Dans le contexte actuel, le retrait militaire français du Niger est un sujet brûlant. Cette décision pourrait avoir des répercussions considérables, tant positives que négatives, sur la sécurité de la région.
Analyse d’Amine Idriss, PhD Candidate-École des Ponts Business School
D’un côté, elle pourrait ouvrir un vide sécuritaire, en laissant les pays sahéliens face à des menaces terroristes qui dépassent leurs capacités militaires et financières. Cette situation pourrait également engendrer une escalade de la violence, poussant les groupes armés à intensifier leurs attaques contre les forces de sécurité nationales et internationales, ainsi que contre les populations civiles. Par ailleurs, la coopération régionale et internationale pourrait être mise à mal, avec une réduction du soutien logistique, financier et politique des partenaires extérieurs, notamment l’Union européenne et les États-Unis.
Mais d’un autre côté, le retrait français pourrait être le catalyseur d’une indépendance opérationnelle pour les pays sahéliens, les incitant à prendre en charge leur propre défense. Cela pourrait aussi encourager un règlement politique des conflits, en poussant les autorités locales à dialoguer avec les acteurs non étatiques, y compris les groupes armés, pour trouver des solutions durables et inclusives. Une surveillance populaire accrue des régions sahéliennes pourrait également voir le jour, responsabilisant davantage les gouvernements vis-à-vis de leurs citoyens, qui pourraient exiger plus de transparence, de démocratie et de développement.
Au-delà des enjeux sécuritaires immédiats, le Sahel est actuellement le théâtre d’une dynamique politique, économique, sociale et culturelle inédite. Portée par une démographie vibrante, une urbanisation en plein essor qui modifie le visage des pays sahéliens, une ouverture sur le monde facilitée par les technologies et une aspiration renouvelée de la jeunesse à redéfinir leur pays et leur destin, cette dynamique est à l’œuvre. Méconnue de la France de Macron, elle a pourtant été saisie par la rue africaine, annonçant un changement indubitable pour l’Afrique dans les années à venir.
Contrairement aux mouvements du Printemps Arabe, cette dynamique repose sur un processus de maturation lent, profondément enraciné dans l’histoire et dans les ressentiments engendrés par l’humiliation et le “Africa bashing” pratiqué par les médias européens et français. La résilience forgée dans la lutte pour la survie, manifestée à travers des phénomènes tels que la migration, l’enrôlement dans des milices terroristes, les investissements dans l’économie informelle et l’engagement dans les réseaux sociaux, éclaire la jeunesse africaine sur les possibilités d’un monde alternatif. L’Afrique est en train d’accoucher d’une nouvelle génération de leaders qui, succédant aux colonels actuellement au pouvoir par les coups d’Etat, et qui pourraient accélérer la dégradation nécessaire à l’éclosion d’un nouveau leadership. Le temps semble approcher où ces colonels seront renversés par la rue elle-même, donnant lieu à un Sahel renouvelé, indépendant, libre et véritablement souverain, c’est à dire sans aucun maître ni de l’extérieur et ni de l’intérieur.

