Qui sera le prochain ministre des TIC au Tchad ? La personnalité qui succèdera  à Mme Alix Naimbaye devra comprendre les codes et les enjeux de l’économie numérique et les appliquer dans un contexte difficile, tant sociologiquement que structurellement. Elle devra avoir le #mindset approprié.

La ministre en charge des Postes et des Nouvelles technologies de l’information et de la communication a été limogée ce vendredi 11 janvier 2019. Le fauteuil est par conséquent vacant. Le (la) prochain(e) ministre devra dépoussiérer ce département. Oui dépoussiérer, déjà ! Car malgré son jeune âge (dans son intitulé actuelle et sa fonction novatrice), ce ministère traine avec lui une grande partie de ce que le Tchad compte d’anachronismes. Créé à l’occasion du remaniement du 21 janvier 2013, le ministère aura connu trois ministres. Le premier d’entre eux a été Daoussa Déby. Il y a eu ensuite Mahamat Louani Goadi et Mahamat Allahou Taher. Mme Madeleine Alingué, actuellement sur le strapontin de la Culture, a assuré la fonction jusqu’au 8 mai 2018. Mme Alixe Naïmbaye étant la dernière occupante de la fonction. On attend le (la) suivant(e)…

Le ministère des Postes et des Nouvelles technologies de l’information et de la communication doit se dépoussiérer. Tout d’abord il doit se débarrasser de son appellation surannée. Pourquoi en 2018 parle-t-on encore de ‘’nouvelles’’ technologies de l’information et de la communication ? Elles étaient nouvelles il y a 15 ans. Le monde aujourd’hui utilise l’acronyme TIC en Français ou les initiales IT en Anglais. Tout simplement parce que ces technologies font partie intégrante de notre quotidien. En l’état, son intitulé n’exige rien de lui. C’est le ministère des Postes. C’est le ministère des NTIC. C’est peu être ça la cause de cet immobilisme de façade : un état d’esprit.

Un état d’esprit

Ce département de l’exécutif qui a hébergé depuis 6 ans cinq ministres doit ensuite transformer La Poste, ou ce qu’il en reste. Transformer cette institution ‘’argentivore’’ que nous traînons comme un boulet accroché à la cheville du condamné. Ailleurs dans le monde, les postes sont des entreprises innovantes et prospères. Elle se sont adaptées aux mutation de l’économie. Que dis-je, des économies qui l’entourent. Elles scrutent la libéralisation des secteurs d’activité et les investissent. Les voilà qui deviennent des VMO en téléphonie, des banques de dépôt…tout en gardant et en adaptant à l’ère du numérique leur cœur de métier.

Maîtrisez les enjeux de l’économie numérique

Au Rwanda, au Mali, au Niger, au Bénin ou encore au Gabon pour ne citer que ceux la, ce département est appelé ministère de l’économie numérique. C’est tellement plus smart, tellement plus explicite. Car ne nous trompons pas, l’économie numérique n’est pas juste la vente de connexions Internet et de communications téléphoniques comme pourraient le faire croire les actions très limitées de nos instances dirigeantes. Selon une définition de l’ACSEL (Association pour le commerce et les services en ligne), ‘’L’économie numérique comprend le secteur des télécommunications, de l’audiovisuel, du logiciel, de l’Internet et les secteurs qui les utilisent en tant que cœur ou support de leur activité. Toutes les activités qui utilisent un support numérique sont donc concernées. L’économie numérique résulte de l’interaction d’un grand nombre d’intervenants. Il s’agit d’un système intégré où la tâche de chacun participe au système global.’’ Le champ d’application de cette économie (scindée en deux secteurs : les servies TIC et les industries TIC) est donc quasi infini. « « La numérisation, qui permet de très forts gains de productivité dans le stockage, le traitement et la transmission d’informations (…) se traduit par un développement très rapide avec moins d’intermédiation’’ explique un article du site spécialisé frenchweb.fr citant l’étude ‘’Digital dividends’’ publié par le Banque mondiale en janvier 2016. Le poids moyen de l’économie numérique dans les pays de l’OCDE représentait en 2016, 6% du PIB. Ce qui, de prime abord, semble faible. Mais, toujours selon Frenchweb : ‘‘ (…) Si l’on arrive à évaluer la pénétration d’Internet, on ne mesure pas encore les bénéfices indirects du digital, que les auteurs de l’étude appellent les « dividendes digitaux ». Ces externalités positives existent pourtant. Du numérique découle par exemple : le gain de temps, une meilleure expérience-client, un accès à un savoir plus large. Ces bénéfices sont difficiles à quantifier.’’

Des obstacles

Le succès rwandais, plus proche que nous de part son histoire récente, dans les TIC le rapproche des données citées en infra. Sans vouloir tomber dans la caricature, nous devons calquer nos politiques de développement de l’économie numérique sur celles appliquées depuis une décennie par le pays des milles collines.

En ce qui concerne le Tchad, le chantier est énorme. Cela semble même infaisable vue l’état de délabrement des structures d’Etat. Une approche trop théorique serait un échec car le projet sera confronté de nombreuses pierres d’achoppement.

Des obstacles sociologiques tout d’abord :

  • Les Tchadiens, dans leur majorité, ne sont pas imprégnés de culture digitale ;
  • La peur de l’inconnue si ces technologies (nouvelles pour le coup) ne sont pas apportées de manière appropriée ;
  • Les niveaux d’éducation disparates – il y a les citadins et les ruraux, les diplômés du supérieur, les semi-lettrés/illettrés – qui compliqueraient (mais ce n’est pas rédhibitoire pour son développement) l’action en amont qui est celle du plaidoyer auprès de la population.

Des obstacles structurels et humains ensuite :

  • Le Tchad part de zéro, les préalables au développement de l’économie numérique sont inexistants ;
  • Les intérêts particuliers et la corruption qui freinent les prises de décision qui à terme profiteront à tous.

Une approche trop technique serait donc suicidaire. Optons alors pour une approche plus pratique avec comme cible principale l’utilisateur le moins enclin actuellement à utiliser les TIC. Car l’objectif finale n’est pas seulement de se doter d’infrastructures, mais que le maximum de Tchadiens puisse les utiliser et en profiter. De plus l’’expérience nous montre que l’adaptation aux outils connectés est très rapide. Parallèlement à cela, l’enseignement fondamental devra être le laboratoire par excellence pour les TIC. Ces deux approches ne signifient pas que les autres pans de l’économie traditionnelle doivent être oubliés.

Cette approche est basée sur le long terme. Travailler sur au moins une décennie pour bénéficier des premières retombées.

L’économie numérique est un état d’esprit et sa gestion au sein de l’exécutif ne peut pas, ne doit pas être confiée à un politique pur jus. Mais plutôt a un profile de personne agile qui connaît ses codes, qui les comprend, les décrypte et les appliquent en fonction de ses réalités de terrain. Une personne avec une stratégie à long terme en somme !

Chérif Adoudou Artine, leader numérique autoproclamé

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