La politique africaine

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Egoïsme primaire

Faisant fi des mises en garde l’Union africain, le Dialogue national inclusif suit sa logique de tracer une voie de légalité à Mahamat Idriss Déby tout en se moquant de savoir si le Tchad a les moyens pour s’engager dans un bras de fer politico-diplomatique. Une attitude dommageable à terme pour tous les Tchdiens. Egoïsme primaire. Analyse de cette contradiction entre les positions réaffirmées d’Addis-Abeba et les recommandations du DNI.

En son point 16 du communiqué qui rend compte de sa réunion du 19 septembre 2022, la Commission Paix et Sécurité l’Union africaine met en garde le Tchad. L’organe chargé de faire appliquer les clauses de l’acte constitutif de l’UA, sous l’égide du commissaire algérien Smaïl Chergui et composé de 14 autres pays, a été on ne peut plus explicite sur la période de transition et l’éligibilité des acteurs de la transition tchadienne. Il « Réaffirme son appel aux autorités de transition pour qu’elles respectent la période de 18 mois pour l’achèvement de la transition et rappelle sans équivoque qu’aucun membre du Conseil militaire de transition (CMT) ne pourra être candidat aux élections à la fin de la transition. »

A contrario de cet avertissement, le Dialogue national inclusif, à travers sa commission ad hoc numéro 1 en charge de la transition post-dialogue, a affirmé ce 28 septembre 2022 sans aucune nuance que « Tous les Tchadiens sont éligibles dans les conditions fixées par la loi », balayant de la sorte les balises fixées par l’UA.

En agissant de la sorte, la commission dirigée par le magistrat Ahmat Baritchiret a ouvert la porte des élections à tous les membres du CMT (Mahamat Idriss Déby en tête)… mais dans le même temps il place le Tchad en porte-à-faux vis-à-vis de ses partenaires. Ces derniers ont affirmé (et affirmeront ?) qu’ils adoptent tous une position identique à celle de l’UA.

Débatus actuellement en plénière, ces 2 recommandations, si elles sont adoptées, risquent d’embourber le Tchad dans une crise diplomatique avec ses partenaires. Une crise à laquelle elle aura échappée depuis la prise de pouvoir anticonstitutionnelle d’avril 2021. Le Tchad et surtout les Tchadiens n’en ont pas besoin. Mais surtout ce pays n’a pas les moyens de cette politique qui pourrait l’isoler et l’affamer.

La récession économique, déjà subit de plein fouet par une population sonnée, ne ferait que s’aggraver. Loin des promesses de refondation, nous vivrons des heures sombres. Une fois le rubicon franchie, les conséquences de l’attitude égoïste du Dialogue nationale inclusif seront dures sanctions économiques, sanctions administratifs, coupe éventuelles des fonds alloués par les divers partenaires financiers, etc. Il faufra aux familles tchadiennes une résilience de tous les instants car elles feront face à pire que ce qu’elles vivent actuellement.

Que va-t-il se passer ?

Soit le DNIS et son présidium font marche arrière et se conforment au communiqué de l’UA, soit la plénière adopte un prolongation de la transition et l’éligibilité pour tous. Mais tout semble faire croire que les 2 points qui fachent Chergui et le CPS seront adoptés (même si ce n’est pas dans leurs formes actuelles).

Partant de là, 2 scénarii sont possibles :

Cas de figure 1

Continuant à bénéficier de notre statut « d’exception », l’Union africaine continuera à soutenir les « bonnes intentions » des militaires au pouvoir. Mahamat Idriss Déby, qui dans ce cas de figure sera dans quelques jours le Président de transition, se verrait renforcé et les oppositions prendraient de plein fouet ce qui s’apparentera à un abandon (un de plus) de l’opinion internationale. L’Union africaine perdrait toute sa crédibilité et dédirait à la fois l’article 26 de son acte constitutif du 11 juillet 2000 et peut-être pire la CADEG (Charte Africaine de la Démocratie, des Élections et de la Gouvernance) qu’elle s’emploie à promouvoir depuis 15 ans. Ce texte, mis à jour régulièrement depuis son entrée en vigueur le 15 février 2012, a été « un signal fort pour le traitement de toutes les situations menaçant la paix, la sécurité et les droits de l’Homme sur le continent africain ». Un nouveau soutien de l’UA au Tchad (dans le cas de figure 2 décrit ci-dessus) serait un coup de massue, un coup d’arrêt pour la promotion de la bonne gouvernance en Afrique. L’Union africaine peut-elle se le permettre ?

Cas de figure 2

L’Union africaine, suivie (et appuyée) des partenaires traditionnels du Tchad, décide de sanctions similaires à celles imposées au Mali par exemple. Ce cas de figure est plus plausible qu’en mai 2021, après la visite et le rapport, quelque peu complaisant, des fonctionnaires africains diligentés par Addis-Abeba. Plus plausible tout simplement car la position d’un certain Moussa Faki n’est plus celle d’il y a un an. A cette époque, ce dernier avait pesé de tout son poids pour que l’UA accorde le bénéfice du doute au CMT. Mais voilà, depuis… il y a eu ce discours hors sol du 20 aout dernier. S’il devait peser une nouvelle fois de tout son poids, il n’est pas sûr que l’ancien 1er ministre tchadien le ferait à nouveau en faveur des mêmes. Si l’UA se braque et sanctionne le Tchad, l’Union européenne, les pays européens à titre individuel et peut être le PNUD qui le soutiennent à bout de bras dans cette transition lui couperaient les cordons de la bourse.

Mais l’attitudes des occidentaux (plus particulièrement Français) est à observer. Ces derniers pourraient se désolidariser d’eventuelles sanctions de l’UA par peur de voir un autre pays de leur « précarré » africain, devenu orphelin de ses partenaires traditionels, petre cuillie comme un fruit mûre par leurs ennemis russes. Le Tchad, que dis-je, les Tchadiens seront pris en otage par des dissenssions qui ne les regardent pas.

Chérif Adoudou Artine