Le legs du Maréchal

Entre larmes et émotions, entre fierté et regrets… les tchadiens ont rendu un dernier hommage à Idriss Déby Itno, entré dans les annales du l’histoire de l’Afrique. A eux dorénavant de relever les nombreux défis qui se profilent. L’équation complexe de l’après Déby ne peut être résolue que grâce à la bonne volonté du CMT, actuel maître du jeu.

Drapeau en berne aux Nations unies, 3 jours de deuil nationale au Mali, minute de silence à l’entame du Conseil des ministres au Burkina Faso et cette unanimité des Tchadiens à rendre hommage à Idriss Déby Itno.

Obsèques officielles du Maréchal du Tchad, Président de la République Idriss Déby Itno ce vendredi 23 avril 2021 à N’Djaména. / Crédit Photo : tchadinfos.com

Dépassant les frontières, le respect voué au défunt Présidente de la République tchadienne et la stature d’homme d’Etat qu’il s’est forgé est un legs qu’il nous laisse. A sa manière il a sorti le Tchad d’un certain anonymat sur la scène internationale et l’a placé au-devant de la scène. Cet héritage doit instiller en chaque Tchadien l’envie de rendre ce pays plus grand, plus apaisé, plus ambitieux. La mise en bières de la sépulture du Maréchal du doit marquer le départ d’une autre idée du Tchad. Il craignait qu’après son départ les Tchadiens ne se déchirent. Il ne savait pas que son aura les unirais…du moins dans le deuil, loin des cassandres programmées, loin du chaos, de la guerre et des déchirements fraternelles. Espérons que cet esprit demeure.

Idriss Déby Itno, le fils de berger, le soldat originaire du BET resté fidèle à l’armée nationale tchadienne alors que tout pouvait laisser à penser qu’il rejoindrait sans coup férir les rangs du FROLINAT qui séduisait tant de jeunes à l’époque, l’idéaliste qui a choisi l’aile habréïste parce que le FROLINAT d’en face (celui de Goukouni) s’est vendu à la Libye et enfin Idriss Déby Itno le chef militaire et  le président est aujourd’hui l’égal des grands hommes de l’histoire. Une comparaison lu au détour d’un poste Facebook m’a fait penser à un essai politico-historique qui a marqué mes années estudiantines. Il s’agit des Antiportraits, une riche étude sur la personnalité, de la psychologie, des contextes historiques et des parcours de grandes dirigeants européens. L’économiste Alain Minc, auteur de cet extraordinaire travail, s’il devait réécrire un second tome de son ouvrage paru en 1991 serait bien inspiré de compter Idriss Déby Itno parmi ses illustres sujets d’étude. Inutile de rappeler les grands moments d’un chef d’Etat conquérant qui est allé aussi haut que la vie le lui a permis : des ergs de Berdoba aux beaux jardins d’Isé Shima en passant par la tribune de l’ONU à N’w York ou les champs de batailles, IDI a tout d’un grand homme d’Etat, car c’est un grand homme d’Etat.

Un legs à fructifier

Qu’ils soient sécuritaire, démocratique ou de l’ordre du développement, les Tchadiens devront faire corps et ne pas céder aux tentations égoïstes afin de relever tous les defis qui leur font face et ne pas faire imploser tout un pays. Pour ceux qui reprocheraient à Idriss Déby Itno ses politiques économique et sociale qui n’ont pas permis au pays de se développer au niveau de certains de ses voisins, l’histoire rétorquera que nul n’est parfait.

Au milieu des hommages qui inondaient les réseaux, les chaines de radio et de télévision aux lendemains de la mort de Nelson Mandela en décembre 2013, des voix discordantes (par rapport à la majorité dithyrambique) critiquaient Nelson Mandela pour sa gestion catastrophique de la pandémie du SIDA (qu’il avait sous-estimé) et pour ne pas avoir réussi à créer les conditions pour sortir les noirs d’Afrique du sud de la pauvreté endémique dans laquelle ils vivent toujours près de 20 ans après son accession à la présidence de la République. Mais en sortant son pays de l’apartheid il lui a donné l’occasion de relever d’autres défis. Il a créé les fondations, a ouvert une voie pour ses successeurs. Si une majorité de noirs d’Afrique du sud vivent encore dans la pauvreté alors que leur pays trust les podiums des indicateurs économiques, c’est de la faute à Thabo Mbeki (1999-2008), Jacob Zuma (2009-2018) et dans une moindre mesure à Cyril Ramaphosa (depuis 2018). Dans le même ordre d’idée, Idriss Déby Itno nous aura laissé un pays à la fierté retrouvée… une sorte de marque rebrandée prête à conquérir ses parts de marché (et ce malgré les critiques constantes sur sa gestion économique).

Tout dépend à présent du CMT

Maintenant que les choses sont actés, que le principale partenaire international de la France a en quelque sorte adoubé Mahamat Idriss Déby, les jours à venir seront capitaux, la semaine qui s’annonce sera un tournant. Que les généraux qui nous dirigent depuis mardi matin sachent faire preuve de discernement en optant pour une transition ouverte. Nous attendons par conséquent la composition du Comité national de transition avant de porter des jugements sur ce qui est à l’heure actuelle une viatique pour notre pays eu égard à la situation sécuritaire que l’on peut qualifier de fragile aux lendemains des affrontements fratricides dans le Kanem. Le gouvernement de transition qui suivra se doit lui aussi de répondre à ces exigences de pluralité, conditions sine qua non pour que la population ne tourne pas le dos à ces 15 généraux et à leur transition, qui bénéficient, mémoire du Maréchal aidant, d’une forte côte de sympathie. Si un tel schisme entre le CMT et la majorité des tchadiens devait s’installer, ce serait le premier échec de cet après Déby.

Le Général de corps d’armée de 37 ans et ses 14 acolytes ont entre leur main la possibilité d’enclencher une dynamique pour cette inclusion de toutes les couches populaires ou au contraire de créer la défiance vis-à-vis d’eux en s’enfermant dans une gestion autarcique des affaires.

Chérif Adoudou Artine

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