Nous sommes donc 6 sur 10 à avoir voté pour Mahamat Déby le 6 mai dernier selon les résultats officielles de l’agence de gestion des élections. Il faut par conséquent accepter le verdict et ne pas tenter quoi ce soit de hasardeux. Désormais légitimé, que fera Mahamat Déby de cette victoire ?
Après 3 ans de transition, soit plus que la moitié d’un quinquennat, ce 9 mai 2024 Mahamat Déby s’est octroyé la légitimité des urnes au bout de 3 semaines d’une campagne électorale terne au niveau des idées, pauvre en termes de propositions (quantifiables, valorisées et planifiées) et risible dans les prises de parole publique. A l’image de ce qu’est la scène politique tchadienne.
Le retour à l’ordre constitutionnel
Le voilà donc élu. Mais que fera-t-il de cette victoire alors que les enjeux sont si nombreux et tous plus urgents les uns que les autres ? Continuera-t-il à entretenir la république des amis aux dépens du bien être des ses compatriotes ? Ou alors prendra-t-il la mesure de la tâche et s’entourera dés lors des personnes les mieux indiquées pour l’accompagner dans la lutte contre la pauvreté des populations, dans l’assainissement des finances publiques, dans la lutte contre la corruption, dans la refondation de l’école tchadienne, dans la structuration et la mise à niveau du système de santé public, etc ?
Un destin à la Rawlings
C’est d’un Tchad déjà en lambeau qu’il avait hérité en avril 2021. C’est désormais un Tchad en guenille qu’il s’apprête à diriger pour au moins 5 ans. Dans ce pays clochardisé par la mauvaise gouvernance, une gestion rigoureuse et un travail de longue haleine sont necessaires pour entrevoir une embellie. Il faut que le nouvel élu prenne la mesure de la tâche qui est désormais la sienne. D’autre part, aucun Tchadien ne devrait s’attarder sur la légitimité ou non de ce scrutin (à moins qu’il n’ait des preuves tangibles et vérifiables d’une triche de grande envergure dans le décompte des suffrages exprimés). Nous avons perdu assez de temps. La messe de l’élection présidentielle est dite. Le calice est bu. Il est donc temps de tourner la page et espérer que ce pays cesse de faire du surplace et que ses habitants regagnent de la dignité (par le biais du travail, du salaire décent, de la justice et de la protection sociale). Tel est le rôle de celui auquel le corps électoral a accordé 61% de ses suffrages.
Si Mahamat Déby dirige le Tchad en dictateur, je lui souhaite un destin de despote éclairé. Non pas pour sa gloire personnelle, mais pour le bien-être de ces millions de femmes, d’enfants et d’hommes qui tirent quotidiennement le diable par la queue pour pouvoir survivre dans cet enfer qu’est devenu leur pays. Si Mahamat Déby se comporte en président autoritaire, je lui souhaite le destin d’un Jerry Rawlings qui aura réussi à mettre au pas une classe politique ghanéenne corrompue et mis fin au ballet des courtisans dans le cercle du pouvoir. Si Mahamat Déby devient un président dirigiste, je luis souhaite le dogmatisme et le cran politique d’un Kim Jong-il qui n’a pas hésité à embastiller ses proches lorsque ceux-ci agissaient contre ses desseins présidentiels en Corée du nord.
Préparer l’avenir
De l’autre il y a succès Masra qui revendique « sa victoire ». C’est là le baroude d’honneur d’un candidat qui n’aura pas ménagé sa peine pour accéder à la magistrature suprême. Qu’il ne cèdent pas, lui et ses partisans, aux sirènes de l’extérieur et de la rue… ils savent ce qu’il en coûte. Qu’ils acceptent plutôt cette défaite, certes amère, mais tellement encourageante pour la suite. Succès Masra et ses Transformateurs ont à tout jamais changé le visage de l’engagement politique au Tchad. Ils auront écrit une page importante et bâti les fondations d’un mouvement qui doit se poursuivre au-delà de cette présidentielle. Surfer sur cette popularité, sur cette dynamique pour préparer les législatives et peser encore plus dans le jeu politique futur. Des élections présidentielles, il y en aura d’autres.
Chérif Adoudou Artine, blogueur politique


