Politique et ramadan, une histoire de calendrier

Le calendrier hégirien et celui de la Ceni se sont succédés. Les musulmans tchadiens passent sans transition de la politique à la religion. Une occasion de s’éloigner du vacarme, de se concentrer sur l’essentiel et d’apprendre l’un de l’autre.

Les calendriers du processus électoral et du mois saint du ramadan se sont donnés rendez-vous en cette année 2021 (1442). La fin du chronogramme du premier tour de la présidentielle, ponctuée par le vote de ce dimanche 11 avril, a précédé de 24 heures le début du neuvième mois du calendrier hégirien, le ramadan.

Après ces semaines passées à tenter de convaincre : parfois de manière didactique, d’autre fois par des voies un peu moins traditionnelles, en chahutant, en dénigrant…, il est temps de faire relâche en se concentrant sur les choses essentielles de la vie. Non pas que la politique ne soit pas centrale dans notre quotidien (ceux qui se positionnent apolitique sont juste de grands timides), mais elle passe derrière la famille et la spiritualité. En ce mois béni de ramadan, ces deux piliers sont liés plus que jamais l’un à l’autre.

Loin de la politique, loin de ses arcanes, loin des réseaux sociaux et de leur vacarme souvent inutile (mais au combien décompressant), il y a la vie. En famille autour du repas de la rupture du jeûne avec la spiritualité en fondation. Cette période bénie, ce mois saint de notre année civile arrive à point nommé pour nous rappeler que nos joutes verbales sur fond de politique ne sont que bagatelles. Profitons tous de ce mois (même sans être musulman) pour nous rapprocher les uns des autres, pour nous parler, nous sourire, prier ensemble et invoquer le meilleur pour le Tchad. Les choses reprendront inexorablement leur cours à un moment ou un autre, mais entre-temps il fait que nous mettions à profit ces 30 jours de trêve pour mener notre djihad interne (djihad an nafs) afin d’en sortir meilleur.

Le ramadan doit nous ajuster

Certains athées taxent de cons ceux qui pensent que le mois de ramadan et son jeûne feront d’eux des femmes ou des hommes nouveaux. Ces athées ont raison car il est illusoire d’attendre le ramadan pour appliquer les préceptes d’une vie de musulman parfait si c’est pour en reprendre une aux antipodes de celle conseillée par la Sunna dès le ramadan terminé.

Le ramadan doit au contraire nous ajuster, nous apporter de la réflexion et éventuellement des réponses vis-à-vis de nous-même au sein de notre cadre familiale, au sein de notre entourage social, sur le plan professionnel mais aussi et surtout dans notre rapport à la religion. Car aussi ostentatoire que nous pouvons être, notre pratique demeure de l’ordre de l’intime ainsi que notre croyance. Personne ne peut jauger notre foi car elle est intangible et incommensurable pour le commun des mortels.

Loin de la politique et de ses turpitudes. En phase avec la religion, sa pratique et ses bienfaits. Qu’est-ce qu’elle fait du bien cette parenthèse. Un sourire béat s’est déssiné sur mon visage lorsque ce dimanche soir devant l’édition spéciale de Télé-Tchad, le président du CSAI (Conseil supérieur des affaires islamiques) a annoncé le début du ramadan pour ce mardi 13 avril 2021. Parce qu’inconsciemment ceci marquait une coupure symbolique, temporelle, physique, voire mentale avec mon job de « spin doctor » en politique (faux « spin doctor » d’ailleurs car on me voit trop). Pour décrocher (pas totalement car c’est impossible) nous allons nous retrouver sur cherifadoudou.com durant ce mois pour parler de culture musulmane.

Qu’entends-je par culture musulmane ?

Certains vont sursauter en lisant cela. Et ils auront raison car un certain janotisme transparait de cette formulation. Le janotisme en grammaire étant ces formulations maladroites qui peuvent donner lieu à des ambiguïtés, à un sens autre aux idées que nous souhaitons faire passer.

Cette culture musulmane recouvre, à mon sens, toutes ces habitudes que nous avons prises selon nos lieux de vie ou les mœurs propres à notre ascendance. Je ne parle pas là des traditions singulières et contraires aux textes saints que certains souhaitent intégrer dans leur pratique de la religion, non ce serait faire une place honorable au shirk (associationnisme, un des maux qui minent nos vies de croyants à l’heure actuelle). Mais plus des différentes pratiques (en phase avec les textes) que nous avons selon que nous soyons du Mali, du Tchad, du Cameroun, etc. J’ai rompu un jour le jeûne avec des amis Guinées. Contrairement à chez nous, dès l’appel à la prière ils accomplissent leurs trois rak’ah avant de boire ou manger quoi que ce soit. Autre exemple : alors qu’au Tchad, les soupes et autres bouillies sont partout présentes, chez les Bamounes (musulmans de l’est du Cameroun), les fruits sous toutes leurs formes représentent l’essentiel de la rupture.

Ce sont ce genre de témoignages que nous partagerons durant tout le mois, afin d’apprendre à se connaître et de parler de sujet triviaux.

Chérif Adoudou Artine

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