master’s chambers,
They gathered for the feast
They stab it with their steely knives,
But they just can’t kill the beast
 »

A quoi rime donc cette levée de deuil païenne ?

Oui, païenne ! Car que ce soit en Islam ou en dans le christianisme, la fin du deuil n’intervient pas une année après.

Le culte romain marque la fin du deuil après 30 jours. Dans la religion mahométane, la levée de deuil est de 3 jours (« mais il faut compter quarante jours environ pour que l’âme quitte le corps »). Certes des prières sont consacrées (dans les 2 religions) à la mémoire de la personne disparue une année après son passage à trépas, mais ce n’est pas la période de levée de deuil en tant que telle.

Un hommage, désigné comme tel, aurait été des plus appréciés par les militants et plus largement les Tchadiens. Il aurait pu s’organiser sous la forme d’une exposition, d’un film, d’un chapelets de témoignages, etc. Mais voilà, ils ont préféré à la sobriété, l’ostentation ridicule.

Je repose par conséquent la question : à quoi rime cette levée de deuil ?

Ce que je comprends en toile de fond de cette opération est que le MPS est incapable de se renouveler, incapable de tourner la page, incapable de se projeter. Incapable tout simplement de se comporter en parti politique non dominant en proposant un modèle de société.

Mais à quoi ont donc servi ces 30 années ? A soutenir le leader, certes. Mais à l’horizon… aucune perspective.

Voici in extenso ce que je disais à un membre du secrétariat général après la célébration du 32ème anniversaire du parti organisé à Bongor en mars dernier : « Bonjour. Comment vas ? Le parti a tout faux en ressassant les 30 dernières années. Il n’y a pas meilleur moyen pour donner le bâton pour se faire battre. Vous devriez partir sur de nouvelles dialectiques, de nouvelles thématiques, un nouveau style et un champ sémantique diamétralement opposé à ce que j’ai pu lire ou entendre ces derniers jours. » Plus loin : « Je ne lis que des poncifs, je n’entends que des banalités. Aucun horizon nouveau. Le discours politique est par essence une incitation. Voire une invitation. »

Initialement ce billet était consacré à un bilan de l’année qui s’est écoulée depuis que nous avons appris le décès du Président Idriss Déby Itno le 20 avril 2021.

Douze mois de surplace ont sanctionné cet immédiat après Déby. Ce statu quo est le résultat d’une lecture optimiste de la situation. Car certains, comme le FMI dans son dernier rapport sur le Tchad, annoncent que l’économie tchadienne s’est dégradée en 2021. Mais alors, si cet élément essentiel à la bonne marche d’un pays s’est ainsi détérioré, comment est l’état du reste de l’Etat ?

Je pense que cela en dit déjà assez sur le bilan de cette année post-Déby.

Chérif Adoudou Artine (@fortius0)

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