Le CMT suit sa route

Ce dimanche une liste de gouvernement a été rendue publique. Une prouesse en soi, car rien ne présageait il y a encore dix jours qu’une étape aussi cruciale de la transition puisse se dérouler sans accro.

La transition tchadienne entamée le 20 avril dernier suit son cours et vient d’installer son deuxième organe de gestion, le gouvernement de transition. Qui l’eut cru, 1 3 jours après le décès du Maréchal Idriss Déby et les combats qui ont opposé notre armé nationale aux rebelles du FACT (Front pour l’alternance et la concorde au Tchad) ?

Les plus pessimistes d’entre nous se sont imaginés un scénario apocalyptique : le pays allait imploser de par ses dissensions, de par les menaces qui le guettent et basculer dans une guerre civile. Rien de tel. Le CMT (Conseil militaire de transition) ou plutôt les quinze personnes qui le composent ont pris leurs responsabilités, de manière certes très surprenante mais en opposant face aux éventuelles velléités de troubles l’autorité du treillis… ce même treillis qui a continué à sécuriser le pays face à une nouvelle incursion des FACT les 27 et 28 avril et qui garantit aux populations de « vaquer à ses occupations ».

A l’exception des manifestations réprimées la semaine dernière, aucun incident n’est venu émailler la vie des Tchadiens, que ce soit en province ou à N’Djaména. Rien que pour cela, nous devons louer les forces supérieures d’avoir épargné notre pays.

Nous voilà aujourd’hui doté d’un gouvernement dont le rôle principal est de préparer la meilleure transition possible dans les 18 mois. Ses initiateurs l’ont voulu d’unité nationale. Mais dans les faits, reflète-il vraiment cette concorde ?

La couleur politique de cet attelage gouvernemental composé de 31 ministres et de 9 secrétaires d’État est principalement MPS (17 strapontins). Ses alliés traditionnels sont également représentés avec 6 portefeuilles répartis entre le MUR, le RNDP et le RDP.

L’opposition (en fonction de l’échiquier politique d’avant transition) a également eu droit de citer dans cette composition. On notera la présence d’un ministre PLD (en la personne de Mahamat Ahmat Al Habo) à la Justice et de deux UNDR (à l’Élevage et vice-ministre au SGG). Les deux formations phares de l’opposition dure à Idriss Déby Itno ont embrassé deux approches différentes. Quand Saleh Kebzabo de l’UNDR décide d’envoyer au gouvernement deux de ses lieutenants, Mahamat Ahmat Al Habo opte lui pour une présence personnelle. Ceci s’explique par le fait que « le leader de l’UNDR a des visées pour une future élection présidentielle et ne peut donc pas hypothéquer une éventuelle candidature dans 18 mois en intégrant ce gouvernement, tandis que celui du PLD ne vise rien. Il peut donc descendre dans l’arène politique et observer. Mais ne croyez surtout pas qu’ils sont désunis. » assure un analyste de la vie politique tchadienne. Deux autres partis politique que l’on peut qualifier de radicaux vis à vis de l’ancien pouvoir MPS ont également fait leur entrée dans l’exécutif, il s’agit du MNCT de Mahamat Ahmat Lazina et du PUR de Saleh Macky.

Cette nouvelle équipe est « expérimentale car il fallait boucher le trou. Nous serons fixés sur son avenir d’ici 3 ou 4 mois » complète notre analyste. Mais ne soyons pas aussi lapidaire vis-à-vis de cet exécutif. Accordons lui le bénéfice de sa présence alors que rien n’était gagné il y a juste une dizaine de jours. Et si notre analyste se trompait et que cette équipe est celle qui nous mènera, sans heurts, jusqu’à la transition ?

Chérif Adoudou Artine

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