Chérubin Okende, député de la formation politique Ensemble pour la république de Moïse Katumbi, a été retrouvé mort dans son véhicule ce jeudi 13 juillet sur une grande artère de Kinshasa. Cet assassinat a bien évidemment ému toute la classe politique congolaise. Mais au-delà de cette parenthèse d’hommages et de recueillement, il y a LA question que tous les observateurs se posent : A qui profite le crime ?. Si le camp Katumbi pointe du doigt Tshisekedi, d’autres voix incriminent ouvertement le Rwanda.
A moins de 6 mois de l’élection présidentielle, l’assassinat du député de 61 ans d’Ensemble pour la République (parti politique de l’opposant Moïse Katumbi), conjugué à une nouvelle attaque survenue ce dimanche 16 juillet dans le village de Bukumbo (à une centaine de kilomètres au nord de Goma, dans l’est du pays) et attribuée aux milices du M23 présage d’une période pré-électorale tendue.
« Ce crime est un assassinat politique » tonne d’entrée de jeu Dieudonné Bolengetenge, le secrétaire général d’Ensemble pour la république, dont Chérubin Okende était le porte-parole.

@Thierry Charlier / AFP
Un autre membre du parti politique d’opposition s’est exprimé de manière plus virulente. Sur les antennes de la VOA, Olivier Kamitatu (ancien directeur de cabinet de Katumbi) s’est voulu accusateur : « (…) C’est l’Etat qui contrôle les armes. Si l’Etat et le pouvoir de Tshisekedi dit tout contrôler alors il est commanditaire parce que c’est eux qui tiennent les armes , ce ne sont pas des opposants. Mais si l’État et le pouvoir ne contrôlent rien alors ils sont dangereux. Il faut une enquête sérieuse et pas des blagues des copains ou un simulacre d’enquête du Gouvernement. »
De son côté, l’opinion congolaise regrette les circonstances de cette mort qui rappelle les heures sombres de la dictature. A l’instar de Charles Kabuya, avocat et essayiste politique, qui a posté sur son compte Twitter un message allant dans ce sens : « Les assassinats d’hommes politiques ne font plus partie de nos mœurs politiques depuis les années 60, d’où notre effroi face à ce meurtre atroce. Crime délibéré, règlement de comptes ou bavure, un châtiment exemplaire s’impose ». Il poursuit en demandant au procureur général de « prendre urgemment la parole ».
Il n’aura pas attendu bien longtemps. Dans la journée, Firmin Mvondé, le procureur général près de la cour de cassation, a tenu une rencontre de presse pour le moins laconique. « A cette affirmation de savoir si Chérubin Okende était venu à la cour constitutionnelle, nous aurons la réponse. Présentement je ne peux pas ni dire oui, ni dire non. » a-t-il concédé timidement face à une assemblée qui en attendait plus.
Tshisekedi ou le Rwanda ?
Ce meurtre peut-il être imputé au camp Tshisekedi comme le sous-entend Kamitatu ? Rien ne semble à l’heure actuelle étayer cette thèse. De plus, quel serait le mobile du clan présidentiel en commanditant un attentat contre une figure de l’opposition à juste quelques mois d’une échéance électorale à haut risque ? Ce serait contre-productif de rajouter de la tension à un climat politique déjà tendu depuis l’annonce de Moïse Katumbi, le 16 décembre dernier, de sa candidature à la présidentielle du 20 décembre 2023. Sachant cela, Olivier Kamitatu s’adonnerait-il à la technique de la fabrique du doute initiée par le fameux conseiller en communication, John Hille dans les années 1950 ? En attaquant frontalement ses adversaires politiques à travers cet entretien accordé à VOA qui est devenu viral, il essaime volontairement dans l’opinion congolaise un doute sur la moralité et la droiture de la coalition Union sacré pour le Congo de l’actuel président. Sachant que les mois à venir seront durs et que tous les coups seront permis, il profite de cet événement pour porter la première attaque.

Une autre thèse est venue donner du grain à moudre aux observateurs. Celle de l’opposant rwandais, Simon Pierre Gahamanyi. Ce dernier est péremptoire dans ses propos, à l’instar d’Olivier Kamitatu, en affirmant que « le Rwanda est impliqué dans l’assassinat d’Okende » et se demande quelle sera « la prochaine étape du plan ». Selon ce mystérieux adversaire de Paul Kagamé, le pouvoir rwandais souhaite monter le clan Katumbi contre le clan Tshisekedi en fomentant un autre meurtre qui impliquerait cette fois une personnalité proche de la coalition électorale présidentielle. La 3ème partie du plan, toujours selon l’opposant rwandais, constituerait à « créer des tensions et de diviser le peuple congolais (…) jusqu’à une guerre civile ». Rien de moins. Et de terminer sa démonstration en affirmant que la ville de Kinshasa est depuis un certain nombre d’années noyautée d’agents rwandais qui n’attendent que des instructions pour « tuer, voler, violer… afin que le pouvoir de Tshisekedi soit considéré comme un échec total ».
Quel crédit accordé à cette version alors que le Rwanda et la RDC entretiennent des relations larvées depuis la résurgence des attaques du Mouvement du 23 mars (le fameux M23) sur le sol congolais en mai 2022 ? Même si les médias mainstream ignorent cette théorie, il est des voix (qui ne souhaitent pas se faire connaître) qui estiment qu’ « il ne faut rien écarter dans cette période qui mêlent à la fois la guerre contre le Rwanda et les tensions politiques dues à la présidentielle ».
Chérif Adoudou Artine, blogueur politique


