La Banque africaine de développement (BAD) est entrée depuis le 1er juillet 2024 dans une période électorale. Un processus qui durera 11 mois et qui verra à son terme, le 29 mai 2025, l’élection du nouveau président de l’institution installée à Abidjan.
Posons le décor
La Banque africaine de développement, la BAD, est, je cite : « une institution financière multinationale de développement établie dans le but de contribuer au développement et au progrès social des États africains. Sa mission est de combattre la pauvreté et d’améliorer les conditions de vie sur le continent, via la promotion des investissements à capitaux publics et privés dans des projets et des programmes aptes à contribuer au développement économique et social en Afrique. »
La BAD est donc un fournisseur financier au même titre que le FMI ou la Banque mondiale.
L’institution créée en 1964 compte trois entités :
La banque africaine de développement en tant que telle
Mais il y a aussi :
le Fonds africain de développement, qui est le guichet de prêts à taux concessionnel de la BAD dans lequel siègent les donateurs et les prêteurs.
Et
le fond spécial du Nigeria qui existe depuis 1976 suite à un accord entre la BAD et le gouvernement nigérian. Il a le même rôle que le fonds africain de développement, mais sert à financer des projets, qu’ils soient publics ou privés mais uniquement au sein de ce pays.
En parcourant l’historique de la banque, on apprend que cette dernière a injecté depuis 60 ans plus de 47 milliards de dollars répartis sur 2 800 opérations.
Son siège d’Abidjan a été délocalisé à Tunis entre 2003 et 2014 en raison de la guerre civile qui sévissait en Côte d’ivoire.
Venons-en à l’élection du président de la BAD
Qui est-ce qui vote ?
Le corps électoral est composé des 81 membres du conseil des gouverneurs.
81 comme le nombre de pays actionnaires de la Banque africaine de développement.
Il y a le groupe des membres régionaux composés des 54 états africains. Et le groupe des membres non régionaux au nombre de 27 ; ils sont Européens, Américains et Asiatiques.
L’élection du président de la BAD se déroule tous les 5 et le vote a lieu lors de la dernière Assemblée annuelle des gouverneurs qui précède la fin du mandat en cours. Le successeur du Nigérian Akinwumi Adesina, élu en 2015 et réélu en 2020, sera connu le 29 mai 2025 date de clôture de la prochaine assemblée.
Mais le parcours qui conduit à la présidence a débuté le 1er juillet 2024, date à laquelle le Secrétaire général de l’organisation a envoyé aux 81 représentants des États qui siègent au Conseil des gouverneurs l’appel à candidature pour la fonction.
Les pays intéressés ont jusqu’au 3 janvier 2025 pour déposer officiellement le dossier de leur candidat.
Les 11, 12 et 13 février 2025, ce même secrétariat général jugera de la conformité des dossiers en lice. Et statuera le 25 février en publiant la liste des candidats dûment enregistrés et la communiquera au conseil des gouverneurs.
Les candidats retenus auront jusqu’au 21 mars 2024 pour rédiger et déposer une sorte profession de foi dans laquelle ils déclineront leur vision de la BAD ; et ce dans les deux langues de travail de la BAD que sont le Français et l’Anglais.
Arrive ensuite le moment fatidique, à savoir l’Assemblée annuelle du conseil des gouverneurs. Elle se déroulera du 26 au 30 mai 2025 à Abidjan, durant laquelle donc la BAD élira son 9ème président depuis 1964.
Une conversation, mais alors un vrai échange à bâton rompu s’engagera entre les 81 gouverneurs et les candidats le 28 avant le vote qui se déroulera le 29 mai. Durant ce grand oral, les aspirants au fauteuil présidentiel seront questionnés sur tous les aspects de leurs candidatures et de leurs programmes respectifs
Un vote à la double majorité
En parlant des membres de la BAD, j’ai expressément utilisé le mot actionnaires, car le pouvoir de vote, ou le poids de chaque pays lors du scrutin est en fonction de cela.
C’est ainsi que l’on retrouve dans le tableau des 20 votes qui ont le plus de poids des pays comme le Nigéria (plus gros actionnaire de la BAD) dont l’unique voix pèse 9,29% des suffrages, suivi des États-Unis avec 6,06 % des suffrages.
Mais il y a une subtilité à ce vote ; il s’agit d’un scrutin à la double majorité.
Deux collèges électoraux sont appelés à se prononcer indépendamment l’un de l’autre.
Il y a un collège électoral des membres régionaux qui pèse 59,2 % dans la balance finale et un autre collège composé des membres non régionaux dont le poids électoral est de 40,8 %.
Dans le collège électoral des non-membres, les États-Unis, le Japon, l’Allemagne, le Canada et la France sont les principaux électeurs qu’il faudra convaincre.
Le Nigéria est ses 9,29 points, l’Égypte, l’Afrique du sud, l’Algérie et le Maroc feront certainement pencher la balance.
Pour remporter les élections l’un des candidats devra obtenir 50,1 % des voix au moins. Et cela dans chacun des deux collèges électoraux.
Chérif Adoudou Artine, blogueur politique

