MPS : Un congrès pour rien

Crédit photo : Tchadinfos

Alors que les militants et les sympathisants du MPS s’attendaient à un congrès extraordinaire qui redynamiserait le parti, c’est à une lutte de personnes (et de courants) qu’ils ont assisté ce samedi 12 juin et durant les 10 jours qui l’ont précédé. Après cette occasion manquée, quelles conclusions tirer de ces assises ?

Le MPS est chargé d’histoire. Ce parti est trentenaire. Cette formation politique a compté dans ses rangs d’innombrables personnes qui sont tombées pour un idéal… celui de la liberté et de la démocratie. Voilà pourquoi ce parti ne peut pas être l’objet de cette prise d’otage, non pas idéologique (hélas !), par des oppositions de personnes. Rien que pour le respect, pour la mémoire de ces martyrs le MPS doit montrer un autre visage. Plus conquérant, plus ouvert.

Parce que oui, malgré tout ce que les ennemis du MPS peuvent racoler à longueur de tweet ou de post Facebook, il s’agit d’un groupe de personnes qui s’est dressé contre l’oppression du régime habréïste. A des degrés divers tous les Tchadiens espéraient que des gens s’opposent ouvertement à la DDS et à ses suppôts des années 1982-1989. Le Mosanat de Maldoum Bada Abbas et Haroun Godi en 1986 et le mouvement du 1er avril de Hassan Djamous et Idriss Déby deux ans plus tard ont été ces sauveurs tant attendus face à l’ignominie.

Quels sont les desseins de ceux qui ont porté Haroun Kabadi à la tête du Mouvement patriotique du salut ce 12 juin 2021 lors du 10ème congrès extraordinaire convoqué à la hâte par Mme Madjidan Padja Ruth ?

Selon des sources concordantes, le seul objectif de ces assises était de faire partir Mahamat-Zene Bada, à la tête de notre mouvement depuis 2016. Une fois cet objectif atteint, pourquoi ne sommes-nous pas aller plus loin dans l’esprit de redynamisation présenté aux uns et aux autres ? Se contenter de changer de casting sans modifier le fond du scénario n’est que pure comédie. Et la transition que nous vivons doit être nourrie d’ambitions pour le MPS, pour le Tchad et reléguer aux oubliettes les questions individuelles.  

Que retenir ?

La révision des textes et les questions de politique générale ont été débattues en commissions ad hoc. Aucun tenant d’une vision nouvelle du parti n’a été convié à ces débats. Que pouvait-il donc sortir de ces conciliabules verrouillés ?

Le sous-comité Textes

Le rapport de 5 pages présente les réajustements apportés à 20 articles des statuts du parti et 19 du règlement intérieur.

Au vu du nombre d’articles révisés on pourrait croire qu’une révolution a été apportée au fonctionnement du parti. Mais cela ne saute pas aux yeux… Pour ma part, c’est un statuquo qui sanctionne les travaux tenus le week-end dernier. Il s’agit là de modifications trop timides dans leur forme et quasi inexistantes dans le fond. Le rapport indique d’ailleurs dans son amorce que « la structuration du parti n’est pas mauvaise ». Il ne fallait donc pas s’attendre à grand-chose.

« Nous avons redynamisé le parti en modifiant de nombreux articles » constate à contrario un congressiste convaincu de l’avancée du parti.

Après tout, cela n’est qu’une question d’interprétation. Chacun jugera…

Le sous-comité Politique générale

La rapport de cette sous-commission s’articule autour de 5 chapitres :

  1. L’idéologie du MPS
  2. La problématique des alliances du MPS
  3. Une analyse de la situation actuelle du MPS
  4. La période transitoire
  5. Les relations extérieures du MPS

Alors que l’on était en droit d’attendre des personnes désignées dans ce sous-comité une idée claire sur les nouveaux engagements que prendra le parti pour les 16 mois à venir et au-delà, nous avons eu droit à une sorte de copier-coller du discours à la nation du CMT et des promesses de campagne de Feu Idriss Déby Itno. Le sous-comité a pourtant été très ambitieux dans son prologue en posant des questions essentielles… mais nombrilistes :

  • Quel doit être l’avenir du MPS après le décès de son président fondateur ?
  • Le décès du président fondateur constitue-t-il le point de départ d’une nouvelle étape dans la marche du parti ou alors le parti est au bout de sa course ?
  • Le parti exsuderait-il un certain sectarisme

Les réponses apportées sont loin de ce que l’on pouvait escompter. Ces essentiels questionnements ont été survolés, faisant penser à un travail effectué pour combler un déficit criant d’idées novatrices qui auraient placées le parti à l’avant-garde de la politique tchadienne. C’est donc un document de 19 pages autocentré et qui fait fi des aspirations des électeurs auquel nous avons eu droit : aucun un axe fort ne ressort et le positionnement idéologique demeure vague (parler de social-démocratie sans décrire les réponses que nous apporterons aux défis de la société tchadienne), tout autant que le positionnement par rapport aux forces en présence. Une déception de plus…

Si nous souhaitons que les gens nous écoutent, dialoguent avec nous, nous suivent, pour in fine voter pour nos couleurs, il faut leur proposer une ligne claire. En ce sens, le congrès qui vient de se dérouler est un congrès pour rien.

Ce congrès n’est qu’une étape (manquée)

Je ne souhaite pas m’épancher sur les partis d’opposition car ils ne sont que bagatelle face à la force populaire qu’est le MPS. Mais je les évoque quand même pour rappeler à la tête du parti de Bamina qu’il ne faut pas que nous nous égarions et perdions du temps car nos adversaires sont en train de s’organiser, de se mettre en ordre de marche pour l’après transition. Certains se sont installés au gouvernement pour se constituer un trésor de guerre afin d’affronter les joutes électorales. D’autres sont tapies parmi nous pour mieux  jauger la situation et savoir ce qu’ils peuvent en tirer, s’ils peuvent continuer à nos côtés ou tenter leur chance en solo. Une troisième frange continue son travail de ratissage au sein de la jeunesse. Nous sommes déçus par ce congrès, mais celui-ci ne constitue qu’une étape (manquée) dans la marche du MPS. Des occasions se présenteront à nous pour apporter cette nouveauté, ce dynamisme (sic) qui nous font tant défaut actuellement pour séduire nos compatriotes et leur redonner espoir en la politique. Retroussons-nous les manches et acceptons toutes les propositions, loin des querelles de clochers, pour que cette formation chargée d’histoire et de mémoire demeure plus que jamais l’Alpha et l’Omega de la politique tchadienne.

Chérif Adoudou Artine

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