La politique africaine

Parce que la politique est le point de départ de tous les grands changements de la société.

L’évêque de Moundou

Dans une atmosphère lourde marquée par une certaine omerta suite aux évènements du 20 octobre 2022, le prélat de Moundou a livré ses 4 vérités à une délégation gouvernementale. Loin des communiqués frileux ou complaisants, sa posture de vérité est telle une perche tendue au Président de transition. A lui de la saisir.

S’il est des grands hommes dans l’histoire du Tchad qui se sont tenus debout face à l’injustice et à la manipulation d’Etat, l’évêque de Moundou, Joachim Kouraleyo Tarounga, doit figurer à leurs côtés. Dans leur lignée. Lorsque nous pensons à ces grands hommes, nous reviennent en mémoire Outel Bono et ses capacités d’analyse, Idriss Miskine et sa sapience, nous gardons à l’esprit Ibni Oumar Mahamat -Saleh et son cartésianisme. Tous se sont opposés de la même manière que Joachim Kouraleyo Tarounga ce samedi 29 octobre à Moundou lorsqu’il s’adressait à Laokein Médard et Djerassem Le Bemadjel, les ministres envoyés spéciaux du duo exécutif Déby-Kebzabo afin de « réconcilier » les habitants des 2 Logone. Ils avaient fait le déplacement pour calmer les esprits, mais malheureusement pour ces infortunés « portes clairon », ils en ont pris pour leur grade.

L’évêque Joachim Kouraleyo est un Tchadien fier, un héro contemporain, un homme de Dieu conscient du rôle qui est le sien auprès des croyants, qui ne sont pas moins citoyens. A l’heure où certains de ses paires se sont dévoyés en embrassant sans discernement la version officielle des évènements du 20 octobre, lui est resté droit dans ses bottes en gardant l’esprit claire et le verbe vif. Quelle prestance Monseigneur !

Un vent de fraicheur

L’homme d’église de Moundou aura donc marqué sa singularité dans un espace médiatique jusqu’à la très conciliant avec le pouvoir. Il ne s’est pas privé de rappeler que ceux qui sont sortis dans les rues de Moundou, de Koumra, de Doba ou de N’Djaména, ne sont que des femmes et des hommes qui « ont manifesté leur mécontentement face aux injustices et face à la volonté de la conservation du pouvoir ».

Dans un landerneau tchadien symbolisé par l’avilissement vénal de sa classe politique, de sa société civile et de ses cultes et marqué par la résignation de sa population, cette posture digne souffle comme un vent de fraicheur, montre le signe qu’il existe encore des personnes pour lesquelles l’honnêteté morale signifie quelque chose.

A des années lumières de la doxa gouvernementale, loin des communiqués frileux des faitières et des partis et certainement pour actionner les condamnations internationales jusqu’à là sans effets, sa simple parole aura sans doute instillé, si ce n’est une remise en cause, une prise de recule de Mahamat Idriss Déby sur la gestion de cette journée macabre. A lui de saisir la perche afin d’apaiser le désarroi de sa population. S’il le souhaite, le président de transition peut inverser la tendance. La charte élaborée par son DNI croupion lui donne tous les pouvoirs pour cette seconde phase de la transition. Il peut s’en servir, que ce soit par calcul politique ou par bon sens, pour initier des avancées concrètes sur le plan du social. Hasard des choses, ce dimanche, un ancien président passé par la case prison a été réélu dans un pays-continent de 215 millions d’habitants. Malgré les condamnations pour prise illégale d’intérêts et corruption, les quelques 70 millions de personnes qu’il a sorti de l’indigence 10 ans plus tôt à travers ses programmes sociaux se sont mobilisées comme jamais pour qu’il remporte la présidentielle. Au Tchad on appelle cela le LINGUI, cette reconnaissance du cœur.

Canonisez le !

Les capacités d’analyse de Bono, la sapience de Miskine et le cartésianisme de Mahamat-Saleh. Voilà les ingrédients qui serviraient Mahamat Idriss Déby s’il a des ambitions pour diriger le Tchad au-delà des 24 prochains mois ; et aussi car les rivalités d’arènes politiques vont va au-delà du simple rapport de force. Il serait bien inspiré d’y penser.

Notre évêque, car de par la résonance de son discours, il dépasse le cercle restreint de Moundou et devient de facto une figure de proue dans la lutte pour la justice sociale, doit inspirer les Tchadiens vers cette vérité qui seule les libèrera.

Tel un Francesco Forgione, un Jean Bosco, une Anjezë Gonxhe ou un Karol Wojtyla, il devrait être sanctifié. Ses ouailles, mais aussi tous les Tchadiens, devraient penser, lorsqu’inéluctablement la mort l’emportera un jour, à inscrire son nom pour une canonisation. Rien de moins !

Chérif Adoudou Artine

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