Le blocus du domicile et bureau de Succès Masra trahit une appréhension du CMT par rapport à un avenir incertain. Car si d’aventure, Gali et son comité ad-hoc réussissent à convaincre les Transformateurs de particper au DNI, celui-ci prendrait une autre tournure. Un scénario qui pourrait devenir très rapidement incontrôlable pour Mahamat Idriss Déby.
Jusqu’où ira l’appareil sécuritaire du CMT pour étouffer la seule opposition politique qu’il n’a pas encore réussi à corrompre ? Légitime et unique questionnement qui vaille à l’heure actuelle tant la répression semble aveugle et exagérée vis-à-vis d’un groupe de personnes qui, en toute vraisemblance, n’est pas une menace armée.
Ces actions, loin d’être encore extrêmes car on sait de quoi est capable ce pouvoir armé jusqu’aux dents, dénotent de la peur de voir cette force politique que sont Les Transformateurs prendre de l’ampleur au point de devenir incontournable pour chaque Tchadien qui ne regardent pas l’avenir de son pays à travers un prisme régional ou ethnique.
De quel dialogue parlons-nous ?
Pendant que les syndicalistes de l’UST menacent une nouvelle fois de débrayer, tandis que tous les voyants économiques et sociaux sont au rouge, que les services publics n’ont plus rien de services, alors que le dialogue fait du surplace et que son présidium a décidé de mener des négociations de dernière minute pour que toutes les sensibilité prennent place autour de la table… les forces de défense et de sécurité ne trouvent rien de mieux que d’aller assiéger un bâtiment dans lequel réside et travaille le plus grand cauchemar de ses chefs. Interdisant tout regroupement et gazant les contrevenants à ces décisions ministérielles iniques sans réelle justification. Au vu de cette situation, de quelle dialogue ou de quelle paix pouvons-nous encore parler ?
Lors d’un voyage en Chine, plus précisément dans la ville septentrionale de Dalian, un spectacle saisissant s’est présenté sur la route : un groupe d’hommes en uniforme, des militaires visiblement, étaient entrain de travailler sur la voirie. Après renseignement, il s’agissait d’une unité du génie militaire dont l’une des missions était de venir en appui au services municipaux ou ministériels afin de simplifier la vie des Chinois.
Des voix s’élèveront pour prendre la défense des hommes en uniforme postés au 10ème arrondissement de N’Djaména depuis jeudi soir pour préciser avec péremption que ce sont des policiers et non des militaires. Certes ! Mais la mission de la police n’est-elle pas de protéger et servir sa population ? Il y a loin de la coupe aux lèvres.
L’indépendance de Gali
A quoi joue donc le CMT en soufflant le chaud et le froid ? Le chaud étant l’intimidation des actions politiques. Le froid étant l’appelle au dialogue à toutes les parties prenantes de la vie sociale et politique tchadienne. Il s’agit ni plus ni moins que la matérialisation de ses appréhensions par rapport à un futur proche qu’il ne pourrait peut-être plus maîtriser.
La décision du Gali Ngotté Gata d’ouvrir un nouveau round de négociations avec son comité ad hoc a certainement surpris ce CMT qui s’était assuré en amont d’une majorité au sein de l’assemblée des délégués du DNI et a certainement tiré les ficelles pour imposer un mode de fonctionnement antidémocratique à ce même DNI. Souverain dites-vous ?
La feuille de route dont l’objectif est de « légaliser » la prise de pouvoir anticonstitutionnelle d’avril 2021, stratagème cousu de fil blanc, se déroulait à merveille. Mais voilà, Gali, cet homme politique âgée de 73 ans, ministre sous Habré, prisonnier de la DDS, à nouveau ministre sous Déby et ensuite opposant patenté, n’est pas aussi docile qu’espéré par ceux qui ont trituré le modus operandi des 1ers jours du DNI. Ce mathématicien de formation jouera son va-tout afin de marquer son indépendance (ses premières prises de parole et son comité en sont la preuve) et à travers cela écrire une dernière ligne glorieuse à sa longue carrière. Pour sûr, il réservera d’autres surprises qui seront imparables, à moins que l’assemblée ne récuse son présidium comme cela est demandé par certains.
Moungar 2.0
Et si (dans le meilleur des cas) il arrivait à faire entendre raison à Succès Masra ?
Ce serait alors le scénario tant redouté. Avec une vraie opposition (qui travaillerait à se créer des alliés dans toutes les commissions) la guerre des idées et les débats plus profonds supplanteront la complaisance. Toutes les propositions recueillies lors des pré-dialogues (prêts à l’emploi) organisés et dirigés par le CODNI (Comité d’organisation du dialogue national inclusif) seront remises en cause, dépouillées, déconstruites pour au finale être vidées de leur substance. Un cas de figure cauchemardesque pour ceux qui croyaient à la seule vérité de l’applaudimètre pour plier le DNI en 21 jours. Le leader des transformateurs cannibaliserait l’attention médiatique et sortira encore plus grandi de ces assises. Il deviendrait alors aux yeux des Tchadiens et dans les fiches de partenaires internationaux cet acteur politique incontournable, cette alternative civile avec laquelle il faudra partager le pouvoir. Une sorte de Fidèle Moungar version 2022 en plus moderne, plus libre, plus combatif, plus visionnaire et surtout plus ambitieux. Pour rappel, pour les plus jeunes, Moungar a été le 1er ministre désigné par la CNS (Conférence nationale inclusive) de 1993.
Personne au palais présidentiel, mais aussi dans les rangs des opposants ralliés, ne souhaite voir cette éventualité devenir réalité.
Dans les rangs du CMT, le Tchad représente un butin de guerre arraché un jour de décembre 1990 et que les héritiers politiques d’Idriss Déby Itno ne sauraient abandonner pour rien au monde. La moindre faille, la moindre menace doit être étouffée dans l’œuf avant qu’elle ne puisse féconder.
L’usufruit que ce butin génère est le seul objectif de ce groupe de généraux prêts donc à sacrifier, une nouvelle fois, tout une jeunesse pour se préserver ses acquis. Cette punition infligée au peuple tchadien depuis 3 décennies n’est donc pas idéologique, encore moins politique. C’est une démarche égoïste motivée par le matériel.

