Tout commence par des boycottes

Journal de campagne / J1&2

Officiellement lancée ce jeudi 11 mars, la campagne électorale pour la présidentielle du 11 avril 2021 a été précédée par une actualité très dense qui aura laissé très peu de place aux débats…

Nous y sommes ! La campagne électorale en vue de l’élection présidentielle du 11 avril 2021 a été officiellement lancée ce jeudi 11 mars. Elle durera un mois, pour se clôturer donc le 09 avril.

Le chronogramme du processus électoral de la CENI (Commission électorale nationale indépendante) programme (fort logiquement) un second tour éventuel le 23 mai. La campagne préparatoire à cette finale est prévue entre le 16 et le 21 mai 2021.

Les semaines qui ont précédé cette campagne électorale du 1er tour ont été quelque peu mouvementées. Entre les évènements tragiques du 28 février, les tentatives désespérées de Succès Masra pour participer à la course présidentielle, les retraits en dernière minute de trois candidats (+ un autre ce vendredi 12 mars) ou encore ces lancinantes menaces de grèves (suivies de grèves) lancées par les cellules syndicales, l’actualité liée directement ou indirectement à cette consultation a été dense… ne laissant que très peu de place au débats de rigueur pour une telle période.

Est-ce à dire que nous nous apprêtons à vivre une campagne creuse, sans fond, sans propositions, sans vision ?

A l’exception du candidat de l’Alliance du consensus (MPS et partis alliés), Idriss Déby Itno, qui propose un programme politique  qui s’appuie sur 70 engagements, ailleurs c’est le grand vide. Même cette fameuse UNDR, présentée par d’aucuns comme le parti politique ‘’de la pensée’’ et même si son candidat s’est retiré, n’a rien proposé sur le fond. Rien qui puisse ouvrir la voie au moindre débat. Le cheval de bataille du parti orange demeure la diatribe ad hominem sur la personne d’Idriss Déby Itno. Un peu léger tout cela.

Un boulevard…

Ce manque de propositions concrètes est peut-être la réelle cause du boycotte de Saleh Kebzabo. Cette stratégie de la chaise vide est pour beaucoup un mystère. A quoi sert-elle, si ce n’est à laisser un boulevard au Président de la République sortant pour sa réélection ?

Le boycotte est utile lorsqu’il entraîne une série d’évènements en chaine (souvent négatifs aux dépens de la personne, du groupe ou du parti politique ciblé). Quand, par exemple, H&M ridiculise un enfant noir dans une de ses publicités, les consommateurs boycottent cette enseigne pour qu’un coût (coup) économique se fasse sentir dans les bilans de cette dernière. Quand une puissance sportive telle que les États-Unis d’Amérique boycottent des olympiades, la qualité du spectacle et la valeur des médailles remportées par les autres sont amoindries. Suivant cette logique, Saleh Kebzabo et ses 12,77% (473 074 personnes) de voix de préférence réalisés lors de la dernière présidentielle sont quantité négligeable en rapport au corps électoral de 2021 (composé de 7 288 203 personnes). Car même si son électorat dans sa totalité décidait de le suivre en ne participant pas au vote du 11 avril, cela ne pèserait pas bien lourd dans le résultat final, ni même dans le taux de participation. Ce boycotte n’est rien d’autre qu’une fuite en avant. Un refus de descendre dans l’arène lors des joutes électorales !

Ils se mettent hors-jeu

Mme Lydie Beassoumda (PDI), Pahimi Padacké Albert (RNDT – Le Réveil), Romdoumgar Nialbe Felix (URD), Alladoum Baltazar Djarma (ASTRE),Brice Guedmbaye (Candidat du MPTR) – qui a suspendu sa campagne électorale car il n’est pas en phase avec la chronologie des présence médiatiques proposée par a CENI – et Idriss Déby Itno (Candidat de l’Alliance) honorent le scrutin présidentiel (plus largement le processus électoral dans son ensemble) et par la même occasion les électeurs tchadiens.

Ces 6 candidats donnent corps à un chronogramme qui, au-delà de l’échéance présidentielle, nous conduira à des élections législatives que les Tchadiens attendent depuis 2015 (les dernières consultations de la sorte datant de 2011). Le 08 septembre prochain, une sorte de clap de départ sera donné pour les élections de nos députés avec la convocation du corps électoral. Du 02 au 22 octobre 2021 les candidats mèneront campagne et enfin le 24 octobre se tiendra le scrutin législatif à un tour.

Lorsqu’il s’agira de se positionner pour ces consultations d’octobre, quelles seront les positions respectives des quatre non-partants d’avril ?

Saleh Kebzabo sera-t-il toujours aussi irascible ? Théophile Bongoro (avec l’Alliance victoire ou avec le PRET), Ngarledji Yorongar (avec le FAR) et Madjitoloum Yombombe Theophile (UTPC) présenteront ils des candidats ?

En balayant d’un revers de bras le processus électoral en cours avec ces boycottes de la présidentielle, UNDR, Alliance Victoire, FAR et UTPC se mettent de facto eux-mêmes hors-jeu lorsqu’il s’agira de désigner les représentants du peuple à l’Assemblée nationale à l’automne prochain. La cohérence des positions en politique est chose capitale… qu’en sera-t-il pour ces trois dans six mois ?

Chérif Adoudou Artine

 

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