L’affaire Yaya Dillo « relève du cadre juridique » selon le MAE

Le ministère des Affaires étrangères a transmis ce lundi 1er mars un communiqué aux missions diplomatiques et aux ONG installées au Tchad. L’objectif étant « d’informer sur la situation qui prévaut dans notre capitale » depuis le 28 février 2021 suite à l’affaire Yaya Dillo. Voici les faits décrits par la missive officielle.

24 heures après le communiqué du ministère de la Communication, Porte-parole du gouvernement sur l’affaire Yaya Dillo qui secoue la ville de N’Djaména depuis ce dimanche 28 février 2021, c’est au tour de celui des Affaires étrangères d’en publier un autre… adressé aux chancelleries étrangères et aux ONG installées au Tchad. Ce document relate la version des faits du gouvernement et remonte aux mois de  mai 2020 et de novembre 2020 : «(…)  depuis quelques jours, les autorités judiciaires sont confrontées à une rébellion de Monsieur Yaya Dillo, qui a refusé d’obtempérer aux injonctions de la police venue lui présenter un mandat d’amener. (…) pour avoir refusé de répondre à une convocation de la police judiciaire suite à deux plaintes déposées contre  lui : refus de restituer trois véhicules de service après avoir quitté ses fonctions de représentant  de  la C EMAC et diffamation et insulte à l’égard de l’épouse du Chef de l’Etat »

Ce samedi 27 février 2021 donc, Yaya Dillo Djerou Betchi, qui avait déposé son dossier de candidature pour l’élection présidentielle du 11 avril prochain sous les couleurs du Parti socialiste sans frontière (PSF), avait publié sur sa page Facebook qu’il avait été attaqué par des hommes armés. Le lendemain, il annonçait sur les coups de 5 heures du matin que sa mère et des membres de sa famille ont été tués suite à un assaut de militaires de la DGSSIE.

La version du ministère des Affaires étrangères diffère en tout point de celle décrite par l’ancien Conseiller chargé de mission du Président Idriss Déby Itno entre 2011 et 2016. Voici ce que précise le communiqué après avoir apporté quelques éléments sur une soustraction  à la justice que le ministère qualifie de volontaire (« il s’est alors réfugié dans sa région natale à ]a frontière tchado- soudanaise ») depuis plusieurs  mois : « le 27 février au matin, un mandat d’amener lui a été présenté par la Police, qui a localisé son refuge. Monsieur Yaya Dillo, entouré de cinq (05) hommes armés  de  fusils  de guerre, s’est montré hostile et menaçant. il a alors refusé de déposer les armes et de se laisser interpeler. (…) Face à cette résistance, les officiers de la Police Judiciaire ont jugé utile d’ interrompre leur mission et de quitter les lieux afin de rendre compte à leur hiérarchie. »

Sur la mort de la mère de Yaya Dillo, « une enquête établira les faits »

Le récit du ministère des Affaires étrangères se poursuit : «(…) les autorités judiciaires ont alors instruit la Police de tout faire pour  que  cesse  ce qui  était devenu  une  rébellion  armée  de  fait  dans  la  capitale,  d’autant  plus  que  plusieurs  personnes avaient pu être identifiées dans l’endroit de résidence de Monsieur Yaya Dillo comme détenant  des armes de guerre et déterminés à s’en servir. »

C’est ainsi qu’on en arrive à cette funeste matinée du 28 février 2021 : « Avec des moyens conséquents, les forces de  l’ordre  se  sont  à nouveau présentées au lieu de résidence de Monsieur Yaya Dillo afin de faire  cesser  cette  rébellion armée et de le soumettre à la loi. A l’arrivée des forces de l’ordre le 28 février au matin,  Monsieur  Yaya  Dillo  a  directement ouvert le feu, blessant trois agents des forces de l’ordre,  tout en se  protégeant derrière  le rempart des membres civils de sa famille. Un tir de l’intérieur visant les forces de l’ordre a mortellement atteint la mère de Yaya Dillo. Une enquête établira les faits. Faisant cesser les tirs, les forces de l’ordre se sont retirées. Tous les blessés ont été évacués à l’hôpital. A fin de permettre une reddition sans violence, une médiation a été initiée pendant plusieurs heures avec Monsieur Yaya Dillo qui a finalement refusé de se rendre. »

Le communiqué précis aussi que dans la cohue qui s’est en est suivie « les policiers ont laissé partir plusieurs civils qui fuyaient afin de ne pas faire d’autres victimes collatérales. Monsieur Yaya Dillo s’est alors probablement échappé profitant de se cacher parmi eux. A l’heure, actuelle il n’est plus localisé et a déclaré sur les réseaux sociaux s’être caché ailleurs. »

Cette note du ministère des Affaires étrangères assure par ailleurs que « le Gouvernement tchadien ne peut laisser perdurer cette situation insurrectionnelle menée par un récidiviste qui refuse d’obéir aux lois en vigueur, défie les forces de l’ordre et cherche, vis-à-vis de la communauté et la presse nationales et internationales à légitimer sa situation en se présentant faussement comme une victime et  à provoquer des troubles graves. »

Le communiqué se conclut en regrettant l’instrumentalisation de cette affaire  « par certains acteurs politiques et ceux de la société civile » tout en signifiant qu’elle « relève purement du cadre judiciaire ».

Chérif Adoudou Artine

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *