Une implication plus forte dans la campagne pour HIDI

Hinda Déby Itno était sur les routes de province : mardi à Moussoro, mercredi à Ati et jeudi à Abéché pour une campagne électorale de terrain au profit de son époux, le candidat du consensus à la présidentielle du 11 avril prochain, Idriss Déby Itno. Une implication toute nouvelle qui mérite que l’on s’y attarde.

Certes, Hinda Déby Itno a toujours fait campagne pour IDI, à ses côtés. On se souvient tous des images de 2016, campée aux côtés du candidat, ne prenant quasi jamais la parole, applaudissant quand il le fallait… en épouse loyale à son mari.

Nouvelle configuration en cette année 2021. Elle est plus investie, avec une implication de tous les instants et s’apprête, après un triptyque Bahr el-Ghazal, Batha et Ouddaï, à sillonner le sud du Tchad la semaine prochaine.

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Pourquoi Hinda Déby a pris plus de place, plus de responsabilités dans cette campagne électorale que dans la précédente ?

Il y a au moins trois raisons à cela.

1) La confiance de son époux

Une épouse de président qui pratique le terrain à l’intérieur du pays avec ses propres collaborateurs lors de la période sensibilisation qui précède un vote, en féru de politique internationale que je suis, je n’ai pas souvenir d’une telle configuration sur les 20 dernières années.

La personnalité politique à laquelle j’ai pensé immédiatement lorsque j’ai su que la Première dame irait en campagne en solo est Eva Peron, la femme du Président argentin Juan Domingo Peron (à la tête de son pays de 1946 à 1955). Mais on parlera d’Evita un peu plus loin et pour une autre raison.

Graça Machel, la veuve de l’ancien président du Mozambique Samora Machel, est aussi un exemple d’épouse de président ayant eu un rôle politique primordial dans la carrière de son conjoint président. Mais la situation de cette dernière est différente. Celle qui a même occupé un strapontin ministériel (Éducation et Culture) dans un des gouvernements de son mari, l’a soutenu bien avant qu’il ne devienne président. Elle s’était engagée en 1972 dans le maquis du FRELIMO qui luttait pour l’indépendance du pays. C’est là qu’elle a fait la rencontre du leader du mouvement indépendantiste avec lequel elle a convolé en juste noce en 1976.

Les épouses de Président ont toujours tenu des rôles spécifiques, souvent de second plan, même si médiatisés, mais rarement (ou si peu de fois) dans l’arène politique. Même la très charismatique Hillary Rodham-Clinton (ayant pourtant de réelles ambitions politiques) n’a pas été plus qu’une ‘’Firs Lady’’ de représentation durant les huit années de présidence de Bill Clinton entre 1992 et 2000. Hinda Déby Itno tient aujourd’hui un rôle éminemment politique. Elle était, devant les populations du Bahr el-Gazhal, du Batha et du Ouddaï, l’alter égo militant d’un Mahamat-Zene Bada ou d’un Jean-Bernard Padaré défendant le bilan de son candidat et appelant les électeurs à lui accorder leur voix. Sans une confiance profonde dans le couple présidentiel, ce cas de figure n’aurait jamais été possible.

2) Le miroir de la femme dans la société tchadienne

Le président sortant a, à mainte fois, rappelé sa volonté de renforcer sa politique du genre afin de rendre tangible à terme ce fameux quota de 30% de présence féminine dans l’administration publique et les nominations politiques. Même si cette volonté est forte, les effectifs ne suivent pas toujours afin d’atteindre ce tiers de représentativité. L’implication toute nouvelle de Hinda Déby Itno dans la sphère politique/militante est un signal fort lancé à l’attention des femmes. HIDI doit jouer sa partition de Role-Model pour que les filles et les jeunes femmes tchadiennes voient en elle une personne à laquelle elles peuvent s’identifier, loin de l’image de la femme reléguée à un rôle de ménagère ou de représentation, voire même d’un statut de femme trophée. La Première dame assume le costume de VRP de luxe dans la volonté présidentielle d’émancipation des femmes. Simone de Beauvoir, féministe de la première heure, disait « On ne naît pas femme, on le devient » du fait de la société. Hinda Déby Itno, dans sa toute nouvelle posture de femme de front, pourrait paraphraser la philosophe française en disant « On ne nait pas émancipée, on le devient ».

3) Ses réseaux associatifs et caritatifs sont utiles

La comparaison entre Eva Peron et Hinda Déby Itno tient tout son sens lorsqu’on parle de la Fondation Grand Cœur.

 

 

Février 1946, le colonel Juan Domingo Peron, alors vice-président, bat campagne pour accéder à la Présidence de la République argentine. Il était accompagné dans ses déplacements par son épouse, Maria Eva Duarté Peron, comédienne de son état, mais surtout femme de conviction. Ces voyages électoraux en couple étaient à l’époque un fait inédit dans un pays où les femmes n’avaient pas encore le droit de vote.

Bernard Meyer-Stabley, qui a rédigé en 2017 une biographie sur Eva Peron, L’Argentine adulée et décriée, aux éditions de La Boîte A Pandore, décrivait en trois points les caractéristiques de cette femme qui, pour son époque, détonnait. Trois points qui ont servi à l’élection de son mari et ensuite à la gestion du pouvoir.

  1. Ses réseaux féminins

Eva Peron a mobilisé un grand nombre de femmes autour de l’idéologie péroniste… Le Président élu leur a octroyé quelques années plus tard le droit de vote.

  1. Sa fondation caritative

« Elle avait mis en place (à travers la Fondation Eva Peron), entre Peron et le peuple, un système propre à donner au péronisme un visage généreux et humain, ce dont une bureaucratie impersonnelle aurait été incapable. »

  1. Ses relations avec les milieux syndicaux ont permis d’instaurer une sorte de paix sociale avec le monde ouvrier, qui était pourtant opposé à Juan Peron, issu de l’armée.

A la lecture de ces trois caractéristiques, le rapprochement avec Hinda Déby Itno sonne comme une évidence. A l’exception des réseaux syndicaux, l’épouse du Président Idriss Déby Itno jouit d’une certaine stature au sein de l’intelligentsia féminine tchadienne et vient en aide aux couches  les plus défavorisées de la société à travers la Fondation Grand Cœur. A cela, conjuguons cette nouvelle implication politique.

Hinda Déby Itno n’a pas encore atteint cette relation quasi fusionnelle qu’avait Eva Peron avec son peuple (qui l’a désignée de manière officieuse  »chef spirituel de la nation argentine »), mais au vu de ces actions humanitaires et de celles menées dans le cadre de la promotion des femmes, elle est un acteur incontournable sur l’échiquier du pouvoir. Et depuis le début de cette campagne électorale, elle est en plus devenue une personnalité politique de premier rang.

Chérif Adoudou Artine