Wanted !

La prolifération et la vulgarisation (disponibilité et prix) des outils de communication donnent lieu à une sur communication dans tous les domaines. Tordant le cou aux règles de bases, des alchimistes vendent de la visibilité et de la notoriété à coup de campagne Facebook. Sur le long terme et sans stratégie clairement définie, ces méthodes peuvent avoir un effet boomerang.

« Tchad, année Zéro » titrait comme un constat alarmant l’hebdomadaire Jeune Afrique en  février 1980, une année après le début des hostilités de ce que nous appelons aujourd’hui « La guerre des 9 mois ». Goukouny Weddey était alors, désemparé, à la tête d’un État exsangue. Je suis sûr que l’équivalent politique de cette notion de psychologie appelée « Le syndrome de l’imposteur » le rongeait. A vouloir le pouvoir pour le pouvoir sans aucun autre dessein, il s’est retrouvé avec ce jouet entre les mains sans savoir qu’en faire.

Quand je vois que notre actuel Président de la République nous informe via ses réseaux sociaux qu’il a passé un appel téléphonique à un de ses homologue, je suis tenté de penser à ce titre de Jeune Afrique d’il y a 40 ans : Tchad, année Zéro ?

Petite parenthèse : de l’inadéquation des campagnes de communication

Le silence est aussi une stratégie de communication. Lorsqu’il n’y a rien à dire, il ne faut rien dire. Loin de cette nouvelle manie tchadienne de sur communiquer (Al djadid chadid disaient mes parents quand je portais fièrement un nouveau vêtement). J’en veux pour preuve les calicots qui ont inondé la voie publique ces derniers jours dans le cadre d’une élection ou le corps électoral était composé d’à peine 50 personnes. Le scrutin fermé du COST a eu droit à une campagne populaire aux antipodes des canons du métier.  Les calicots (l’affichage extérieur grand format en général) étant des outils de communication de masse… Mais soit ! Passons !

Les 3L médiatiques

Communiquer sur un appel téléphonique lorsque celui relève d’une actualité brulante ou d’une situation d’une importance capitale, ce serait compréhensible. Mais parler à sa population d’un appel téléphonique des plus banals, c’est un excès de zèle que je qualifie de faute professionnelle de la part de ceux qui gèrent les RS de Mahamat Idriss Déby. Il faut savoir qu’une personnalité, qui qu’elle soit, est toujours soumise à la règle des 3 L médiatiques : Dans un premier temps on Lèche la nouvelle personnalité publique. Dans un second temps, on la Lâche (quand la période de grâce est passée). Pour enfin, dans un troisième temps, Lyncher médiatiquement cette même personne (quand les vents contraires se lèvent).

Après plus de six mois au pouvoir, Mahamat Idriss Déby a mangé son pain blanc médiatique vis-à-vis des observateurs sérieux de la vie publique tchadienne…, cette opinion qui maintenant veut des résultats ou du moins des avancées concrètes par rapport au chronogramme de la transition. Après la phase initiale du léchage de bottes, nous voilà à l’aune de la phase du lâchage par manque de résultats ou par volonté de certains de vouloir se replacer dans le jeu.

C’est donc dans cette période que les gens attendent beaucoup et qu’il faut par conséquent que les décideurs politiques s’expriment avec une certaine parcimonie et beaucoup de densité intellectuelle et formelle.

Féliciter Idriss Dokony pour son élection, se féliciter d’un appel téléphonique à l’Émir du Qatar (sans commentaire outre-mesure), etc. ne sont pas ce que j’appellerais des message denses. Bien au contraire. Nous sommes dans la légèreté caractérisée.

Plutôt que le verbiage, je préfère le silence dirait Confucius, dans son immense sagesse, s’il avait l’occasion de conseiller Mahamat Idriss Deby sur le sujet.

Ne sachant pas que dire, ne sachant peut-être pas que faire, le PCMT ne serait-il pas en train de se laisser ronger par l’équivalent politique du « syndrome de l’imposture » ?

Suicide médiatique

Toujours dans le registre de la sur communication, nous avons assisté ce dimanche soir à un suicide médiatique en direct. Souleymane Abakar Adam, ministre de la Sécurité publique et de l’Immigration, a jugé opportun de proposer une prime pour toute personne donnant des informations sur l’assassinat d’un militaire commis le 8 décembre dernier.

Pour le coup, et là je le dis de but en blanc, le ministre n’aurait pas dû rendre publique cette décision.

20 avril 1865. Le Département américain de la Guerre a lancé un appel (à prime) suite à l’assassinat du Président Abraham Lincoln. 156 ans après, le ministère tchadien de la Sécurité publique et de l’Immigration lance un appel identique pour élucider le meurtre d’un militaire survenu le 08 décembre 2021. Quel anachronisme !

Concrètement, il donne la possibilité à des chasseurs de primes à s’adonner à une activité illégale (sauf aux États-Unis d’Amérique et aux Philippines). L’image qu’il projette en proposant cette somme d’argent sur aucune base légale est celle d’une personne, d’un gouvernement, d’un État ne maîtrisant pas (ou pire se moquant des) les lois qui régissent le pays. Cela renvoi automatiquement à l’illégitimité du CMT dénoncée par les différentes oppositions depuis avril dernier. Cette bravade (comment pourrait-on l’appeler autrement ?) est ce qui se fait de pire en matière de communication publique. Elle contredit les bases règlementaires sur lesquelles les pouvoirs publics fondent leur existence et leur autorité. Kafkaïen ce communiqué, n’est-ce pas ? Ubuesque, diraient les plus narquois d’entre nous.

Sous d’autres cieux, le strapontin ministériel qu’il occupe se serait replié sur le malheureux Souleyman Abakar Adam et on n’en aurait plus entendu parlé de sitôt. Les opinions publiques, les médias, les oppositions auraient mis tellement de pression (à coup de tribunes, de reportages, de simulation de retombées, de motions législatives) sur l’exécutif que celui-ci se serait délesté de ce poids. Mais sous nos cieux, où tout ces opinions n’existent que de nom, un ministre n’est pas à cette faute près.

Chérif Adoudou Artine (Homme de com’)

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