Les 5 raisons du plébiscite de Moussa Faki

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51 pays sur 54 ont voté pour reconduire Moussa Faki Mahamat à la Présidence de la Commission de l’Union africaine, une première depuis la création en 2002 de l’organisation. Comment et pourquoi notre compatriote a été plébiscité ? Cinq éléments importants sont à retenir : deux inhérents au Tchad et trois à l’action menée depuis quatre ans par M. Faki.

Ce samedi 6 février 2021, le Tchadien Moussa Faki Mahamat a été réélu à la tête de la Commission de l’Union africaine. C’est la première fois qu’un président de la Commission rempile. Aucun de ses quatre prédécesseurs depuis 2002 avec le passage de l’OUA (Organisation de l’unité africaine) à l’UA (Union africaine) n’a effectué plus d’un mandat. L’intérimaire ivoirien Amary Sy, qui a pris cette charge dans l’attente d’élections, a occupé le poste de Président de la Commission du 09 juillet 2002 au 16 septembre 2003. Le malien Alpha Oumar Konaré a remporté le premier scrutin du genre et s’est assis sur le strapontin le plus convoité au siège d’Addis Abéba du 16 septembre 2003 au 28 avril 2008. Le Gabonais Jean Ping et l’Africaine du sud Nkosazana Dlamini-Zuma ont été les troisième et quatrième Présidents, respectivement du 28 avril 2008 au 15 octobre 2021 et du15 octobre 2012 au 30 janvier 2017.

Le rôle d’Idriss Déby Itno dans cette réélection

La natif de Biltine, dans la province du Wadi-Fira, crée donc un exploit sans précédent. Comment et pourquoi a-t-il été plébiscité une nouvelle fois par 51 des 54 siégeants ?

Cinq éléments importants à retenir :

Les deux raisons tchadiennes de ce succès

1 – La nature de ses relations avec Idriss Déby Itno

Moussa Faki Mahamat a été un des 16 premiers ministres sous la présidence d’Idriss Déby Itno. Entre le 24 juin 2003 et le 3 février 2005 cet ancien étudiant de l’Université Marien-Ngouabi de Brazzaville (Congo) a été le premier chef de gouvernement depuis 1990 issu du nord du pays. Avec cette nomination, Idriss Déby Itno a mis fin à ‘’la règle de géopolitique tacite’’ qui veut qu’un Tchadien originaire du sud du pays occupe le premier ministère. Nous étions en 2003, IDI était engagé dans une lutte d’influence qui mêlait ‘’ses frères du Soudan’’ au président Oumar Al Béchir. Pendant ce temps, aux confins soudano-tchadiens, les réfugiés fuyant les milices Djandjawids affluaient par dizaines de milliers… la situation risquait de devenir très vite incontrôlable si une attention particulière du Président de la République n’y était pas apportée.  Le choix d’une personne de confiance pour diriger le gouvernement en ces temps troubles s’imposait…

La suite des relations entre les deux hommes a été marquée par cet épisode.

2 – L’importance du Tchad dans la région centre du l’UA

La diplomatie active du Président de la République depuis 2013 avec comme point de départ l’intégration d’éléments de l’ANT à la MISMA (Mission internationale de soutien au Mali) est un argument de poids pour notre pays et ses ressortissants sur le continent. En 2016, la zone centre de l’Union Africaine (composée de 9 pays – Burundi, Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, République centrafricaine, République démocratique du Congo, São Tomé-et-Príncipe et Tchad) s’est rangée comme un seul homme pour porter le nom d’Idriss Déby Itno au fronton de la présidence tournante de l’UA. Le Tchad a alors, grâce à l’activité de ses diplomates et de son président, pris du galons dans les échanges diplomatiques et sécuritaires. Cette position centrale sur les questions de Paix et de Sécurité (budget le plus important des dix commissariats que compte la Commission de l’UA) a été un avantage primordial pour MFM lorsqu’il s’est agi de convaincre depuis quelques semaines les partenaires continentaux pour un second mandat. Reconnaissants envers le Tchad pour son implication continue, mais aussi conscients de ce que peut apporter Idriss Déby Itno, son armée et ses ramifications les partenaires ont préféré tabler sur la continuité au vu des résultats probants des réformes engagées par Moussa Faki Mahamat.

Les raisons dues à l’action de Moussa Faki Mahamat 

3 – La ratification de la ZLECAF

Alors que certains là désignait comme morte-née, la ZLECAF (Zone de libre échange continentale africaine) a enregistré l’adhésion de presque tous les pays du continent et est entrée en vigueur ce 1er janvier 2021. Certes, le projet enregistre 3 ans de retard sur la feuille de route proposée en 2012 lors du lancement de ce projet ambitieux. ‘’C’est bien la première fois depuis la création de l’UA qu’un texte de cette importance a été conçu, adopté et ratifie puis entré en vigueur (ndlr : en si peu de temps)… Le précédent était l’Acte constitutif de l’UA, poussé en avant par Gaddafi, Mbeki et Obasanjo’’ explique un expert de l’Union africaine.

4 – Les résultats tangibles des réformes en cours au sein de l’UA

Lors du sommet de l’Union à Nouakchott en 2018, les Chefs d’État ont augmenté le budget et élargie les compétences du NEPAD (Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique, un projet de développement basé sur la création d’infrastructures créé en 2001 à Lusaka (Zambie) et réformé à plusieurs reprises). Cette volonté de donner plus d’importance au NEPAD fait partie d’une stratégie générale de réformes de l’institution continentale. Notre expert explique que les chantiers de cette réforme sont nombreux : ‘’ Nous avons la nouvelle structure de la Commission qui a été adoptée, le nouveau processus des opérations de paix et sécurité, sans compter la création dAfripol, qui est l’interpol africain. Cette réforme passe aussi par une modernisation de l’UA, démontrée par tous ces sommets en ligne, chose inimaginable il y a 4 ans.’’

5 – L’implication de l’UA dans la riposte au COVID 19

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La gestion du COVID-19 par la Commission a été un juge de paix. De sa conduite pouvait dépendre l’avenir de Moussa Faki Mahamat à la Commission. Au vu du résultat des votes de ce samedi 6 février, cette gestion a convaincu.

Dès le mois de mars 2020, l’Union africaine a mis sur pied le groupe de travail africain sur le coronavirus (AFTCOR). Par ailleurs, des approches différenciées de lutte contre le virus et son impact ont été élaborées. Pour contenir la propagation du virus et atténuer son impact socio-économique, les États membres africains continuent de prendre un certain nombre de mesures. Il est certain que cela n’a pas permis d’enrayer la pandémie, mais de la limiter…et au final c’est qui a été apprécié.

Chérif Adoudou Artine

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