La politique africaine

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Le mystérieux message

Abdoulaye Sabre Fadoul s’est fendu d’un message plus qu’énigmatique venant d’un homme connu pour son pragmatisme politique et la clarté de ses positions. Avancer de manière péremptoire que ces mots sont une réponse à Moussa Faki serait trop simple. Penser que cette mini tribune est un soutien serait minimiser certains passages.
Analyse rhétorique et interprétation politique d’une pensée qui s’est certainement voulue subversive.

Le discours prononcé par Moussa Faki ce samedi 20 août lors du lancement du DNI a été largement commentée. Voilà que ce lundi un des principaux acteurs de la vie politique s’est fendu d’un post Facebook en réponse au président de l’Union africaine. En réponse ou en soutien ? Cette phrase « Si tous ceux qui ont servi le pays ces 30 dernières années devraient se taire, il n’y aurait presque personne pour l’ouvrir » est celle qui nourrit le doute. Ce passage défend la prise de parole alors que tout le reste ressemble à une critique.

L’ancien ministre Secrétaire général du gouvernement s’est voulu à la fois houspilleur des opportunistes politiques, moralisateur envers les zélateurs et défenseur de la mémoire du défunt président de la République. Parlant de ‘’fitna’’, louant les efforts du PCMT, s’en prenant à la presse, etc. Ce post donne l’impression de n’être rein de plus qu’un pot-pourri sans réelle ligne directrice.

En désignant Moussa Faki dès les premières lignes de sa publication, il fait montre de sa désapprobation (sur la teneur de l’intervention, la dialectique utilisée ou le momentum choisi ? Des approches qu’il aurait pu traiter différemment, même si c’est dans le même texte). Si c’était vraiment une désapprobation, n’était-ce pas le but recherché par le discoureur de ce week-end que de faire réagir la classe politique ? Si tel est le cas, Abdoulaye Sabre est tombé dans le panneau comme un bleu. En agissant de la sorte, il donne une seconde vie médiatique à ce message qui a été cité 13 000 fois entre samedi et lundi (info recueillie via l’outil de veille Mention en tapant l’occurrence ‘’Moussa Faki’’). Première erreur.

Le fond du message, comme écrit en infra, n’est pas homogène. Le souvenir d’une lecture professionnelle a directement refait surface. Clément Viktorovitch, docteur en science politique et professeur (star) de rhétorique développait sa théorie de la structuration de la pensée en citant Cyrano de Bergerac tout d’abord : « Tous les mots qui me viendront, je vais vous les jeter en touffe, sans les mettre en bouquet. » Avant de poursuivre : « Ainsi parle Cyrano sous le balcon de Roxane. Protégé par la nuit, submergé par l’amour, il laisse le flot de ses émotions s’écouler enfin sans entraves. La scène est poignante. La déclaration, bouleversante. L’histoire déchirante. Mais hélas, nous ne sommes pas Cyrano. » Cela pour signifier que pour convaincre et/ou déconstruire « nous ne pourrons nous contenter de jeter nos arguments en touffe. Il nous faudra bien apprendre à les mettre en bouquet. A organiser notre pensée. »

Si l’idée directrice était de s’en prendre à l’ancien premier ministre (ou de prendre parti pour lui), Abdoulaye Sabre l’a diluée dans ce qui au final n’est qu’un maelstrom de mots frappants. Seconde erreur.

Stylistique contre éthos

Les deux hommes politique ont fait preuve de rhétorique, l’un samedi, le second ce lundi après-midi. Mais ils n’ont pas utilisé les mêmes procédés. Tandis que MFM jouait de son éloquence et étalait son éthos sur le podium du Palais du 15 janvier, la stylistique de ASF se lisait sur Facebook. Mais là ou Sabre se trompe, c’est que pour contrer un discours rhétorique, il faut déployer les mêmes armes. La stylistique dont il a fait preuve n’est pas suffisante tant qu’elle n’est pas accompagnée de ces oripeaux de communication para verbale et du contexte, armes de séduction utilisées par notre visiteur venu d’Addis-Abéba.

Voilà une des raisons pour laquelle ce message tombe à l’eau et sera oublié le temps d’un buzz su les réseaux sociaux. Troisième erreur

Changement de paradigme

Abdoulaye Sabre s’est-il senti personnellement menacé (ou alors a-t-il senti le pouvoir des Itno menacé) par la sortie inattendue de Moussa Faki lorsqu’il affirme « Que ceux-là soient rassurés : le jour où Abdoulaye-sabre décidera d’être au service d’une quelconque ambition, sienne ou autre, ils n’auront pas à deviner ses intentions qu’il rendra publiques par sa voix et ses publications. » ? Le malaise qu’a créé ce message dans l’entourage du Président était palpable. Par la suite, une panique se serait-elle emparée du clan qui sent une menace de poids ? Cette agitation épistolaire d’Abdoulaye Sabre (peut-être dans une démarche unilatérale) ne serait-elle pas cet acte qui trahit une inquiétude quant à l’éventualité d’un changement du paradigme politique, cette idée fort rependue dans la mentalité tchadienne qui voudrait que toutes les personnes s’étant construites sur la férule d’Idriss Déby Itno se doivent d’être des obligés de Mahamat Idriss Déby ?

 Abdoulaye Sabre Fadoul conclut sa tribune par un énigmatique « Fidélité à l’un, solidarité avec l’autre ». Exercice de grand écart entre l’un (le PCMT) et l’autre (le président de l’UA) histoire d’alimenter encore plus les supputations autour de ce message mystérieux. Sibyllin. Et si Abdoulaye Sabre se jouait de nous ?

Chérif Adoudou Artine