Idris Déby Itno le provincial

Idriss Déby Itno a entamé début novembre des déplacements dans le Tchad profond. A la rencontre des ses compatriotes, le Maréchal du Tchad pourrait initier une nouvelle approche moins centralisée dans sa gestion des affaires publiques.

Le Président de la République Idriss Déby Itno à Moussoro le 20 décembre 2020 / Photo : Direction de la communication Présidence de la République
Le Président de la République Idriss Déby Itno à Moussoro le 20 décembre 2020 / Photo : Direction de la communication Présidence de la République

Loin de l’image de roi paresseux que souhaitent lui coller ses détracteurs, le Président de la République, plus en forme que jamais, a entamé début novembre des visites dans les provinces. Des déplacements qui étaient programmés de longue date, mais décalés à cause des mesures prises dans le cadre de la riposte contre le Coronavirus.

Idriss Déby Itno est plus que jamais dans l’action, au contact des populations. On en veut pour preuve son « coup de gueule » d’Ati lors de sa visite de travail du 7 décembre dernier. Alors qu’un nombre important de personnes faisait le pied de grue devant sa résidence et harcelait le protocole pour le rencontrer, le Maréchal du Tchad, au bout de trois audiences, se serait emporté contre son service protocolaires : « Je ne suis pas venu à Ati pour voir les mêmes têtes qu’à N’Djaména.» Une manière de dire que l’objectif de ces déplacements est de côtoyer « le Tchad profond » et saisir pleinement les situations toutes aussi singulières les unes que les autres en fonction des régions.

La scène d’Ati a tout d’un symbole. Lassé par les remontées d’informations souvent contradictoires, Idriss Déby Itno a décidé de mettre les mains dans le cambouis. Un président volontaire, actif, qui se veut être à l’écoute de ses compatriotes. Une attitude qui rappelle un homme d’État populaire (populaire car chaleureux), Jacques Chirac. Alors Président du RPR, l’ancien Maire de Paris disait en 1980, pour être en phase avec la population « il faut savoir taper sur le cul des vaches » et non rester dans les salons feutrés des ministères ou le confort de la capitale. On a vu le Président dans les champs de coton avec les agriculteurs, au contact des éleveurs… échangeant avec les leaders traditionnels.

Auprès de ses compatriotes

C’est ce président volontaire et lucide sur la situation de notre pays que les Tchadiens apprécient et souhaitent voir. Loin des lourdeurs et des process interminables de l’administration.

Est-ce l’amorce d’une nouvelle manière de gouverner ? Une approche plus globale de diriger les affaires du Tchad ?

C’est ce qui semble se profiler. Le Président global de la IVème République était submergé. La principale modification constitutionnelle du second Forum national inclusif le délestera de certaines responsabilités et lui permettra d’être plus souvent sur le terrain, dans les régions, les villages, les féricks…, auprès de ses compatriotes.

Assez de cette gestion purement n’djaménoise ? Projetons-nous…et imaginons une présidence plus girondine que jacobine (une gestion des affaires plus décentralisée que venant uniquement de la capitale). En tant que garant de la cohésion sociale du Tchad, Idriss Déby Itno, avec des déplacements provinciaux plus nombreux, pourrait résoudre certaines situations nées et parfois entretenues par des fonctionnaires qui agissent à dessein. Son autorité, son aura et son charisme seraient comme des boucliers pour des populations rurales souvent flouées.

La question logique qui suit cette proposition est « Qu’en est-il de l’autorité de l’État si le président doit se substituer à un préfet ou à un sous-préfet pour régler certains litiges ? » Ne nous perdons pas en conjectures et surtout ne nous voilons pas la face, l’efficacité de l’appareil d’État (les administrations, la justice, etc.) est aujourd’hui réduite à sa portion la plus congrue. La faute à des administrateurs et à des fonctionnaires véreux qui ont trahi leur engagement de servir le Tchad. Si Idriss Déby Itno, en dépit de cette situation de déliquescence, peut éclaircir l’horizon de nos compatriotes ruraux et leur éviter certaines injustices, qu’il le fasse.

Chérif Adoudou Artine

Top 5 pour suivre l’actu africaine sur Twitter

Pour suivre l’actualité africaine sereinement et réaliser sa veille média sans être agressé par ce flux d’informations qui inonde nos TL, voici les cinq utilisateurs de twitter à suivre. Avis subjectif, bien évidemment…

On passe beaucoup de temps sur twitter, la Rolls des réseaux sociaux.

Qu’y fait-on ? On s’exprime. On balance au monde (du moins c’est que nous fait croire la landing page du site de micro-blogging) sa vie, sa rage, ses déceptions, ses réussites, ses échecs… et son mytho (très souvent). Mais au-delà de ces envolées twitteriennes, il y a une raison principale pour laquelle nous sommes sur nos TL toutes les 10 minutes. On veut s’informer. Mais cela devient de plus en plus difficile et risqué tant les hoax polluent nos flux d’information.

Pour vous aider à extraire le bon grain de l’ivraie, voici mon top 5 des comptes africains francophones à suivre pour être au fait de l’actualité continentale.

Number 5@dembagueye

Un consultant en communication digitale ne pouvait qu’être dans mon top 5.

Ce n’est pas tant ses RT ou commentaires sur l’actualité africaine qui le placent dans cette short-list, mais plutôt la justesse de ses propos, sa passion professionnelle et ses inspirations. En cela il est un exemple à suivre pour un twitter africain plus apaisé, plus posé et plus réfléchi. Étant dans cet état d’esprit, on ne peut que mieux juger et analyser l’actualité.

Number 4

Jeune Afrique @jeune_afrique

Si le titre papier est devenu un almanach à la solde de celui qui paye le plus, le site Internet et le compte twitter sont incontournables. Même sans la version abonné vous pouvez vous informer de manière factuelle sur l’actualité africaine.

Ses pendants Le Monde Afrique, Le Point Afrique, etc. sont intéressants jusqu’à une certaine limite. Et cette limite c’est d’écrire souvent des papiers, qui se veulent des articles de fond, à partir d’un bureau à Paris.

RFI (@RFI

La radio du monde, comme elle se définit, est un excellent outil pour l’ouverture d’esprit. Rajouter à cela que la qualité technique des émissions est optimale. Personne en Afrique francophone ne peut bouder cette mine de savoir qui à longueur de journée nous abreuve d’infos, de culture, de sports, etc. A nous ensuite de faire le pour et le contre (cette notion de Libre-arbitre chère à Emmanuel Kant).

Le gros plus de RFI par rapport aux autres médias français ? Elle a vraiment des ancrages locaux.

Number 3

@AshleyLelaMAIGA

Le mystère que tout le Mali voudrait percer. Qui est-elle ? Qui est-il ?

Passé ce questionnement sur son sexe, ce sont surtout ses prises de position sur la chaude actualité malienne tout d’abord et africaine ensuite qui attirent l’attention.

Toujours à contre-courant, Ashley tacle sans discernement les djihadistes, le gouvernement, les putschistes, les twittos. Je me souviens d’une passe d’arme entre elle et mon amie Dia Sacko. C’était trash, à la limite de l’indécence de la part d’Ashley qui taxait sa compatriote de tous les noms et de tous les maux. Ce côté borderline est détestable, mais cela fait partie de la ligne éditoriale du twitto le plus énigmatique d’Afrique francophone.

Number 2

@Doubangar

Je la décrivais il y a quelques années comme mon « coach es twitter » car elle est toujours factuelle, posée et aimable… Tout ce qu’il faut pour être un #ItTwitto !

Loin des discours partisans, qui en deviennent parfois manichéens, elle relaie l’actualité africaine indépendamment des pays, des sujets et des angles. Ses interventions « d’ordre privé » sont très rares, son compte étant suivi avec attention par quelques chefs d’État africains, Félicité Doubangar se doit de rester professionnelle en toute circonstance.

La Tchadienne installée en France est la métronome de l’actualité africaine sur twitter.

…and the winner is Puff Mammy !

@PaolaAudrey

En toute objectivité cette fois, cette utilisatrice de Twitter est un Ovni. Elle ne rentre dans aucun cadre, si ce n’est celui de la gouaille, et c’est ce qui fait sa force.

Elle parle de politique, des mutations des sociétés africaines via le prisme de la jeunesse, des technologies et de leur utilisation IRL pour faire bouger les lignes, de musique (surtout Beyoncé et les chanteurs nigérians) et d’empowerment au féminin. Ses tweets sont intelligents, ses réflexions sont souvent basées sur du tangible et surtout elle dégage une énergie communicative.

Je ne vous parle pas de ses live Instagram… tout y passe, sans langue de bois et avec un certain parti pris. Mais ça, elle ne s’en cache pas.

 

Chérif Adoudou Artine, leader numérique autoproclamé

SNE : un système et non des personnes

Ismaël Mahamat Adoum est de retour à la tête de la SNE (Société nationale d’électricité) depuis ce jeudi 06 août. Très apprécié des usagers, il est l’arbre qui cache la forêt. Car la société d’État n’a pas besoin d’un homme providentiel à temps partiel, mais plutôt d’un manager visionnaire qui marquera son action dans le temps.

« Le retour du redresseur » pouvait-on lire sur le fil d’actu des journaux en ligne tchadiens ce jeudi 06 août dans la soirée. Et les internautes de renchérir « L’homme qu’il faut à la place qu’il faut ». Tout cela pour commenter le retour à la tête de la SNE (Société nationale d’électricité) d’Ismaël Mahamat Adoum.

Extrait d’un article de cherifblogshow.com du 16 décembre 2015.

Il est vrai que le passage de ce dernier en qualité de Directeur général de la société d’État (de septembre 2015 à mars 2018) a marqué les Tchadiens (voir illustration ci-dessus).

Mais le retour tant apprécié de ce Docteur en Droit public ne doit pas cacher l’essentiel. A savoir la faillite du système de production, de transport et de distribution de l’électricité. En soi, pour les autorités tchadiennes, cette quasi unanimité sur une personne physique et tous les espoirs posés en elle est un échec. Car c’est tout le secteur de l’énergie qui est en branle.

Un système de gestion (qu’il soit pour une société telle que la SNE ou toutes autres organisations) est un mécanisme pour optimiser et améliorer de manière continue les services et le fonctionnement d’une entité (entreprise, administration, association, club) avec un cahier de processus tel que n’importe quel administrateur/gestionnaire avec un minimum de capacité managériale puisse mener le bateau.

Exemple

Quand en 2012, Marissa Mayer a été nommée PDG de Yahoo, pensez-vous qu’elle est venue dans les couloirs de Sunyvale et à créer de toute pièce le secret du succès ? Non ! Marissa Mayer a trouvé à son arrivée une organisation bien huilée. Elle a apporté ses innovations, ses idées et les a adaptés à l’ADN de la société. C’est certes son apport qui a permis à l’ex géant des réseaux de doubler son chiffre d’affaires en deux ans. Mais elle s’est appuyée sur l’existant.

Il aura besoin de temps

Quel est aujourd’hui l’existant de la SNE? Je serais tenté de dire « pas grand chose ». Le Re-nouveau DG doit travailler pour bâtir des fondations solides afin que le jour où il partira, un autre manager puisse bénéficier de son travail de fond.

Espérons qu’on lui donnera le temps. A cette condition, et uniquement à celle-là, I. Mahamat Adoum pourra donner la pleine mesure de ses capacités pour être le vrai « redresseur » de la SNE. La solution n’est donc pas une question de personne (contrairement aux hourras de ces dernières 24 heures), mais une question de système à mettre en place et à inculquer aux personnels. En d’autre termes, créer une culture d’entreprise basée sur le résultat. Tout salarié correctement aiguillé et sachant quelles sont ses responsabilités sera meilleur. Les directeurs, quant à eux, superviseront l’organisation et se consacrerons au développement.

En attendant que mes vœux soient réalité, l’ancien PDG de la Coton-Tchad devra réitérer ses performances appréciées lors de son second passage dans la maison avec cette formule qu’il aime à préciser : « méthode et rigueur ».

Chérif Adoudou Artine, leader numérique autoproclamé

Le MPS et les quatre éléments

Une organisation populaire qui souhaite dynamiser, moderniser et rendre plus bankable son image auprès d’une cible très large doit axer sa réflexion sur quatre éléments majeures de ce qui fait une bonne stratégie.

Voici quelques recommandations sur ce que pourrait entamer le MPS. Non pas que ce soit la panacée en la matière, mais ces pistes de réflexion serviront à dégager une ligne stratégique claire (avec ses codes, ses rythmes, ses moments, etc).

les digressions du planner stratégique

Quels sont ces quatre éléments RE-fondateurs ?

Le logo

Le cœur de l’identité visuelle du parti ne peut changer. Ne doit changer. Car il constitue son ADN depuis 1990. Il est connu dans tous les recoins (même les plus isolés) du pays.

Une légère évolution ? Je serais tenté de dire oui. Mais en fait, non. Sauf événement imprévisible, le logo du MPS restera tel quel. On ne badine pas avec un tel capital image.

Le positionnement

Tout d’abord il faut être prêt à moderniser (je n’utilise pas expressément le mot changement, qui peut souvent être perçu comme une agression face aux habitudes tenaces) l’ensemble de sa structure. Cela doit intervenir dans un cadre général. On ne modernise pas son image si les méthodes organisationnelles et de travail ne sont pas en phase. Il en va de même pour un changement de modus operandi qui ne serait pas accompagné par une image en cohérence.

logo pour la campagne
Exemple : logo unique qui serait utilisé par tous les candidats du parti et donnerait une unicité qui reflète la cohésion .

Ces modifications cosmétiques sont le point de départ pour un positionnement affiné, dans le sens marketing du terme.

Le(s) message(s)

Il faut les renouveler, les réinventer afin de parler aux différentes cibles. La qualité d’un message mainstream, au delà de l’information qu’il véhicule, est sa ‘duplicabilité’ : langue, support, période, contexte, média. Il doit répondre à cette équation complexe.

Les outils de communication

Peaufiner sa stratégie hybride est indispensable pour qui veut communiquer aujourd’hui (et demain).

Les rassemblements populaires et l’objet publicitaire Au MPS on connaît ! Pas besoins de révolutionner grand chose à ce niveau. Même si en se donnant un peu la peine, on peut apporter de la plus-value à certaines réunions afin d’enrichir la panoplie d’outils de com’ dont doit se doter le parti (voir par ailleurs).

Les supports imprimés. Il faut les uniformiser, afin de les rendre cohérents entre eux et ainsi optimiser la portée des messages et de leur enracinement dans les esprits.

Les médias. En période de campagne, le parti utilise principalement la radio, la télévision et l’affichage. Mais est-ce qu’un parti ne doit vivre que durant ces périodes ?

Médias électroniques. C’est le point faible du parti qui devra se doter d’une vrai plateforme digital responsive si elle veut toucher toutes ses cibles.

Le numérique et le traditionnel devront être complémentaires, afin de ne pas couper l’univers médiatique du parti en deux. C’est dans cette subtilité que réside un plan juste en communication hybride.

Au final, la combinaison de ces quatre éléments participe à construire une stratégie formalisée (une vision partagée et un regard apprêté pour le court, le moyen et le long terme).

Le Tchad étant au centre des enjeux sécuritaires dans le Sahel et le Président Déby un acteur principal de ces enjeux, les élections à venir, ainsi que les mois qui les précèdent, seront plus médiatisés que jamais . Il faut donc que le MPS se dote des meilleurs atouts pour confirmer son rang de parti central mais également refléter une image moderne et organisée de la politique tchadienne. Oui, l’image. Toujours l’image.

Chérif Adoudou Artine, leader numérique autoproclamé

Le MPS en ordre de marche

Réunis fin décembre autour du Président la République, les membres du nouveau bureau politique du MPS ont reçu les ultimes conseils et les dernières consignes avant les élections législatives et régionales prévues au courant de cette année 2020. 

Les élections législatives sont bel et bien dans les tuyaux. La réunion privée entre le Président de la République et les 131 membres du bureau politique du MPS (Mouvement patriotique du salut) de ce samedi 28 décembre 2019 en est, si besoin en était, la preuve.

Telle une dernière Cène, les acteurs de l’organe « législatif » du MPS ont reçu les derniers conseils et les ultimes consignes du chef. Cette probable dernière rencontre avant les échéances électorales n’était pas du tout religieuse (pas christique donc), elle était politique.

Le Président de la République tout d’abord, et le Secrétaire Général du MPS ensuite ont donné le ton pour les semaines à venir.

Le patron de la mouvance présidentielle a fixé le cap et en phase avec ses propos du 3 novembre dernier lors du 8ème congrès extraordinaire du MPS, il appelle ses troupes à resserrer les rangs et à prendre les échéances électorales à venir avec le plus grand sérieux afin de ne pas se faire surprendre.

Aujourd’hui majoritaire, le MPS doit garder à l’esprit que la victoire n’est pas acquise.

La composition de l’actuelle Assemblée nationale

Le MPS totalise 110 sièges sur 188. En plus des 6 occupés par son allié, le RDNT (Rassemblement national de démocrates tchadiens), la majorité présidentielle  pèse 61,7% des voix. La majorité des 2/3 (66%) n’est pas atteinte mais la mouvance « baministe » a toujours pu compter sur les votes des indépendants qui ont tous une forte tendance MPS.

La composition de l'actuelle Assemblée nationale avec une majorité PS

Panorama des forces en présence.

Les dangers de perdre cette confortable majorité, même s’ils existent, ne sont pas si effrayants que ça quand on regarde l’adversité qu’il y a en face.

Le principal parti d’opposition, l’UNDR (Union nationale pour la démocratie et le renouveau) de Saleh Kebzabo, ne pourra faire mieux que ses 11 sièges actuels. Tout simplement car il n’a aucune assise régionale en dehors de ses « fiefs » traditionnels. Les défaites à répétition semblent avoir essoufflées cette formation qui n’arrive pas à se renouveler, à trouver un nouveau leadership, à se trouver une nouvelle identité gagnante.

Même cas de figure pour les deux autres partis d’opposition représentés actuellement dans l’hémicycle du palais de la Démocratie de Gassi : l’URD (Union pour le renouveau et la démocratie) de Romadoumngar Félix Nialbé et le FAR (Fédération, Action pour la république) de Ngarlejy Yoroungar. Aucune représentation sur l’ensemble du territoire, ce qui au final, plombera forcément les résultats.

Des candidats indépendants attireront peut-être sur eux la lumière médiatique, mais ne pourront faire vaciller le MPS sur le terrain de la représentativité populaire. Je pense à Succès Masra, le leader de la communauté digitale Les Transformateurs, et quelques unes de ses têtes de proue. Nous pourrons également voir des accords se conclure entre ces derniers et un parti d’opposition pour intégrer quelques noms dans les listes de leurs candidats.

Si les troupes du MPS et leurs alliés sont disciplinés, sérieux dans le travail en amont des différentes campagnes et soudés, ces consultations populaires ne devraient être qu’une simple formalité. Je terminerai en reprenant cette conclusion d’Idriss Deby Itno : “soyez de bons perdants si vous perdez, de bons gagnants si vous gagnez.“.

Chérif Adoudou Artine, leader numérique autoproclamé

Le budget 2020 détaillé

Le projet de budget 2020 sera soumis au vote des députés ce vendredi 27 décembre 2019. Il s’élève cette année à 1 209, 6 milliards de francs CFA. Comment a-t-il évolué ? Comment sera-t-il financé ? Que financera-t-il ? A quel hauteur ? Que représentent les charges de la dette de l’Etat ? Retrouvez toutes les réponses à ces questions dans une analyse minutieuse du projet de budget 2020.

Le projet de budget 2020 du Tchad a été présenté le lundi 9 décembre dernier lors d’un Conseil des ministres restreint. Après présentation et amendements éventuelles à la Commission Finances, Budget et Comptabilité publique de l’Assemblée nationale, il devrait, selon toute vraisemblance, être adopté dans ses grandes lignes ce vendredi 27 décembre par les députés.

Après des baisses consécutives depuis 2015, le budget de notre pays enregistrera peut-être sa deuxième hausse en 6 ans.

Que peut-on (que doit-on) retenir de ce budget qui se chiffre à 1 209,6 milliards de francs CFA ?

Tout d’abord que ce projet de budget de 1 209,6 milliards représente les ressources prévisionnelles de l’Etat.

Les ressources sont composées de :

  • Recettes fiscales pour une prévision de                     707 474 594 256 francs
  • Dons, legs et transferts d’autres budgets public      163 665 000 000 francs
  • Autres recettes                                                              338 537 030 234 francs

Ce qui nous donne donc le total cité plus haut.

Les ‘’Autres recettes’’ sont par exemple celles perçues par les services des cartes d’identité, des passeports, des cartes grises de véhicule, du contrôle technique, etc.

Malgré une hausse prévue de son budget, le Tchad fait figure de petit pouçet au sein de la zone Cemac (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale). Loin derrière le Cameroun et juste devant la RCA. Mais il faut quand même signaler que le budget du Cameroun ne se calcule pas sur les mêmes bases que le budget tchadien. Yaoundé intègre dans le sien les recettes de certaines entités décentralisées. Tandis que chez nous le calcul se fait uniquement sur l’administration centrale.

 

Notre analyse portera sur les charges de l’Etat. Ce que coûte le train de vie des différents ministères et institutions financés par l’argent public (qui provient principalement des différents taxes et impôts que chacun d’entre nous paye et des différentes recettes que nous faisons rentrer dans les caisses de l’Etat).

Ces dépenses représentent 1 052,7 milliards. Soit 87,3 % des recettes escomptées par le projet de Loi des Finances présenté au début du mois. Les 12,7 points (soit 157 milliards) serviront à financer en partie les charges de la trésorerie notamment l’amortissement de la dette publique qui se chiffre à 273 milliards selon les chiffres du ministères des Finances et du Budget.

Quel est notre top 5 des dépenses budgétaires ?

Disséquons ce budget des dépenses qui s’élève à 1 052,7 milliards de francs CFA

Quel ministère pèse le plus dans ce projet de budget au niveau des dépenses ?

Avant d’évoquer cela, parlons de la nomenclature des postes budgétaires dans un tel projet de budget.

Les dépenses publiques sont subdivisées en 6 parties, chacune d’entre elles représente une nature de dépenses pour le budget du ministère (ou pour le budget global).

Charge 1 : Charges financières de la dette

Charge 2 : Dépenses du personnel

Charge 3 : Dépenses des biens et services

Charge 5 : Dépenses de transferts

Charge 6 : Dépenses d’investissements

Définition

Les dépenses de transfert

Je pense que c’est la seule charge qui nécessite une explication afin de bien saisir son rôle et ce qu’elle recouvre.

Les dépenses de transferts sont composées des subventions aux établissements publics (hôpitaux, écoles, police, agences), sociétés publiques (SNE, STE,…) et collectivités autonomes, des contributions aux organismes internationaux et nationaux, des prises de participation, etc.

Le top 5 de ce budget composé de 33 lignes budgétaires (ministère/institutions) ?

Numéro 1 du classement : Education

Budget : 153 542 125 000 francs CFA (14,59 % du budget des charges de l’Etat)

Il est le résultat du cumul de 3 ministères

  • Le ministère de l’Education nationale et de la Promotion civique
  • Le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation
  • Le ministère de la Formation professionnelle et des Petits métiers

La ventilation de dépenses est la suivante

Le personnel pèse deux tiers des 153 milliards de l’Education.

Numéro 2 du classement : Défense

Budget : 145 948 557 francs CFA (13,86 % du budget des charges de l’Etat)

La ventilation de ses dépenses est la suivante

Les dépenses de personnel pèsent pour 77% du la manne attribuée au fonctionnement de ce département.

Numéro 3 du classement : Dépenses communes

Budget : 130 572 660 000 francs CFA (12,40 % du budget des charges de l’Etat)

Définition

Les dépenses communes

Partie intégrante du budget général, le budget des dépenses communes est constitué de l’ensemble des dépenses qui ne peuvent être imputées sur les budgets des départements ministériels ou institutions. Ladite section permet aussi à faire de la régulation budgétaire. Ce budget s’inscrit dans le cadre plus global des dépenses du budget général.

La ventilation des dépenses communes

On constate que les fonds destinés à soutenir les entités publiques ou privées représentent 78 % sur les 130 milliards.

Numéro 4 dans le classement : Santé publique

Budget : 91 063 882 000 (8,65 % du budget des charges de l’Etat)

La ventilation des dépenses

Le département de la Santé dépense 40% de son budget aux investissements (infrastructures, équipements, formation, etc).

Numéro 5 dans le classement : Infrastructures et Transports

Budget : 88 631 527 000 (8,42 % du budget des charges de l’Etat)

Ventilation des dépenses

Où l’on constate que les dépenses d’investissements représentent la quasi-totalité du budget.

Etant donné que le poste budgétaire des dépenses communes est venu s’immiscer dans notre top five, voici notre cinquième département ministériel le plus riche…

Numéro 6 dans le classement, mais numéro 5 dans les faits : Finances publiques

Budget : 86 580 921 000 (8,22 % du budget des charges de l’Etat)

Eclairage

On constate que la charge financière de la dette publique, imputée à ce département, représente 70% de ses dépenses.

Pourquoi est-ce que ces 62 milliards ne sont pas affectées aux dépenses communes ?

« Parce qu’elle est administrée par la Direction en charge de la gestion de la Dette publique qui est au sein du ministère des Finances et du Budget » nous explique Abakar Billal, spécialiste en Finances publiques.

Le quintette de tête de ce projet de ‘’budget dépenses’’ est composé des départements suivants :

  1. Education (trois ministères regroupés),
  2. Défense,
  3. Santé publique,
  4. Infrastructures & Transports
  5. Finances

Un classement somme toute logique…

Pour conclure

Voici le tableau complet des dépenses dans lequel vous trouvez tous les ministères et institutions concernés.

33 lignes budgétaires initiales regroupées en 31.

Un budget marqué par une grande disparité :

  • 3 départements disposent de budgets supérieurs à 100 milliards.
  • 5 départements disposent de budgets compris entre 50 et 100 milliards.
  • 10 départements disposent de budgets compris entre 10 et 50 milliards.
  • 10 départements disposent de budgets compris entre 1 et 10 milliards.
  • 3 institutions disposent de budgets inférieurs à 1 milliard.

Les dépenses courantes du budget total sont principalement dévolues aux salaires des fonctionnaires et autres travailleurs contractuels de l’Etat à hauteur de 35% du budget de dépenses (1, 058,6 milliard). Avec 32% du budget, les dépenses d’investissements viennent en deuxième position.

Chérif Adoudou Artine, leader numérique autoproclamé

 

Garde à vue, gare à vous !

L’inspection générale d’Etat est en train de traquer la mauvaise gestion de l’argent public. Ses recommandations sont craintes jusqu’aux plus hauts niveaux de l’appareil administratif. Kalzeubé en est la preuve. Retour sur une semaine durant laquelle l’actualité judiciaire a été au centre de toutes les discussions…avec aussi l’affaire Ibédou.

Interpelé le jour de la fête de la liberté et de la démocratie, le ministre d’Etat, ministre Secrétaire Général à la Présidence, Kalzeubé Pahimi Deubet fait les frais d’une enquête menée par l’Inspection générale d’Etat (IGE) sur fond de compensation immobilière. Il est passé en deux jours de la case Présidence à la case prison en passant par la case garde à vue.
L’ancien PM sous écrou, qui sera le suivant ? C’est la question que tout le monde se pose car selon des bruits de couloir « une liste de douze noms » aurait été établie par les équipes dirigées par Ahmat Mahamat Zagalo, Inspecteur général d’Etat à la tête de l’IGE, créée en 2015/16 et rattachée à la Présidence de la République. Héritière de plusieurs organes d’Etat dans le but de « contrôler à posteriori la gestion administrative et matérielle des biens de l’Etat », elle succède dans ce rôle de « tracker » de la mauvaise gestion de l’argent public à la Commission Bartichret (dirigée par le Président de la Cours suprême de l’époque, Ahmed Barticheret) en 2005, au ministère du Contrôle d’Etat (qui a changé de nom à trois reprises) et enfin à la très redoutée Opération Cobra en 2012 après la fusion des ministères du Contrôle d’Etat et de celui de la Justice voulue par Abdoulaye Sabre.
Après le SG de la présidence, des bruits ont couru sur Twitter qu’en à une convocation d’Issa Doubragne, ministre de l’Economie et de la Panification du développement qui a été épinglé par une note de recommandations de cette même IGE en date du 19 novembre courant. Mais cette information a été très vite infirmée, notamment par un fact checking de Tchadinfos.com. Quoi qu’il en soit, nous devrions entendre parler de l’IGE d’ici la fin du mois de décembre. Les réjouissances de fin d’année ne seront pas agréables pour tout le monde.

Captures d’écran

Le lundi 2 décembre 2019, Mahamat-Nour Ahmat Ibédou, Secrétaire général de la Convention tchadienne de défense des droits de l’homme (CTDDH), a aussi été convoqué par la Police judiciaire. Ce jour étant le prolongement du férié de la veille, le diplômé de l’Ecole Nationale du Trésor Public de Noisiel (France) s’est rendu au commissariat le mardi 3 décembre pour répondre aux policiers suite à une plainte pour diffamation déposée par Bakhit Bahar Itno. Ce dernier a été accusé par un communiqué de la CTDDH d’avoir enlevé et torturé un groupe de femmes en novembre dernier.
Une garde à vue plus tard, voilà que le SG de la CTDDH se trouve confronté à une autre accusation beaucoup plus grave : meurtre et de complicité de meurtre. Selon les avocats de ce dernier, les fonctionnaires de police ont voulu lui faire signer une déposition qui n’était pas la sienne. Après 48 h en GAV, il a été transféré à la maison d’arrêt d’Amssinéné dans le nord de N’Djaména.
Des captures d’écran reprenant des échanges entre l’acteur de la société civile et un certain Malick Ibet Ibrahim, accusé du meurtre d’une adolescente en 2015, ont suffit à le garder derrière les barreaux. Dans cet échange ont apprend que M. Ibedou souhaite soustraire M. Ibrahim des mains de la justice tchadienne en lui faisant quitter le Tchad.
Mais qu’en est-il de la véracité de ces copies et de leur contenu ? C’est à ce niveau que toutes les discussions s’arrêtent. Et c’est à ce niveau que toutes les discussions doivent tourner. Pour confondre M. Ibédou il aurait fallu prouver l’authenticité du contenu de ces messages. Cela passe par chercher à savoir si les adresses des deux concernés n’ont pas été piratées ou si ces copies ne sont que l’œuvre d’une personne maîtrisant un tant soit peu un logiciel de graphisme… Il existe une multitude d’outils pour clarifier ce genre de situations. La justice, quant à elle, dispose également de textes qui lui permettent d’envoyer des demandes d’authentification avec expertise très pointue. Et ce, jusqu’à Google.
Les personnes en charge de l’affaire peuvent et doivent passer au crible ces « preuves » afin d’avancer dans cette affaire qui cristallise la société tchadienne.

Cherif Adoudou Artine, leader numérique autoproclamé