Le Mandoul a accueilli IDI

Entre campagnes politiques, opérations citoyennes et propositions institutionnelles, voici le journal de campagne du 31 mars 2021.

Même cadre. Mêmes slogans. Même ferveur. Même mobilisation. Le meeting d’Idriss Déby Itno, candidat du consensus, tenu ce mercredi 31 mars 2021 n’a pas dérogé aux restes des rencontres de campagne depuis ce fameux samedi 13 mars, date du lancement des activités de mobilisation et de sensibilisation pour IDI. Sous les vivats de la population de la province du Mandoul, à Koumra, les aficionados du Président de la République ont rappelé à ceux qui en doutaient que le MPS et ses partis alliés iraient remporter cette victoire sans coup férir.

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et Pendant ce temps…

Un lettre de mauvais aloi

Les débats sur les réseaux portaient (en parallèle à la campagne électorale) sur ce fameux (et fumeux ?) courrier de mauvais aloi envoyé par Succès Masra au Président de la République en début de semaine. Cette missive était accompagnée de cinq propositions pour ouvrir un dialogue inclusif et mettant ainsi fin au processus électoral en cours. Au-delà de la teneur et du ton, qui ont fait jaser bon nombre d’observateurs, c’est le calendrier proposé par Succès Masra et ses amis qui a posé question. Figurez-vous que ces derniers souhaitent « entamer un dialogue inclusif, modifier la constitution (ou du moins revenir à celle de 1996), écrire un nouveau code électoral et organiser une nouvelle élection présidentielle… » tout ça pour le mois de juin 2021. Le momentum de ces propositions en a fait sourire plus d’un, tout simplement car elle ne sont pas réalistes et réalisables en un laps de temps si court.

Voici une des explications apportées par un utilisateur de Facebook

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Le taux de participation, encore et toujours.

La veille, Mahamat-Zene Bada, Directeur national de la campagne du candidat Idriss Déby Itno (et Secrétaire Général du MPS), a fait sa part du job à Doba (province du Logone oriental). Comme une chanson lancinante, mais utile dans le présent cas de figure, aidé de son spécimen format A0 il a rappelé aux personnes présentes dans le stade du chef-lieu de la province  »comment voter ».

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PPA dans le Bahr el-Ghazal

Pahimi Padacket Albert (RNDT – Le Réveil), qui à l’exception d’Idriss Déby Itno, semble être le seul candidat avec du coffre, a tenu meeting à Moussoro (province du Bahr el-Ghazal) ce mercredi 31 mars 2021. L’ancien Premier ministre a promis entre autres le bitumage de la route Massakory – Moussoro.

Le droit de vote

Des actions citoyennes ont été initiées pour appeler les Tchadiens à exercer leur droit civique, à l’instar de celle de la FESET (Fédération syndicale des employés du Tchad). Aremadji Nangadoum Tamar, secrétaire général de la FESET a tenu à rappeler ce mardi 30 mars : « Chaque Tchadien qui aime son pays doit aller voter. Voyons ensemble la nation mais non pas les individus et les partis (…) Ce qui est important, cherchons la paix dans l’harmonie et le vivre-ensemble“

La plateforme ’Le Tchad d’Abord’, dirigée par Mahamat Saleh Moussa (ancien maire du 5ème arrondissement de N’Djaména) a aussi lancé une opération de communication citoyenne « Je suis citoyen, j’ai retiré ma carte pour voter. Et toi? ». « L’objectif est l’éveil de conscience des citoyens tchadiens à retirer les cartes d’électeur et voter pour le candidat de leur choix à la présidentielle du 11 avril prochain » explique la plateforme.

Il reste neuf jours avant la clôture de la campagne électorale, une campagne qui n’aura jamais démarré pour les cinq autres candidats engagés dans cette compétition.

Chérif Adoudou Artine

 

IDI calme le jeu

La nouvelle a eu certainement l’effet escompté. Celui de la surprise. Le Président de la République a reçu ce mardi 16 mars un des opposants les plus actifs de la scène politico-associative tchadienne, Succès Masra. Que peut-on tirer comme leçons de cette rencontre ? Voici le journal de campagne du 16 mars 2021.

Aussi surprenante soit-elle, la rencontre de ce mardi 16 mars dans l’après-midi entre le Président de la République, Idriss Déby Itno et Succès Masra est un signal positif pour la vie politique tchadienne et un pas de plus vers la normalisation des relations entre les différents acteurs politiques tchadiens.

Oui surprenante ! Il y a juste 15 jours, Succès Masra demandait à corps et à cris «la démission » d’un Président « devenu comme fou ». Et ce même Président n’accordait (selon les dires) aucun crédit ni estime au mouvement des Transformateurs.

Mais la tectonique politique étant ce qu’elle est, les lignes ont vite bougé.

Le maître du temps

Sans rentrer dans cette rhétorique politicarde qui pose la question de savoir à qui profite la rencontre, je retiens qu’Idriss Déby Itno est le maître des horloges. Il dicte son timing…et par la même occasion le rythme auquel les choses évolueront (ou non). C’est en mars 2021, en plein campagne électorale, alors que la Cours suprême a mis hors-jeu Succès Masra et les Transformateurs et qu’il s’apprête à enquiller un sixième plébiscite à l’élection présidentielle qu’Idriss Déby Itno daigne répondre favorablement à une demande d’audience formulée depuis 2019.

Le candidat de l’Alliance du consensus est conscient que le temps est précieux en cette année électorale. Il a donc logiquement proposé à ces invités de lui soumettre par écrit leur exigences quant au dialogue inclusif qu’ils souhaitent. Les propositions viendront très vite… Idriss Déby les traitera à son rythme. De la sorte il pacifie la rue et les réseaux sociaux tchadiens. Il calme le jeu et s’assure presque une campagne électorale apaisée.

Haro sur la vielle opposition

Le duo formé par  Slibad (le vieux sage rusé) et Piel (le jeune perdu dans une planète lointaine) dans l’œuvre animée de René Lalou, Les Maîtres du temps, est à mes yeux la parfaite illustration de cet attelage qui, si Déby le souhaite, sera celui qui animera la vie politique tchadienne des prochaines années. Car à l’instar de mon Amine Idriss, je pense qu’en accordant cet entretien aux trois représentants des Transformateurs ce mardi, Idriss Déby Itno a tiré un trait sur la vielle opposition (Kebzabo, Yorongar, Laoukein, etc.). En ayant cet acte magnanime, il joue son rôle, celui qui prépare l’avenir de son propre camp. Non pas que Succès Masra soit son successeur, mais par cette entreprise politique savamment menée, il alerte ses troupes sur l’impérieuse nécessité de s’organiser, de faire ressortir certaines (nouvelles) individualités afin d’endiguer toutes velléités d’oppositions sérieuses.

Loin de la rhétorique politicarde (restons constants dans notre analyse), Succès Masra peut être satisfait d’une certaine manière au sortir de cet entretien. Il gagne enfin cette respectabilité, cette reconnaissance qu’il recherchait depuis son entrée sur la scène politico-associative tchadienne en 2018. Grace à ce « seing » présidentiel, il peut se targuer aujourd’hui de représenter cette nouvelle génération de Tchadiens en politique. Mais le « Tea Time Break » de ce mardi peut également coûter cher à Succès Masra dans son propre camp. Au sein d’une grande partie de cette équipe hétéroclite « gagnée ces derniers temps par la lassitude », cette visite passe très mal et n’est pas appréciée par tous… elle serait même perçue comme une sorte de trahison vis-à-vis des engagements et du sacrifice de beaucoup de sympathisants.

Chérif Adoudou Artine

Brice Mbaïmon : de l’enseignement à la politique, il n’y a qu’un pas

Portrait de campagne 1/10
Ils étaient 10 sur la ligne de départ. Ils ne sont plus que 6 officiellement encore en lice pour l’élection présidentielle 2021.
cherifadoudou.com vous les présente...

Brice Mbaïmon Guedmbaye, de l’enseignement à la politique, il n’y a qu’un pas.

Le candidat du MPTR (Mouvement des patriotes tchadiens pour la République) s’est construit une certaine notoriété dans landernau politique tchadien. Brice Mbaïmon Guedmbaye était déjà candidat à une élection présidentielle il y a 5 ans. Il avait défrayé la chronique en claquant la porte du FONAC (le Front de l’opposition nouvelle pour l’alternance et le changement), le 03 août 2016 précisément, à quelques jours de l’investiture d’Idriss Déby Itno. Si certains l’ont accusé de s’adonner à des calculs politiques pour avoir les faveurs d’IDI, Brice Mbaïmon Guedmbaye s’est toujours défendu de cela : « Vous savez, nous avons accepté de siéger au FONAC pour des raisons de lutte commune. Mais, subitement, le premier coup de massue  que nous avons reçu, c’est de la CPDC, dont le porte-parole a changé le sens d’idées pour s’attaquer à ma personne. (…) Comme nous ne remarquons rien comme réaction des membres de la CPDC, qui sont aussi du FONAC, le MPTR et moi- même décidons à partir de ce jour de mettre momentanément en veilleuse  notre participation à ce regroupement » expliquait-il à l’époque, faisant montre de son tempérament et de son esprit d’indépendance lors de cet épisode.

Pour rappel le FONAC était une coalition de partis politiques qui s’opposait à la réélection d’Idriss Déby Itno en 2016…jusqu’à menacer de composer son propre gouvernement.

« L’espace médiatique pris d’assaut »

Le temps a passé, mais ce natif de Moundou semble toujours avoir autant de tempérament. Après juste 48 heures de campagne électorale, cet enseignant de carrière a suspendu la sienne (de campagne électorale) car il estime que la CENI (Commission électorale nationale indépendante) est laxiste en ce qui concerne les règles sur la présence médiatique des différents candidats. Il se plaint de  ‘’la prise d’assaut par le parti au pouvoir et ses alliés’’ des espaces d’affichage et exige en sus que ‘’tous les candidats (ndlr : bénéficient) d’une couverture sécuritaire, au même titre que le candidat Idriss Déby Itno (…) et que la CENI rétablisse l’équilibre de la parité majorité-opposition actuellement dominée par les membres du MPS et ses alliés.’’ Il est toujours dans l’attente d’une réponse à ses exigences.

Enseignant chevronné et politicien de conviction

Brice Mbaïmon Guedmbaye,  né le 13 novembre 1976, est professeur de Français, titulaire d’une Maîtrise en Lettres comparées de l’Université Léopold Sedar Senghor d’Alexandrie en Égypte. C’est dans cette même université de la deuxième ville d’Égypte que Brice Mbaïmon a obtenu un Master en Gestion du système éducatif (2017).

Actuellement Chef de Division des évaluations et de l’orientation scolaire à la Délégation régionale de l’éducation nationale pour la commune de N’Djamena, le candidat du MPTR peut se targuer d’une belle expérience du système éducatif tchadien : Professeur suppléant chargé de cours au Collège Notre Dame de Moundou, Professeur de français aux collèges Mixte Solidarité de Diguel Est, etc. L’homme bénéficie selon certains d’une bonne cote de popularité auprès des jeunes. Un atout politique indéniable dans un pays dominé démographiquement par les générations Y et Z.

Sur sa place en politique, un journal tchadien le décrit comme un homme de conviction : « L’engagement politique du président fondateur du MPTR ne date pas d’aujourd’hui. Considéré comme faisant partie de la « vraie opposition », Brice Mbaïmon Guedmbaye était d’abord Secrétaire général du Parti Social-Démocrate Tchadien (PSDT) avant de créer son propre parti, le MPTR. Aussi, en matière de leadership, Brice Mbaïmon Guedmbaye s’est distingué depuis sa jeunesse où il a dirigé plusieurs associations. Il a été notamment président de la Chambre des délégués des étudiants tchadiens au sein de l’Union nationale des étudiants tchadiens (UNET), Coordonnateur de la Jeunesse étudiante chrétienne (JEC) et  président de l’Amical des élèves et étudiants du Logone occidental (AEELOG). »

Alors que les choses sérieuses ne font que commencer dans cette joute électorale présidentielle, ce mari et père de six enfants, s’est déclassé lui-même en suspendant sa campagne. Une manière détournée pour faire entendre sa voix et faire parler de lui ?

Chérif Adoudou Artine 

Tout commence par des boycottes

Journal de campagne / J1&2

Officiellement lancée ce jeudi 11 mars, la campagne électorale pour la présidentielle du 11 avril 2021 a été précédée par une actualité très dense qui aura laissé très peu de place aux débats…

Nous y sommes ! La campagne électorale en vue de l’élection présidentielle du 11 avril 2021 a été officiellement lancée ce jeudi 11 mars. Elle durera un mois, pour se clôturer donc le 09 avril.

Le chronogramme du processus électoral de la CENI (Commission électorale nationale indépendante) programme (fort logiquement) un second tour éventuel le 23 mai. La campagne préparatoire à cette finale est prévue entre le 16 et le 21 mai 2021.

Les semaines qui ont précédé cette campagne électorale du 1er tour ont été quelque peu mouvementées. Entre les évènements tragiques du 28 février, les tentatives désespérées de Succès Masra pour participer à la course présidentielle, les retraits en dernière minute de trois candidats (+ un autre ce vendredi 12 mars) ou encore ces lancinantes menaces de grèves (suivies de grèves) lancées par les cellules syndicales, l’actualité liée directement ou indirectement à cette consultation a été dense… ne laissant que très peu de place au débats de rigueur pour une telle période.

Est-ce à dire que nous nous apprêtons à vivre une campagne creuse, sans fond, sans propositions, sans vision ?

A l’exception du candidat de l’Alliance du consensus (MPS et partis alliés), Idriss Déby Itno, qui propose un programme politique  qui s’appuie sur 70 engagements, ailleurs c’est le grand vide. Même cette fameuse UNDR, présentée par d’aucuns comme le parti politique ‘’de la pensée’’ et même si son candidat s’est retiré, n’a rien proposé sur le fond. Rien qui puisse ouvrir la voie au moindre débat. Le cheval de bataille du parti orange demeure la diatribe ad hominem sur la personne d’Idriss Déby Itno. Un peu léger tout cela.

Un boulevard…

Ce manque de propositions concrètes est peut-être la réelle cause du boycotte de Saleh Kebzabo. Cette stratégie de la chaise vide est pour beaucoup un mystère. A quoi sert-elle, si ce n’est à laisser un boulevard au Président de la République sortant pour sa réélection ?

Le boycotte est utile lorsqu’il entraîne une série d’évènements en chaine (souvent négatifs aux dépens de la personne, du groupe ou du parti politique ciblé). Quand, par exemple, H&M ridiculise un enfant noir dans une de ses publicités, les consommateurs boycottent cette enseigne pour qu’un coût (coup) économique se fasse sentir dans les bilans de cette dernière. Quand une puissance sportive telle que les États-Unis d’Amérique boycottent des olympiades, la qualité du spectacle et la valeur des médailles remportées par les autres sont amoindries. Suivant cette logique, Saleh Kebzabo et ses 12,77% (473 074 personnes) de voix de préférence réalisés lors de la dernière présidentielle sont quantité négligeable en rapport au corps électoral de 2021 (composé de 7 288 203 personnes). Car même si son électorat dans sa totalité décidait de le suivre en ne participant pas au vote du 11 avril, cela ne pèserait pas bien lourd dans le résultat final, ni même dans le taux de participation. Ce boycotte n’est rien d’autre qu’une fuite en avant. Un refus de descendre dans l’arène lors des joutes électorales !

Ils se mettent hors-jeu

Mme Lydie Beassoumda (PDI), Pahimi Padacké Albert (RNDT – Le Réveil), Romdoumgar Nialbe Felix (URD), Alladoum Baltazar Djarma (ASTRE),Brice Guedmbaye (Candidat du MPTR) – qui a suspendu sa campagne électorale car il n’est pas en phase avec la chronologie des présence médiatiques proposée par a CENI – et Idriss Déby Itno (Candidat de l’Alliance) honorent le scrutin présidentiel (plus largement le processus électoral dans son ensemble) et par la même occasion les électeurs tchadiens.

Ces 6 candidats donnent corps à un chronogramme qui, au-delà de l’échéance présidentielle, nous conduira à des élections législatives que les Tchadiens attendent depuis 2015 (les dernières consultations de la sorte datant de 2011). Le 08 septembre prochain, une sorte de clap de départ sera donné pour les élections de nos députés avec la convocation du corps électoral. Du 02 au 22 octobre 2021 les candidats mèneront campagne et enfin le 24 octobre se tiendra le scrutin législatif à un tour.

Lorsqu’il s’agira de se positionner pour ces consultations d’octobre, quelles seront les positions respectives des quatre non-partants d’avril ?

Saleh Kebzabo sera-t-il toujours aussi irascible ? Théophile Bongoro (avec l’Alliance victoire ou avec le PRET), Ngarledji Yorongar (avec le FAR) et Madjitoloum Yombombe Theophile (UTPC) présenteront ils des candidats ?

En balayant d’un revers de bras le processus électoral en cours avec ces boycottes de la présidentielle, UNDR, Alliance Victoire, FAR et UTPC se mettent de facto eux-mêmes hors-jeu lorsqu’il s’agira de désigner les représentants du peuple à l’Assemblée nationale à l’automne prochain. La cohérence des positions en politique est chose capitale… qu’en sera-t-il pour ces trois dans six mois ?

Chérif Adoudou Artine

 

L’affaire Yaya Dillo « relève du cadre juridique » selon le MAE

Le ministère des Affaires étrangères a transmis ce lundi 1er mars un communiqué aux missions diplomatiques et aux ONG installées au Tchad. L’objectif étant « d’informer sur la situation qui prévaut dans notre capitale » depuis le 28 février 2021 suite à l’affaire Yaya Dillo. Voici les faits décrits par la missive officielle.

24 heures après le communiqué du ministère de la Communication, Porte-parole du gouvernement sur l’affaire Yaya Dillo qui secoue la ville de N’Djaména depuis ce dimanche 28 février 2021, c’est au tour de celui des Affaires étrangères d’en publier un autre… adressé aux chancelleries étrangères et aux ONG installées au Tchad. Ce document relate la version des faits du gouvernement et remonte aux mois de  mai 2020 et de novembre 2020 : «(…)  depuis quelques jours, les autorités judiciaires sont confrontées à une rébellion de Monsieur Yaya Dillo, qui a refusé d’obtempérer aux injonctions de la police venue lui présenter un mandat d’amener. (…) pour avoir refusé de répondre à une convocation de la police judiciaire suite à deux plaintes déposées contre  lui : refus de restituer trois véhicules de service après avoir quitté ses fonctions de représentant  de  la C EMAC et diffamation et insulte à l’égard de l’épouse du Chef de l’Etat »

Ce samedi 27 février 2021 donc, Yaya Dillo Djerou Betchi, qui avait déposé son dossier de candidature pour l’élection présidentielle du 11 avril prochain sous les couleurs du Parti socialiste sans frontière (PSF), avait publié sur sa page Facebook qu’il avait été attaqué par des hommes armés. Le lendemain, il annonçait sur les coups de 5 heures du matin que sa mère et des membres de sa famille ont été tués suite à un assaut de militaires de la DGSSIE.

La version du ministère des Affaires étrangères diffère en tout point de celle décrite par l’ancien Conseiller chargé de mission du Président Idriss Déby Itno entre 2011 et 2016. Voici ce que précise le communiqué après avoir apporté quelques éléments sur une soustraction  à la justice que le ministère qualifie de volontaire (« il s’est alors réfugié dans sa région natale à ]a frontière tchado- soudanaise ») depuis plusieurs  mois : « le 27 février au matin, un mandat d’amener lui a été présenté par la Police, qui a localisé son refuge. Monsieur Yaya Dillo, entouré de cinq (05) hommes armés  de  fusils  de guerre, s’est montré hostile et menaçant. il a alors refusé de déposer les armes et de se laisser interpeler. (…) Face à cette résistance, les officiers de la Police Judiciaire ont jugé utile d’ interrompre leur mission et de quitter les lieux afin de rendre compte à leur hiérarchie. »

Sur la mort de la mère de Yaya Dillo, « une enquête établira les faits »

Le récit du ministère des Affaires étrangères se poursuit : «(…) les autorités judiciaires ont alors instruit la Police de tout faire pour  que  cesse  ce qui  était devenu  une  rébellion  armée  de  fait  dans  la  capitale,  d’autant  plus  que  plusieurs  personnes avaient pu être identifiées dans l’endroit de résidence de Monsieur Yaya Dillo comme détenant  des armes de guerre et déterminés à s’en servir. »

C’est ainsi qu’on en arrive à cette funeste matinée du 28 février 2021 : « Avec des moyens conséquents, les forces de  l’ordre  se  sont  à nouveau présentées au lieu de résidence de Monsieur Yaya Dillo afin de faire  cesser  cette  rébellion armée et de le soumettre à la loi. A l’arrivée des forces de l’ordre le 28 février au matin,  Monsieur  Yaya  Dillo  a  directement ouvert le feu, blessant trois agents des forces de l’ordre,  tout en se  protégeant derrière  le rempart des membres civils de sa famille. Un tir de l’intérieur visant les forces de l’ordre a mortellement atteint la mère de Yaya Dillo. Une enquête établira les faits. Faisant cesser les tirs, les forces de l’ordre se sont retirées. Tous les blessés ont été évacués à l’hôpital. A fin de permettre une reddition sans violence, une médiation a été initiée pendant plusieurs heures avec Monsieur Yaya Dillo qui a finalement refusé de se rendre. »

Le communiqué précis aussi que dans la cohue qui s’est en est suivie « les policiers ont laissé partir plusieurs civils qui fuyaient afin de ne pas faire d’autres victimes collatérales. Monsieur Yaya Dillo s’est alors probablement échappé profitant de se cacher parmi eux. A l’heure, actuelle il n’est plus localisé et a déclaré sur les réseaux sociaux s’être caché ailleurs. »

Cette note du ministère des Affaires étrangères assure par ailleurs que « le Gouvernement tchadien ne peut laisser perdurer cette situation insurrectionnelle menée par un récidiviste qui refuse d’obéir aux lois en vigueur, défie les forces de l’ordre et cherche, vis-à-vis de la communauté et la presse nationales et internationales à légitimer sa situation en se présentant faussement comme une victime et  à provoquer des troubles graves. »

Le communiqué se conclut en regrettant l’instrumentalisation de cette affaire  « par certains acteurs politiques et ceux de la société civile » tout en signifiant qu’elle « relève purement du cadre judiciaire ».

Chérif Adoudou Artine

Les petits candidats : pourquoi y vont-ils ?

Autant le nombre pléthorique de candidatures lors de la consultation électorale présidentielle de 1996 est compréhensible, autant celui (qui n’est pas encore très élevé) de cette année interroge sur le bien fondé de la démarche des « petits ». Pourquoi y vont-ils ?

En 1996, nous avions vu quinze candidats postuler pour l’élection présidentielle. La grande messe qu’a été la Conférence nationale souveraine, les espoirs nés d’une démocratisation avançant à pas de charge et la nouveauté justifiaient en grande partie l’engouement rencontré.

Cinq en plus tard, en 2001, ce sont sept Tchadiens qui ont souhaité accéder à la magistrature suprême.

2006, cinq candidatures (les partis de l’opposition avaient décidé de boycotter l’élection).

2011, la ferveur étant retombée, conjuguée à  un nouveau boycotte des leaders de l’opposition… les électeurs tchadiens n’ont eu le choix qu’entre trois candidats. Idriss Déby Itno (MPS – Mouvement patriotique du salut), Payimi Padacké Albert (RNDT – Rassemblement national des démocrates tchadiens) et Madou Nadji de l’ASRI (Alliance socialiste pour un renouveau intégrale).

Lors de la dernière consultation, 2016, un regain d’intérêt pour cette élection capitale a vu à nouveau le jour avec treize postulants.

Revenons en 2021, combien sont-ils en ce mardi 23 février à avoir émis officiellement le souhait de présider aux destinées du Tchad ?

Le premier d’entre-eux à s’être manifesté est Roumadoungar Félix Nialbé de l’URD (Union pour le renouveau et la démocratie)… depuis, dix autres acteurs politiques ont décidé de s’attaquer à la citadelle rose. S’y attaquer par voie de vote s’entend.

Avant de parler de leurs chances de victoire respectives, parlons de leurs chances de se présenter.

Être investit par son parti ou sa coalition politique  est une chose. Devenir un candidat officiel reconnu par la CENI en est une autre. Ils ne seront pas tous sur la ligne de départ le 11 mars prochain, date officielle du début de la campagne électorale, car il y a des conditions drastiques à respecter. Il faudra passer l’étape Cours Suprême qui en a fait tomber plus d’un, dont le plus illustre est le candidat fédéraliste Yorongar Nguarleji en 2016.

Ces conditions, drastiques donc, sont reprises dans le code électorale du 22 juillet 2019 – loi 033 (des modifications lui ont été apportées à travers la loi 045).

Vous pouvez consulter ce code électoral ici.

Les articles qui définissent les conditions d’éligibilité sont ceux du chapitre II allant de 111 à 113 et du chapitre III allant de 178 à 186.

On constate, en autres, qu’il faut :

Déposer une caution de 10 millions de francs (remboursable uniquement si le candidat obtient 10% des suffrages exprimés lors de l’élection)

Les candidatures doivent être déposées au moins 40 jours avant la date du scrutin. Dans le cas de figure actuel, cela nous donne le dimanche 28 février 2021 comme date butoir.

Le candidat doit résider au Tchad depuis au moins cinq ans

Être Tchadien de père et de mère et ne pas jouir d’une autre nationalité.

La question que je me pose et à laquelle je n’ai pas trouvé de réponse est ‘’faut-il ne jamais avoir eu d’autre nationalité ou alors on peut tout simplement renoncer à son autre nationalité pour être qualifié à la candidature ?’’. Je poserai la question à Kébir Mahamat Abdoulaye.

Un candidat indépendant doit présenter 40 000 (quarante mille) signatures de détenteurs de cartes d’électeurs pour espérer être qualifié.

Qu’en est-il des chances des candidats en lice s’ils parviennent à passer l’étape Cours suprême ?

Ils sont pour l’instant onze à s’être déclarés, onze que l’on peut répartir en quatre catégories :

A. Les DNS (Did no start) pour emprunter au vocabulaire du sport. Ceux qui ne se présenteront pas au final.

Brice Mbaïmon Guedmbaye

Balthazar Aladoum Djarma

Mahamoud Ali Mahamoud

Mahamat Adoum

Yaya Dillo Djérou

B. Les outsiders. Même si ici nous aurons des DNF (Did no finish), ceux qui se désisteront après s’être lancés.

Félix Nialbé

Beassemda Lydie

Théophile Bongoro

Pahimi Padaké Albert

C. Le challenger

Saleh Kebzabo

D. Le favori

Idriss Déby Itno

Pourquoi est-ce que les catégories A et B se présentent, sachant que leurs chances de victoire sont quasi inexistantes ?

Les candidatures de ceux que l’on appelle ‘’les petits candidats’’ sont utiles au jeu démocratique. Au-delà de la fraicheur certaine qu’elles insufflent aux joutes électorales, elles confortent la démocratie dans ce qu’elle a de pluraliste.

Exister sur l’échiquier politique

Autre avantage pour les petits partis ? Un grand quotidien régional français avait posé la question au chercheur Bruno Cautrès du CEVIPOF (Centre de recherches politiques de Sciences Po – Paris) : «Certains petits candidats veulent se visibiliser (ndlr : durant cette période qui donne la chance à tous les candidats de parler à la télévision). Cela incite effectivement des petits mouvements politiques, des petits candidats à vouloir percer le mur de l’anonymat et vouloir profiter du tremplin de l’élection présidentielle. Parfois, à leurs dépens et à leurs risques et périls. » (…) si le candidat n’atteint pas « les 5 % lui permettant d’être remboursé de ses frais de campagne. Ce fut le cas de Philipe de Villiers, qui y a laissé une partie de sa fortune personnelle. C’est toujours dangereux pour un petit candidat qui arriverait à récolter les 500 signatures de ne pas avoir l’appui d’un grand parti politique derrière.»

Chérif Adoudou Artine