Le forum Tchad Numérique, qui se déroulera du 11 au 13 juillet 2019, fera le bilan des TIC sur les 20 dernières années. Il se penchera également sur l’avenir du secteur, qui passe par un nouveau mode de management et l’apport d’une nouvelle génération.

Nous nous devons de rester positifs en ce qui concerne le développement du numérique au Tchad. Parce que c’est un domaine dans lequel nous sommes encore des novices…quasi profanes pourrions nous dire. A ce titre il ne faut donc pas être (trop) exigeant avec nos autorités.  Cette clémence vis-à-vis d’elles est de mise, mais cela ne peut (ne doit pas) nous empêcher d’être critique afin d’être constructifs.

C’est pour cette raison que nous encourageons l’organisation d’événements tels que le forum Tchad numérique qui se déroulera les 11, 12 et 13 juillet prochains à N’Djaména. Cette rencontre prévoit de faire le bilan de 20 ans de numérique dans notre pays. 20 ans, une broutille. Mais en même temps une éternité quand on sait à quelle vitesse effrénée évoluent les technologies de l’information et de la communication. Cette frénésie dans la création, dans l’innovation, dans l’apport intellectuel au service des techniques nous oblige à l’agilité, à une adaptation de tous les instants. Il faut que nous tournions la page de nos modes de management surannés et centrés sur une administration dont le temps n’est pas celui des mutations techniques.

Nous pourrions injecter autant de fonds que possible, mettre à disposition les meilleures infrastructures pour la recherche et les expérimentations, élaborer les meilleures stratégies mais tant que les hommes ne sont pas « libres » d’évoluer comme l’exige(nt) leur(s) métier(s), nous ferons fausse route.

« My bed can also be a workspace »

Nous avons depuis le 21 janvier 2019 un ministre trentenaire en charge des TIC, Idriss Saleh Bachar, dont on entend beaucoup de bien. Afin que cette bonne réputation ne soit pas usurpée, il doit saisir le principal enjeu du numérique au Tchad : une question de génération et d’approche du travail. Nous n’allons pas nous attarder sur ce qui a été accompli ou non durant ces deux décennies. Focalisons-nous plutôt sur les décennies à venir. Il faut qu’Idriss Saleh Bachar donne l’opportunité aux acteurs du digital tchadiens les moyens de réinventer leur secteur.

Le philosophe Michel Serres disait de la génération Y dans Petite poussette qu’il s’agit « d’une nouvelle évolution de l’être humain, l’homonuméricus. Un homme nouveau. Un homme issu de la troisième révolution anthropologique majeure de l’histoire de l’humanité ; le numérique, qui après l’écriture et l’imprimerie, est entrain de bouleverser les codes, les usages, les hiérarchies. Un homme nouveau qui fonctionne de manière différente. »

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Les Tchadiens qui évoluent dans les TIC, souvent à contre courant, sont des homonuméricus par excellence. Malgré les nombreux obstacles, ils cherchent, ils réinventent leur quotidien, ils nouent des liens avec leurs semblables à chaque fois que leur point de chute géographique le leur permet. C’est cette génération, ouverte au monde, apte aux changements, habile par obligation, curieuse par passion et capable de programmer à partir de son lit, qui doit être l’élément central du dispositif pour dynamiser le secteur du numérique au Tchad. Nous pouvons citer des dizaines de noms (spécialiste de l’IA, de la Blockchain, des codeurs juristes, etc.), des personnes capables d’endosser des responsabilités pour développer des campus numériques, mais on nous taxerait de faire la promotion de l’un ou de l’autre. Ce qui n’est, bien évidemment, pas le but.

Eloigner l’administratif de l’innovation

Les campus numériques justement, le ministère devrait en créer, (pas un, pas deux, mais une douzaine) pour permettre aux acteurs actifs de travailler en dehors du cadre ministériel ou des organismes d’Etat déjà existants. Et par la même occasion sortir des débats interminables et entrer de plein pied dans la phase tangible pour développer le secteur. Dans cet ordre d’idée, nous souhaitons voir des structures de recherches technologique au Tchad ou au niveau régional dans lesquelles des ingénieurs auraient le temps de travailler (imaginer, créer, conceptualiser, breveter) à l’exemple de ce qui se fait au GIANT Innovation campus (Grenoble Innovation for Advanced New Technologies) crée en 2011 dans le département de l’Isère en France. La hauteur de nos ambitions réside dans ce choix d’éloigner l’administratif (voire le politique) de l’innovation.

Aux sceptiques qui diraient que cette ambition est inenvisageable dans un pays qui n’a pas encore assuré son autosuffisance alimentaire ou qui n’a pas encore réussi à enrayer la spirale du terrorisme, nous répondrons qu’un Etat a le devoir de travailler parallèlement sur plusieurs programmes de développement.

Chérif Adoudou Artine, leader numérique autoproclamé

5 commentaires

  1. Un article pertinent qui vient à point nommé ; c’est-à-dire au moment où on s’apprête déjà à organiser le Forum Tchad numérique. Cependant j’airais aimé que l’on implique davantage les acteurs privés et la société civile (s’il en existe) pour mieux réussir à identifier les perspectives. Bien sûr que les opérations de vulgarisation doivent continuer, car les citoyens et les fonctionnaires sont au cœur des réformes liées aux Tic. Mais, j’ai rencontré des fonctionnaires travaillant dans le secteur du TIC qui ne connaissent pas ce que cents qu’une signature électronique. Par ailleurs dans le cadre de mes recherches, presque tous les tchadiens lambdas que j’ai interrogé n’ont jamais entendu parler de la digitalisation de l’admInistration. Les textes adoptés (loi sur la cybercriminalité, etc.) ne sont pas non plus vulgarisés. Les avantages des TIC ne sont pas suffisamment démontrés aux citoyens ni aux pouvoirs politiques. Il y a sur ce plan, un sérieux déficit de communication. Ce qui, tout naturellement, engendrent des sceptiques qui pérorent toujours les mêmes rengaines, du genre « il y a d’autres priorités » ou encore « les TIC sont un luxe improductif ». A ceux-là je leur dis tout simplement que les Tic ne constituent pas un problème découplé des autres problèmes dits prioritaires. Elles sont plutôt en interaction avec ces derniers. Les technologies utilisées de façon adéquate apportent des réponses concrètes et efficaces à ces problèmes urgents. Que ce soit dans le domaine de la modernisation des activités agricoles, de l’aménagement du territoire, de la santé, de l’élevage, de l’accès à l’eau, à l’électricité et bien d’autres. Il y a donc une interaction dynamique entre technologies de l’information et de la communication et le développement, entendu ici comme l’amélioration des conditions de vie des citoyens. Sans parler des ressources que l’usage des Tic peut générer (avec la vente de noms de domaines, par ex. ) et qui pourront être réinjectées dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’agriculture…

  2. Author

    Beau complément au billet.
    Merci pour cet apport.


  3. Avant tout propos, je voudrai saluer la grandeur d’esprit et l’intelligence qui animent cette réflexion. Grand merci à l’auteur de cet excellent article suivi de pertinents commentaires et analyses qui édifient. Bravo et chapeau à tous les intervenants.

    Effectivement, l’ un des enjeux majeur lié au frein du développement des TIC au Tchad, c’est l’accès à la bonne source de l’information. L’autre aspect c’est la formation. Ceci pour répondre à la préoccupation de notre cher ami Youssouf Terri sur l’existence ou non de l’implication du couple secteur privé société civile. Eh bien oui, il existe un document officiel publié le 26 septembre 2017 par le Ministère des Postes et NTIC portant option de gestion des infrastructures en fibres optiques en République du Tchad appelé Partenariat-Public-Privé (PPP). Ce petit document émis sous forme de communiqué est disponible sur le site web du ministère (www.mpntic.gouv.td) ou sur Google.

    Malheureusement, il n’ya pas eu un bon suivi ni une communication efficace autour de ce mode de gestion imposé par les bailleurs de fonds pour des questions de bonne gouvernance. Le forum Tchad Numérique devrait pouvoir réactualiser cette question durant les débats.

    En outre, je souscrits en totalité aux arguments défendus sur la projection en amont des solutions à preconiser pour faire développer les TIC au Tchad que de s’arrêter sur ce qui ne grandit pas ou ne fait que stagner.

    Numériquement,
    Vôtre.

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