Sao, un engouement de circonstance

Pour avoir un espoir d’améliorer le niveau de notre équipe nationale, les futurs dirigeants de la Fédération tchadienne de football devront redonner une identité au championnat local,clé de voute à toutes velléités, car le foot c’est avant tout une question de passion.

En début de soirée les Sao du Tchad joueront leur match retour contre la Gambie dans le cadre de la pré qualification à la CAN 2023. Un match qui aura suscité moins d’engouement que la rencontre aller du 23 mars dernier. Un engouement de circonstance, tout le contraire donc de la spontanéité de vrais fans.

Lorsqu’elle sera en place, la Fédération de foot devra impérativement lancer un championnat, le marqueter du mieux possible afin de créer ce liant entre les fans et les joueurs.

De quel engouement parlons-nous tout d’abord ? Est-ce celui des quelques internautes tchadiens ? Est-ce celui des quelques Tchadiens vivant au Cameroun ? Avouons que c’est plutôt infinitésimal. Parmi ces aficionados de circonstance, combien sont-ils à pouvoir donner les noms de 3 membres de l’équipe type ? Certainement une portion congrue de cet infinitésimal. Disons-le tout de suite, le Tchad n’est pas un pays de football.

Le Tchad n’est pas un pays de football

Et quand je dis cela, je parle de la culture du « supporterisme ». Celle qui lie un individu à une équipe au point que celui-ci s’identifie à elle, dans la victoire comme dans la défaite, porte ses couleurs, la défend avec passion, avec acrimonie… mais avec en filigrane un amour inexorable. Cette passion n’existe pas. Ou du moins elle n’existe plus.

Je me souviens lorsque adolescent au début des années 1990 mon oncle Abdoulaye Douto m’emmenait avec lui au stade de la Concorde pour le sommet du championnat : Elec-Sport vs Renaissance FC. Les travées étaient bondés, les chants étaient permanents, créatifs, imagés… un spectacle en soi. Je voyais cette passion qui emporte les gens au point de perdre ce flegme qui s’impose aux hommes d’un certain rang social. Ce dimanche de 1990, mon oncle, que les gens autour appelaient ministre, a failli en venir aux mains avec un fan d’Elec-Sport.

Tout était parti d’un « zoulié » balancé par le ministre à son voisin (qui visiblement était aussi de la même catégorie socioprofessionnelle).

En gros, ça chambrait dans la tribune principale, dans les tribunes latérales, en galaxie… et même sur la pelouse. Je me souviens aussi du trashtalking du musculeux Jean Téguina sur le physique fluet de Mahamat Badaoui. Ce dernier, répondait sur le terrain avec sa technique au-dessus de la moyenne et ses sourires narquois consécutifs à ses gris-gris sur l’aile droite. La ferveur était partout et malgré les pesanteurs de la dictature de HH, les mots sortaient sans filtre. Seul comptait le fait de défendre l’honneur de ses couleurs (le jaune et noir pour Elec-Sport et le rouge et vert pour le RFC (Renaissance Football Club).

Une identité sociale

Ces joutes sportives revêtaient également une opposition sociale. Bien que ministre à l’époque, Abdoulaye Douto était un enfant du quartier de Mardjandafack. Il était fan de RFC car cette équipe était (à travers ses sources de financement, sont management, ses soutiens) celle qui ressemblait le plus à son enfance passée dans les rues étroites de ce quartier populaire. Cette identification sociale qui crée les légendes et les belles histoires. En face de cette équipe du peuple, nous avions celles qui disposaient de beaucoup d’argent car soutenues officiellement par de grandes entreprises.

Le FC Tourbillon financé par la SONASUT (Société nationale sucrière du Tchad, actuelle Compagnie sucrière du Tchad passée sous giron français – groupe Somdiaa)

et le Gazelle FC, financé par la BTCD (Banque tchadienne de crédit et de dépôt, actuelle Société Générale Tchad) donc indirectement dopé par l’argent de riches commerçants et hommes d’affaires qui y avaient leurs capitaux. Ces derniers s’identifiaient forcément à Gazelle. Plus loin, existaient tant bien que mal les équipes de corporations : AS Police, AS Douanes, etc. Il y avait à l’époque de quoi créer un storytelling autour de ce championnat : la lutte des classes à travers le foot. Les producteurs et autres journalistes disposaient d’une matière scénaristique qui ne demandait qu’à être exploitée.

Cette frénésie autour du foot était palpable lorsque l’équipe nationale jouait. Il y avait ce passage de relais entre les compétitions domestiques et les matchs internationaux des Sao sur fond de rivalités… de quoi causer dans les chaumières.

Un programme

La Ligue 1 ivoirienne est en train de mener un travail de fond pour donner une identité à son championnat local. Elle s’est adjointe un diffuseur et un sponsor principal. Grâce à cet apport d’argent, elle a pu professionnaliser le championnat (assurant un salaire décent aux joueurs locaux qui peuvent se consacrer uniquement à leurs performances sportives).

En sport comme en business (et là il s’agit des 2) la persévérance et le temps feront le reste.

D’ici à ce que la Commission de normalisation finalise sa mission d’audit, de rédaction de nouveaux statuts et d’organisation d’élections, les candidats à la présidence de la Fédération tchadienne de football ont de quoi étoffer leur programme de campagne sur l’exemple ivoirien.

Chérif AdoudouArtine (@fortius0)

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