Les porte-étendards de la diplomatie tchadienne

Le Tchad est un vivier de compétences. Grâce aux succès diplomatiques enregistrés par les gouvernements successifs, ce vivier est désormais reconnu et dirige des institutions et des missions internationales. Voici ces figures de proue…

Depuis près d’une dizaine d’années, la diplomatie offensive qu’a mené le Tchad partout en Afrique (en tant que force d’interposition ou en tant que médiateur) a apporté des solutions aux différentes crises qui secouaient notre continent. Au-delà de ces actes au service de l’Afrique, cette diplomatie triomphante a également permis aux Tchadiens d’accéder à des fonctions auxquelles ils ne s’intéressaient guère ou qui leur semblaient inatteignables.

A défaut de truster les sièges d’organisations régionales ou internationales et des missions ponctuelles, ils sont aujourd’hui un certain nombre à porter l’étendard du Tchad.

Les figures de proue de ces éminences grises tchadiennes qui dirigent à l’international…

Infographie cherifadoudou.com

Chérif Adoudou Artine

 

Diplomatie : une marque Tchad forte

Le Tchad s’inscrit pleinement et de façon respectable sur la carte diplomatique mondiale et plus particulièrement en Afrique. Capitaliser sur les progrès des années 2016-2020, poursuivre les réformes et autres innovations permettra de construire une marque Tchad forte, ancrée sur l’échiquier de la coopération et du développement international. En augmentant le budget alloué aux Affaires étrangères de 37% en 4 ans, le Tchad s’engage dans la bonne voie.

Grâce à la combinaison des facteurs paix, stabilité et mise en exploitation des ressources naturelles, valorisées au travers d’une diplomatie hautement active à double volet (politique et militaire), l’image du Tchad a évolué de façon positive au cours de ces dernières années permettant ainsi au pays de trouver sa place au sein du concert des nations.

La nouvelle efficacité de la Diplomatie Tchadienne a permis de nombreuse évolutions :

Le Tchad est aujourd’hui une terre d’accueil

Avec la Jordanie, le Tchad figure parmi les pays au monde qui accueillent et protègent le plus de déplacés liés aux conflits militaires dans le monde. Les personnes ayant trouvé refuge au Tchad proviennent principalement du Soudan, de la RCA, du Nigeria et du Niger. L’Organisation des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) estime le nombre de réfugiés à 409 264, répartis sur 19 camps dans 13 villages et deux centres urbains (à N’Djaména et Bongor).

Réfugiés arrivant au Tchad en 2016. Le Tchad accueille plus de 400 000 réfugiés et demandeurs d’asile, ce qui fait de lui un des pays les plus généreux en la matière. Des budgets spéciaux ont été mis en place pour la CNARR (Commission nationale d’accueil et d’insertion des réfugiés et des rapatriés), entité sous tutelle du ministère de l’Intérieur. Photo : AFP

Pour répondre à cette situation de crise humanitaire, le gouvernement du Tchad alloue d’importantes ressources budgétaires étatiques et mobilise des financements des partenaires internationaux pour assurer l’insertion et la bonne cohabitation des réfugiés avec les populations autochtones.

Le Tchad est un médiateur de paix

Avec ses voisins en proie à des conflits militaires internes, le Tchad soucieux d’une paix régionale met en œuvre sa diplomatie en assumant son leadership dans les médiations pour le retour de la paix et la stabilité en Lybie, au Soudan et en République Centrafricaine. L’envoi fréquent de missions et la réception d’émissaires de ces pays témoignent de cette dynamique.

Le Tchad est un partenaire privilégié de coopération

Pour des motifs de coopération multiples (sécurité, migrations, climat, approvisionnement en matière premières, etc.), de nouvelles institutions diplomatiques s’installent dans le pays. Il s’agit entre autres des missions diplomatiques de Grande Bretagne, des Pays Bas, de l’antenne locale de l’ambassade d’Italie à Yaoundé, etc.

Notre pays a par ailleurs ratifié la quasi-totalité des résolutions des Nations Unies, de l’UA et des organisations régionales :

  • Adhésion du pays aux ODD des UN

  • Signature de l’accord de Paris sur le climat

  • Signature de l’accord de la Zone de Libre Échange Continental Africain ZLECA

  • Signature de la suppression des Visas entre les pays de la CEMAC

  • Adhésion et la ratification par le Tchad de la Convention sur la protection physique des Matières Nucléaires et son amendement

Le renforcement institutionnel du Ministère des affaires étrangères

Le gouvernement Tchadien a entrepris de renforcer les capacités du Ministère des affaires étrangères. Le budget consacré à l’action diplomatique du Tchad hors présidence de la république s’est accru considérablement passant de 13,39 milliards de FCFA en 2016 pour s’établir à 17,76 milliards de FCFA en 2020 correspondant ainsi à une croissance moyenne sur la période de 37,1%. Le ministère se verra livré sous peu, une infrastructure digne de son importance stratégique pour le développement du Pays.

A toute cette ingénierie Diplomatique dont a fait preuve le gouvernement sous l’égide du Maréchal du Tchad, il convient de souligner que les initiatives prises dans le domaine du développement du tourisme. Le FISCA (Festival International des Cultures Sahariennes) qui mobilise de nombreux participants venus de tous les pays du Sahara et des invités hors Afrique ainsi que  le Treg (Course à pied) qui se déroule dans le Tibesti dans la zone classée patrimoine mondiale de l’UNESCO ont fortement participé à redonner une image positive du Tchad dans le monde.

Capitaliser sur ces progrès et poursuivre les réformes et autres innovations permettra de construire une marque Tchad forte, ancrée sur l’échiquier de la coopération et du développement international.

Chérif Adoudou Artine

La diplomatie tchadienne doit se muer en tremplin pour le développement  économique

Volant depuis 2013 de succès militaires en succès diplomatiques, le Tchad a réussi à faire émerger des personnalités qui dirigent aujourd’hui des institutions internationales. Les bases sont désormais solides pour que notre diplomatie traditionnelle se mue, tout du moins en partie, en diplomatie commerciale.

Dans un contexte international marqué par une crise sanitaire et économique qui a ralenti la croissance mondiale, bousculé quelque peu par les rivalités entre les super puissances  mondiales (USA, CHINE), modifié en partie par l’intérêt nouveau des puissances émergentes (Chine, Turquie, Russie, Inde) pour l’Afrique et dans un contexte régional rythmé par des crises sécuritaires successives dans le Sahel, la diplomatie tchadienne a fait preuve d’une grande efficacité pour permettre au pays d’être résilient et de maintenir le cap des changements structurels engagés  par le chef de l’État.

Faisant sienne la maxime ‘’Penser global, agir local.’’, le gouvernement du Tchad a, entre 2016 et 2020, entrepris des réformes tant au niveau national, à l’exemple des investissements pour le renforcement des capacités institutionnelles, qu’au niveau de ses engagements internationaux (par exemple  en procédant à une ratification accélérée des engagements, accords, et résolutions pris dans le cadre des échanges bilatéraux et des négociations multilatérales). L’objectif est de consolider son statut d’interlocuteur privilégié obtenu par les résultats de ses engagements dans les processus de maintien de la paix en Afrique, et dans la promotion des initiatives d’intégrations régionales, de coopération par la mutualisation des moyens pour faire face aux multiples défis auxquels sont confrontés les pays africains.

Ces engagements tous azimut de N’Djaména dans les affaires du continent se reflètent aujourd’hui par la promotion de cadres diplomatiques tchadiens au sein des grandes institutions internationales et à la tête des missions de grandes envergures (UA, CEMAC, CEEAC, OCI, MINUSMA, etc.).

Ceci témoigne également de la reconnaissance des compétences du Tchad dans le pilotage des solutions à grands enjeux sur le continent.

La réception très prochaine du futur siège du Ministère des Affaires Étrangères va, avec la poursuite des réformes du département ministériel, sans aucun doute servir de tremplin à la poursuite du progrès économique et social du Tchad.

Le chantier du futur siège du ministère des Affaires étrangères à N’Djaména. Il devrait bientôt accueillir les services de ce département ministériel qui doit faire sa mue pour répondre aux enjeux économiques et commerciaux des années à venir. Photo : ETGEI Tunisie

Vers une diplomatie économique

Tous ces résultats doivent être maintenant, comme diraient les spécialistes de l’industrialisation, transformés. Pour cela, les autorités de N’Djaména doivent diriger leurs efforts vers l’économie, le commerce et les intérêts du secteur privé tchadien en intégrant de nouveaux acteurs dans le dispositif diplomatique. Au-delà des succès cités en infra, notre pays doit capitaliser sur cette montée en puissance pour faciliter son développement économique. Bien que distincte de la diplomatie commerciale ayant cours dans les missions diplomatiques ou à l’occasion des déplacements du Chef de l’Etat, il y a la diplomatie économique. Une acception définit comme une ‘’diplomatie qui utilise les ressources économiques – tant les récompenses que les sanctions – dans l’optique de la poursuite d’objectifs particuliers de politique extérieure’’ telle qu’expliquée par Romain Gelin dans Diplomatie économique : qu’est-ce que c’est ?, essai édité chez Gressa en 2016.

Les désignations qui recouvrent cette diplomatie alternative sont nombreuses et complexes à comprendre.

Au Tchad ce travail de diplomatie économique est du ressort unique du ministère de l’Économie, de la Planification du développement et de la Coopération internationale. Pour des raisons pratiques, on pourrait revoir les attributions du Ministère des Affaires étrangères, qui disposent déjà de la logistique et de l’intendance nécessaires pour déployer ‘’une force de vente’’ à travers les chancelleries de par le monde, et l’y associer de manière plus profonde, plus structurée.

Loin de vouloir réinventer la roue, il serait judicieux de na pas laisser toute cette charge de la diplomatie économique au seul ‘’ministère du Plan’’, qui devrait être soutenu par les autres départements ministériels dans cette mission. La solution idoine serait ainsi la création d’une agence ad-hoc regroupant les Affaires étrangères, le Plan et le Développement du commerce… une sorte de synergie dans laquelle chacun des départements aurait son apport, son rôle et ses objectifs.

Les résultats attendus pour une telle démarche sont bien évidemment la création de richesses (PIB) et son corollaire, la création d’emplois.

Si notre diplomatie arrive à performer sur ce terrain de l’économie et du commerce autant qu’elle le fait pour placer nos éminences grises à la tête des institutions internationales, elle aurait alors atteint un niveau de réussite qui ouvre des portes sans limites.

Chérif Adoudou Artine