Soldats tchadiens au Niger : « Les auteurs déjà arrêtés »

Des soldats tchadiens stationnés au Niger dans une base de la Force conjointe G5 Sahel sont accusés d’avoir « violé une fillette et deux femmes» de la localité de Téra (à 178 kilomètres à l’ouest de Niamey). Les autorités tchadiennes se sont rangées derrière les conclusions provisoires des autorités locales et ont « déjà arrêtés » ces éléments détachés de l’ANT.

Nous avons appris ce jeudi 1er avril 2021 via des sources concordantes auprès des autorités tchadiennes que les faits reprochés aux militaires tchadiens en poste à la base de la force conjointe du G5 Sahel, sont avérés.

Que s’est-il passé exactement ?

Des habitants de la localité nigérienne de Tera (située à 178 kilomètres à l’ouest de la capitale Niamey) et à quelques encablures de la base de la Force conjointe du G5 Sahel installée dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, ont fait part aux autorités locales de la terreur perpétrée par des militaires du 8ème bataillons du contingent tchadien dans leur village du 27 au 30 mars 2021. Ces éléments détachés de l’ANT (Armée nationale tchadienne) étaient postés dans la base militaire en question.

La nouvelle a fait l’effet d’une bombe, d’abord via les réseaux sociaux et ensuite sur les ondes hertziennes et radiophoniques. L’émoi a très vite laissé place aux questionnements.

Une fillette de 11 ans violée

Dans un reportage de plus de six minutes circulant sur Twitter et sur lequel nous nous sommes basés en partie pour recouper certaines informations reçues, on découvre les témoignages des villageois décrivant des viols et des violences sur des civiles perpétrées durant trois jours par nos compatriotes. Le récit des villageois donne froid au dos et la précision des faits relatés est ahurissante. Testimoniaux qui donc ont été confirmés par les autorités locales. Seydou Issakha Moctar, Secrétaire général de la structure départementale de Téra, au micro de la chaîne de télévision Canal3 Niger, rapporte ce que lui ont raconté les habitants du village : « Il y a eu des femmes qui ont été violées, il y a eu des tirs d’armes. On a appris aussi que les militaires tchadiens lorsqu’ils partent vers les bars après avoir eu à se souler la gueule peuvent avoir des querelles qui les amène même à parfois tirer. » Et de décrire plus loin l’horreur absolue : « Une femme enceinte a été victimes d’une agression sexuelles, chose qui a été confirmée par son mari. Elle se trouve elle-même actuellement sous traitement. »

Mahamadou Zakari, témoin d’une des violences perpétrées, raconte (toujours au micro de la chaine de télévision nigérienne) : « Ils m’ont braqué une arme en voulant entrer dans mon hangar, j’ai refusé. Ils étaient ivres. Après ils ont continué vers d’autres cases où ils ont agressé les femmes. Une autre nuit, nous en avons croisés trois au niveau de l’école. Nous avons pu en attraper deux. Le troisième a fui. » Et les témoignages se succèdent ainsi durant plus sieurs minutes.

Un rapport de la CNDH (Commission nationale des droits humains du Niger) affirme « Il ressort des entretiens (menées les mercredi 31 mars et jeudi 1er avril 2021) et des premières analyses médico-légales qu’il y a effectivement des viols sur une fille mineure de 11 ans en classe de CE2 et de deux femmes mariées (dont une enceinte âgées de 23 ans et 32 ans toutes deux mères de plusieurs enfants. Il faut souligner que pour ces deux femmes, ces actes odieux ont été commis en présence de leurs maris sous menace d’armes à feux par les agresseurs.» Ce même rapport explique d’autres femmes ont été victimes de tentatives de viols au sein de leur domicile mais ont réussi à fuir et « certaine victimes de viols n’ont pas souhaité témoigner de peur d’être stigmatisée dans un contexte de pression socioculturelle. »

La CNDH conclut son rapport en condamnant et insiste pour que les auteurs présumés de ces viols soit traduits devant les juridictions compétentes.

« Les auteurs déjà arrêtés »

Un soldat devant la base du G5 Sahel à Sévaré (Mali). Crédit photo : Sebastien Rieussec/AFP

L’État-major tchadien a, au vu des témoignages et des rapprochements effectués par les autorités locales et la hiérarchie militaire de la base de Tera, acquiescé ces accusations et pris ses responsabilités en admettant très tôt l’implication des éléments détachés de l’ANT afin de tenter d’éteindre ce début de scandale. Attitude somme toute logique eu égard à la gravités des actes, mais aussi guidée par une question d’image. Cet épisode n’est pas fait pour faciliter à Idriss Déby Itno son début de mandat annuel de Président en exercice du G5 Sahel entamé à la mi-février et garder intacte l’image d’une armée respectée et encensée depuis une dizaine d’année.

« Les auteurs sont déjà arrêtés et subiront les sanctions qui s’imposent en la circonstance » assure un communiqué du ministère tchadien des Affaires étrangères rendu public ce samedi 03 avril.

Les autorités tchadiennes tiennes à préciser « qu’il s’agit d’un cas isolé qui ne doit pas être exploité pour ternir l’image du contingent tchadien et d’une manière générale celle de l’armée tchadienne qui a montré à suffisance sa discipline sur les différents terrains d’opération.»

Pour rappel, le 14 février dernier, lors du sommet extraordinaire des chef d’Etat du G5 Sahel qui s’est tenue à N’Djaména, le Président de la République du Tchad, Idriss Déby Itno avait décidé d’envoyer 1 200 hommes supplémentaires dans la zone des trois frontières entre le Burkina-Faso, le Mali et le Niger.

Chérif Adoudou Artine

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *