La politique africaine

Parce que la politique est le point de départ de tous les grands changements de la société.

Aidons-nous !

Les Africains doivent porter eux-mêmes leurs souffrances au lieu d’attendre que les autres le fassent pour eux. Une réflexion inspirée d’un livre ô combien utile mais dont le sous-titre trahi une sorte d’avilissement des capacités des pays africains à exister sans le regard et l’intervention de l’Occident.

« En RDC, en Palestine ou ailleurs, des africains et des arabes peuvent être massacrés par milliers ou par millions, le monde “civilisé” se tait ou justifie l’injustifiable ». J’ai entendu cette phrase dans une capsule vidéo diffusée récemment sur les médias sociaux d’AJ+. Le moins que l’on puisse dire est qu’elle interpelle.

Cette vidéo traite du « génocide en RDC » et donne la parole à l’intellectuel Charles Onana, auteur de Holocauste au Congo (L’artilleur – 2023). Le politologue camerounais se plaint de l’omerta de la communauté internationale sur un conflit qui dure depuis 1998 et qui a causé (et continue à causer) des millions de morts recensés par différentes missions de l’ONU.

Cet ouvrage interpelle donc sur ce besoin d’être validé par l’Occident pour que cette guerre et certainement tant d’autres qui ravagent les population africaines (Éthiopie, Soudan ou même Haïti (qui dans mon corpus idéologique est une nation africaine)) sorte de l’omerta.

Alors que nous voyons fleurir des médias qui se donnent comme mission de changer les narratifs sur l’Afrique, nos intellectuels en sont encore à chercher l’attention d’autrui. Non pas que cette attention n’est pas souhaitée, mais, à l’instar de ce que disait Sembèn Ousman, l’Afrique doit être son propre soleil. Elle doit se prévaloir par elle-même.

Avilissement

Dans l’avant-propos de ce très riche essai il y a deux passages qui, une fois de plus, interpellent.

Le premier :

La RDC « est pourtant la proie depuis plus de vingt-cinq ans de vautours en tout genre, (…). Ce sont ces pages de sang que Charles Onana (…) met au jour ici. Des pages de sang qui devraient faire la honte d’une partie de l’Occident, s’il daignait ouvrir les yeux. »

Charles Onana, qui donne dans cet avant-propos la parole à Charles Million (ministre français de la Défense entre 1995 et 1997), attend que l’Occident se mortifie sur le sort des morts congolais, comme si c’était le point de départ d’une éventuelle solution.

Le second :

« C’est d’ailleurs le vœu de nombreux congolais qui ne doivent justement pas oublier que la justice espagnole, saisie en 2005 par le pacifiste et militant des droits de l’homme espagnol Juan Carrero Saralegui, est déjà en situation de juger les crimes de génocide et les crimes contre l’humanité. (…) qui ont commis des crimes contre l’humanité en RDC depuis 1998 »

Un Espagnol qui saisit les tribunaux de son pays sur des faits qui se sont déroulés en RDC est cité en exemple. Mais qu’est ce qui empêche les ONG et autres organisations africaines de la société civile d’en faire autant ? Il existe certainement des groupes qui procèdent de la sorte, mais ils ne sont visiblement pas assez nombreux, autrement, le nombre faisant la force, il y aurait eu médiatisation.

« Ils nous aident à chier »

Oromo d’Éthiopie, population des 2 Kivu et de l’Ituri, noirs du Darfour ou encore habitants du quartier de Carrefour-Feuilles à Port-au-Prince. Les morts ne se valent pas. Que vous soyez Ukrainiens ou Congolais, habitant de Gaza ou habitant de Tel-Aviv, le traitement médiatique de l’Occident sera différent. Dont acte !

Mais a-t-on besoin de s’offusquer de cette réalité crue ? N’a-t-on pas le devoir d’initier et de mettre en exergue « nos souffrances » (et ce quel que soit l’objectif), de les dénoncer, de sensibiliser nos populations et nos politiciens afin de les porter au sein des organisations dans lesquelles siègent tous les États africains, pourquoi avons-nous besoin que cet Occident ouvre les yeux sur nous ?

Toutes ces questions ramènent à un constat lapidaire : l’Afrique a besoin du regard, de la parole, de l’action, … de l’approbation ce Nord, que d’ailleurs personne ne rejette, mais qui ne doit pas être l’Alpha et l’Omega dans le devenir d’un continent de plus de 30 millions de km².

« Ils nous aident même à chier » aurait dit Venance Konan. C’est un peu l’idée qu’il fait passer dans cet essai aussi instruisant que corrosif : Si le noir n’est pas capable de se tenir debout, laissez-le tomber (Michel Lafon – 2018). C’est au début du livre, histoire de planter le décor, lorsqu’il raconte l’inauguration de latrines dans un village quelconque d’Afrique avec une belle banderole renseignant qu’il s’agit d’un « Financement de l’Union européenne ».

Cherif Adoudou Artine, blogueur politique