La diplomatie tchadienne doit se muer en tremplin pour le développement  économique

Volant depuis 2013 de succès militaires en succès diplomatiques, le Tchad a réussi à faire émerger des personnalités qui dirigent aujourd’hui des institutions internationales. Les bases sont désormais solides pour que notre diplomatie traditionnelle se mue, tout du moins en partie, en diplomatie commerciale.

Dans un contexte international marqué par une crise sanitaire et économique qui a ralenti la croissance mondiale, bousculé quelque peu par les rivalités entre les super puissances  mondiales (USA, CHINE), modifié en partie par l’intérêt nouveau des puissances émergentes (Chine, Turquie, Russie, Inde) pour l’Afrique et dans un contexte régional rythmé par des crises sécuritaires successives dans le Sahel, la diplomatie tchadienne a fait preuve d’une grande efficacité pour permettre au pays d’être résilient et de maintenir le cap des changements structurels engagés  par le chef de l’État.

Faisant sienne la maxime ‘’Penser global, agir local.’’, le gouvernement du Tchad a, entre 2016 et 2020, entrepris des réformes tant au niveau national, à l’exemple des investissements pour le renforcement des capacités institutionnelles, qu’au niveau de ses engagements internationaux (par exemple  en procédant à une ratification accélérée des engagements, accords, et résolutions pris dans le cadre des échanges bilatéraux et des négociations multilatérales). L’objectif est de consolider son statut d’interlocuteur privilégié obtenu par les résultats de ses engagements dans les processus de maintien de la paix en Afrique, et dans la promotion des initiatives d’intégrations régionales, de coopération par la mutualisation des moyens pour faire face aux multiples défis auxquels sont confrontés les pays africains.

Ces engagements tous azimut de N’Djaména dans les affaires du continent se reflètent aujourd’hui par la promotion de cadres diplomatiques tchadiens au sein des grandes institutions internationales et à la tête des missions de grandes envergures (UA, CEMAC, CEEAC, OCI, MINUSMA, etc.).

Ceci témoigne également de la reconnaissance des compétences du Tchad dans le pilotage des solutions à grands enjeux sur le continent.

La réception très prochaine du futur siège du Ministère des Affaires Étrangères va, avec la poursuite des réformes du département ministériel, sans aucun doute servir de tremplin à la poursuite du progrès économique et social du Tchad.

Le chantier du futur siège du ministère des Affaires étrangères à N’Djaména. Il devrait bientôt accueillir les services de ce département ministériel qui doit faire sa mue pour répondre aux enjeux économiques et commerciaux des années à venir. Photo : ETGEI Tunisie

Vers une diplomatie économique

Tous ces résultats doivent être maintenant, comme diraient les spécialistes de l’industrialisation, transformés. Pour cela, les autorités de N’Djaména doivent diriger leurs efforts vers l’économie, le commerce et les intérêts du secteur privé tchadien en intégrant de nouveaux acteurs dans le dispositif diplomatique. Au-delà des succès cités en infra, notre pays doit capitaliser sur cette montée en puissance pour faciliter son développement économique. Bien que distincte de la diplomatie commerciale ayant cours dans les missions diplomatiques ou à l’occasion des déplacements du Chef de l’Etat, il y a la diplomatie économique. Une acception définit comme une ‘’diplomatie qui utilise les ressources économiques – tant les récompenses que les sanctions – dans l’optique de la poursuite d’objectifs particuliers de politique extérieure’’ telle qu’expliquée par Romain Gelin dans Diplomatie économique : qu’est-ce que c’est ?, essai édité chez Gressa en 2016.

Les désignations qui recouvrent cette diplomatie alternative sont nombreuses et complexes à comprendre.

Au Tchad ce travail de diplomatie économique est du ressort unique du ministère de l’Économie, de la Planification du développement et de la Coopération internationale. Pour des raisons pratiques, on pourrait revoir les attributions du Ministère des Affaires étrangères, qui disposent déjà de la logistique et de l’intendance nécessaires pour déployer ‘’une force de vente’’ à travers les chancelleries de par le monde, et l’y associer de manière plus profonde, plus structurée.

Loin de vouloir réinventer la roue, il serait judicieux de na pas laisser toute cette charge de la diplomatie économique au seul ‘’ministère du Plan’’, qui devrait être soutenu par les autres départements ministériels dans cette mission. La solution idoine serait ainsi la création d’une agence ad-hoc regroupant les Affaires étrangères, le Plan et le Développement du commerce… une sorte de synergie dans laquelle chacun des départements aurait son apport, son rôle et ses objectifs.

Les résultats attendus pour une telle démarche sont bien évidemment la création de richesses (PIB) et son corollaire, la création d’emplois.

Si notre diplomatie arrive à performer sur ce terrain de l’économie et du commerce autant qu’elle le fait pour placer nos éminences grises à la tête des institutions internationales, elle aurait alors atteint un niveau de réussite qui ouvre des portes sans limites.

Chérif Adoudou Artine