La politique africaine

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Le communiqué, tout un art

La réaction à chaud après une actualité lorsqu’on est un responsable politique répond à certaines règles. La manière dont 2 ministres tchadiens se sont empressés à publier des communiqués exsangues trahit des failles dans l’organisation RP de l’exécutif.

La nouvelle du viol présumé d’une fillette de 12 an suivie d’une vidéo dans laquelle on voit un groupe de personnes s’en prenant physiquement à une jeune femme au sein d’un festival qui se déroule actuellement à N’Djaména a été à l’origine de 2 communiqués publiés distinctement par le ministère en charge de la Culture et de celui en charge de la Protection de la femme.

La gravité des faits et son amplification sur les médias sociaux peuvent être définies comme une crise que les responsables politiques et les organisateurs doivent gérer (à défaut de l’avoir anticipée).

Les deux ministres se sont fendus respectivement de 2 communiqués : l’un assurant que la sécurité serait renforcée et qu’une enquête est en cours, le second se perdant à travers des précisions sur l’âge de la victime présumée et d’un soutien à toutes les personnes victimes de viols et de violences à caractère sexuelle.

Il y a néanmoins 3 éléments (au moins) que n’ont pas pris en compte les équipes de communication de ces ministères avant de publier leurs communiqués.

Loin d’être une analyse approfondie, voici une égrainage non exhaustif des erreurs commises :

  1. Sans objectif de fond, point d’action pertinente

Un communiqué, comme toutes autres publications, doit avoir au moins un objectif bien précis.

Quel était celui des 2 que nous avons lues ? Les ministres voulaient « exister médiatiquement » au sein de cette crise. En soi ce n’est pas mal de vouloir exister. Mais il faut être présent dans les médias pour les bonnes raisons. Et non pas de manière exsangue.

  • Manque de concertation

Une crise

Un gouvernement

Deux communiqués

Ce manque de concertation/coordination dans la communication gouvernementale crée de la dissonance et entraîne le trouble dans l’esprit du grand public.

Longoh et Rozzi font cavalier seul au sein de ce gouvernement ? La manière dont ils ont géré ce début de crise semble dire oui.

  • Précipitation

Il ne faut pas confondre vitesse et précipitation. En voulant aller trop vite on passe toujours à côté de l’essentiel. C’est-à-dire passer à côté du fond du message (plus important que la forme ou le momentum dans le cadre d’une intervention grave émanant du gouvernement).

L’avis des partis (les personnes prises à parti, les forces de l’ordre, les organisateurs) aurait enrichi ces 2 communiqués en transmettant une information plus complète.

Afin d’éviter ces fautes, le premier ministère ou la présidence de la république doit mettre en place une cellule de communication permanente en lien avec les tous les ministères. Cela leur permettra de travailler en amont et éviter ces actions décrites en infra et qui reflètent un amateurisme criant.

Chérif Adoudou (@cherifadoudou)