L’ancien ministre conseiller à la présidence de le république du Tchad, Abakar Manany, fait suspendre le site du journal en ligne Tchadinfos. Quelques éléments pour mieux comprendre ce que j’estime être une entrave à liberté de presse.
Que dirait de lui son ami Bernard-Henry Levy, qui le présentait comme un symbole de liberté, d’universalisme et d’espoir pour le Tcad dans une dithyrambe publiée en mai 2019 dans le magazine Le Point ?

Quelle n’est pas ma seconde déception, moi qui le présentait comme un « Byron conquérant » lors de son retour triomphale au Tchad, le voyant comme une troisième force politique en face de l’héritage MPS et de la vague transformatrice de Succès Masra !
La première de mes déceptions faisait suite à son allégeance sans condition aux autorités de transition.
Abakar Manany aura déçu jusqu’au bout, jusqu’à ce 26 juillet 2024, date à laquelle il a mis ses menaces à exécution contre TchadInfos
Il y a quelques semaines, il a exigé que le journal en ligne retire tous ses articles le concernant. « Ce ne sont que des articles factuels, rien qui ne puisse créer un conflit entre lui et notre rédaction » explique ce samedi 27 juillet 2024 Mamadou Djimtebaye, PDG du site tchadien d’information, qui s’est vu suspendre par son hébergeur aux États-Unis.
« Dans un premier temps, nos avocats ont empêché la mise en demeure du site » poursuit Mamadou Djimtebaye sans vouloir en dire plus car il faut « faire preuve de prudence désormais ». Certainement un conseils de ses avocats. Mais une chose est certaine, le journal assure qu’il ne se pliera pas à la volonté d’Abakar Manany car il estime n’avoir rien à se reprocher.
L’ancien ministre conseiller à la présidence du Tchad n’en est pas resté là. Il a usé de méthodes quelque peu vicieuses pour arriver à ses fins. Par l’intermédiaire d’un blog hébergé en Afrique du Sud, il a recopié et mis en ligne toutes les publications le concernant et s’est plaint par la suite que TchadInfos a plagié son travail. Les hébergeurs, qui se sont certainement précipités, ont prévenu les concernés de la suspension provisoire de leur site (NDLR : des explications plus approfondies m’ont été données, mais étant donné que je n’en maîtrise pas les tenants, je préfère me documenter avant de les publier).
Entre 2019 et 2024, sept articles publiés sur le site de Tchadinfos ont parlé d’Abakar Manany. Ils sont, en effet, comme précisé par Mamadou Djimtebaye, factuels comme celui-ci :
« Tchad : Abakar Manany est nommé ministre d’état conseiller chargé des affaires présidentielles
BREVE – Par un décret de ce mardi 21 mars 2023, le chef de l’État nomme Abakar Manany ministre d’État, conseiller chargé des affaires présidentielles. Il était déjà, depuis janvier 2022, ministre d’État, conseiller à la Présidence de la République. »
Abakar Manany, patron d’Amjet Executive (société de location d’avions basée à Athènes en Grèce) lorsqu’il n’est pas dans les arcanes politiciennes, assure à qui vent bien l’entendre qu’il a le bras long et qu’il peut faire plier les journaux tchadiens. Il perd le peu de crédit qui lui restait en s’en prenant :
- À la liberté de la presse
Ces méthodes cavalières (mensonges, manipulations, menaces) seront un précédent que copieront désormais ceux qui ne souhaitent pas voir une presse libre se développer au Tchad. Abakar Manany, non pas par son action (car il a le droit de contester des éléments publiés sur sa personne), mais par sa posture du « puissant » qui veut écraser le « petit », perpétue cette tradition de nos semblants de démocratie à vouloir tout contrôler et de ne point laisser un espace à la critique. Abakar Manany, un fossoyeur des libertés ? Jugez-en par vous-même.
2. À un symbole de l’entrepreneuriat privé au Tchad
En s’attaquant au site Internet du journal, c’est tout le modèle économique de cette start-up qui est mis en question.
Voilà un groupe de personnes qui a décidé de monter une entreprise, d’y croire, de s’endetter, d’avancer malgré les aléas inhérents au Tchad, malgré la pression fiscale ; assumant une masse salariale conséquente afin de placer notre pays sur la carte de l’Afrique qui se fait contrarier par un homme d’affaires à succès qui aurait pu, aui aurait dû être un de leurs principaux défenseur, car lui-même a pris des risques, à travailler dur pour arriver là ou il est aujourd’hui. TchadInfos est aujourd’hui le symbole de la réussite de l’entreprise privée. Un titre appelé à inspirer une population qui ne croit plus en ses chances de réussir. Mais voilà, un homme décide d’entraver cette belle aventure qui rend fier chaque Tchadien pour des raisons que lui seul connaît, sans se soucier des conséquences sur une entreprise à peine décennale. Abakar Manany, un égoïste imbu de sa personne ? Jugez-en par vous-même.
Cet épisode, quel que soit son épilogue, sera un tournant au Tchad pour la liberté d’entreprise en général et pour l’avenir de la presse privée en particulier.
Chérif Adoudou Artine, blogeur politique


