IDI calme le jeu

La nouvelle a eu certainement l’effet escompté. Celui de la surprise. Le Président de la République a reçu ce mardi 16 mars un des opposants les plus actifs de la scène politico-associative tchadienne, Succès Masra. Que peut-on tirer comme leçons de cette rencontre ? Voici le journal de campagne du 16 mars 2021.

Aussi surprenante soit-elle, la rencontre de ce mardi 16 mars dans l’après-midi entre le Président de la République, Idriss Déby Itno et Succès Masra est un signal positif pour la vie politique tchadienne et un pas de plus vers la normalisation des relations entre les différents acteurs politiques tchadiens.

Oui surprenante ! Il y a juste 15 jours, Succès Masra demandait à corps et à cris «la démission » d’un Président « devenu comme fou ». Et ce même Président n’accordait (selon les dires) aucun crédit ni estime au mouvement des Transformateurs.

Mais la tectonique politique étant ce qu’elle est, les lignes ont vite bougé.

Le maître du temps

Sans rentrer dans cette rhétorique politicarde qui pose la question de savoir à qui profite la rencontre, je retiens qu’Idriss Déby Itno est le maître des horloges. Il dicte son timing…et par la même occasion le rythme auquel les choses évolueront (ou non). C’est en mars 2021, en plein campagne électorale, alors que la Cours suprême a mis hors-jeu Succès Masra et les Transformateurs et qu’il s’apprête à enquiller un sixième plébiscite à l’élection présidentielle qu’Idriss Déby Itno daigne répondre favorablement à une demande d’audience formulée depuis 2019.

Le candidat de l’Alliance du consensus est conscient que le temps est précieux en cette année électorale. Il a donc logiquement proposé à ces invités de lui soumettre par écrit leur exigences quant au dialogue inclusif qu’ils souhaitent. Les propositions viendront très vite… Idriss Déby les traitera à son rythme. De la sorte il pacifie la rue et les réseaux sociaux tchadiens. Il calme le jeu et s’assure presque une campagne électorale apaisée.

Haro sur la vielle opposition

Le duo formé par  Slibad (le vieux sage rusé) et Piel (le jeune perdu dans une planète lointaine) dans l’œuvre animée de René Lalou, Les Maîtres du temps, est à mes yeux la parfaite illustration de cet attelage qui, si Déby le souhaite, sera celui qui animera la vie politique tchadienne des prochaines années. Car à l’instar de mon Amine Idriss, je pense qu’en accordant cet entretien aux trois représentants des Transformateurs ce mardi, Idriss Déby Itno a tiré un trait sur la vielle opposition (Kebzabo, Yorongar, Laoukein, etc.). En ayant cet acte magnanime, il joue son rôle, celui qui prépare l’avenir de son propre camp. Non pas que Succès Masra soit son successeur, mais par cette entreprise politique savamment menée, il alerte ses troupes sur l’impérieuse nécessité de s’organiser, de faire ressortir certaines (nouvelles) individualités afin d’endiguer toutes velléités d’oppositions sérieuses.

Loin de la rhétorique politicarde (restons constants dans notre analyse), Succès Masra peut être satisfait d’une certaine manière au sortir de cet entretien. Il gagne enfin cette respectabilité, cette reconnaissance qu’il recherchait depuis son entrée sur la scène politico-associative tchadienne en 2018. Grace à ce « seing » présidentiel, il peut se targuer aujourd’hui de représenter cette nouvelle génération de Tchadiens en politique. Mais le « Tea Time Break » de ce mardi peut également coûter cher à Succès Masra dans son propre camp. Au sein d’une grande partie de cette équipe hétéroclite « gagnée ces derniers temps par la lassitude », cette visite passe très mal et n’est pas appréciée par tous… elle serait même perçue comme une sorte de trahison vis-à-vis des engagements et du sacrifice de beaucoup de sympathisants.

Chérif Adoudou Artine