Quel avenir pour le MPS ?

Le MPS, qui ne peut plus surfer sur la figure tutélaire de son fondateur, doit se mettre au travail et penser à son avenir dans ce nouvel échiquier politique tchadien qui se profile. Il en va de sa survie.

133 sièges (alliés compris) sur 188 au sein de l’Assemblée nationale issue des dernières élections législatives du 13 février 2011. Une assemblée reconduite sans élections en 2015 et qui devait être renouvelée en septembre prochain lors de législatives prévues dans le chronogramme de la CENI, avant de se voir dissoute par le Comité militaire de transition le 20 avril dernier.  Avec plus de 60 % des strapontins en moyenne depuis 1997 (65 sièges sur 125) au sein de l’unique organe législatif tchadien, le MPS (Mouvement patriotique du salut) a dominé de la tête et des épaules la vie politique tchadienne.

Après la disparition brutale du fondateur du parti de Bamina, quel avenir pour sa formation politique ?

Il est difficile d’avoir une réponse péremptoire sur les lendemains de cette formation, mais voici trois pistes de réponse.

1) Exister durant la transition

Le CMT (Comité militaire de transition) a mené des consultations avec les partis politiques durant la semaine écoulée. Parmi eux, le MPS. Est-il considéré par les membres du CMT comme une formation politique particulière, un allié naturel ? Ou alors un parti comme les autres qui devra revendiquer, se positionner clairement, voire manœuvrer vis-à-vis de la transition militaire pour espérer exister ?

L’objectif imminent est d’avoir un maximum de membres dans le futur Conseil national de transition et le gouvernement de transition pour pouvoir peser dorénavant dans le jeu de quilles politique. Car à l’heure actuelle il n’y a plus de parti au pouvoir et de partis d’opposition. Ils sont tous (je suppose) des partis qui chercheront à exister, tout d’abord, et à jouer un rôle, dans un second temps.

Si ce n’est cette filiation, ô combien importante, avec le défunt Président de la République, que peut proposer le MPS aux 15 généraux qui détiennent les clés de l’Etat ?

2) S’inventer idéologiquement

Le MPS a cette fâcheuse habitude de n’exister réellement qu’en période d’élections. En dehors de cela, il ne s’exprime que par la voix de Mahamat-Zene Bada, son Secrétaire Général, ou par celle de Jean-Bernard Padaré, son Secrétaire général adjoint et Porte-parole, sur les questions d’actualité. C’était un parti qui fonctionne par intermittence, qui est plus dans la réaction que dans l’action. Cette posture à minima n’est plus valable (n’est plus viable). Le MPS doit se (ré)inventer, et ce dans les meilleurs délais. Il devra se trouver un narratif (à défaut de se définir un positionnement politique qui lui a toujours fait défaut), se doter d’une feuille de route avec des objectifs claires et se donner les moyens (humains et financiers) de les atteindre, se muer en parti de propositions. A travers tout cela, le MPS doit dessiner le Tchad qu’il souhaite proposer aux électeurs.  Autant de défis que devra relever le premier parti du Tchad. Cette mue passera-t-elle par un changement de méthodes, de structures, d’organisation, de personnes ? Voire des quatre ?

3) Changer de paradigme

En terme purement maïeutique, le MPS a déçu celles et ceux qui espéraient qu’il fasse siens les questions latentes sur sa modernisation (mode de désignation des dirigeants, création ou soutien de cercles de réflexion qui plancheront sur des questions centrales liées au développement (numérique, environnement, énergie verte) et à la qualité de vie des Tchadiens (santé, éducation, etc.)). En résumé, le MPS doit se mettre en phase avec son époque et commencé à travailler à temps plein.

Cela passe par la dynamisation des organes constitutifs que sont le RJ MPS, l’OF MPS, l’UC MPS et l’organe des socio-professionnels. Le Secrétariat général devra mettre ces structures à contribution afin qu’elles mènent des réflexions, qu’elles produisent des études, des rapports, des propositions qui renforceront le parti au sein de ce nouvel échiquier politique. Le MPS devra également soigner ses Relations publiques (avec les tenants du pouvoir, les autres partis politiques, la société civile) en définissant les grandes lignes de la nouvelle image qu’il souhaite véhiculer et surtout soigner ses liens avec ses propres militants (en organisant par exemple des élections internes pour désigner les membres du Secrétariat général et du Bureau politique).

N’Djaména. Stade Idriss Mahamat Ouya. Meeting du Mouvement patriotique du salut dans le cadre de la campagne électorale présidentielle de 2016 / Crédit photo : DWK. Passalet

Moderniser ou mourir

Les belles heures durant lesquelles le MPS ne comptait que sur la personne d’IDI ne sont plus. Le parti doit, dans un premier temps, exister durant cette transition, ensuite se positionner idéologiquement et enfin apporter les changements structurels/organisationnels qui s’imposent pour rester en accord avec les années que nous traversons. Pour cela, il serait judicieux de mettre en place dès aujourd’hui une équipe en charge de la modernisation du parti, en charge de mener une réflexion profonde sur son avenir, sur ce qu’il souhaite devenir à court et à moyen terme. Ces travaux sont une urgence, car le temps politique va s’accélérer, voire s’emballer. Et le parti de Bamina, plus qu’un autre, devra s’adapter à cette nouvelle donne s’il ne veut pas se morfondre, ou pire disparaître, dans les méandres d’un nouveau Tchad qui se profile inéluctablement.

Chérif Adoudou Artine

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