Je demandais de manière très provocatrice, pourquoi est-ce que la RDC n’agresse-t-elle pas à son tour le M23 et les RFDC, car qu’on le veuille ou pas, la guerre, dans le cadre de l’autodéfense, est aussi une expression du droit international ?
Quelques éléments de réponses m’ont été apportés par des juristes et des journalistes qui maîtrisent cette guerre dans tous ses aspects.
Pourquoi donc la RDC reflète cette image d’impuissance face à ses ennemis ?
Les réponses sont d’ordre géographiques, mais aussi et surtout à cause de dysfonctionnements dans l’aspect sécuritaire.
Goma est une ville très difficile à protéger. Le chef-lieu de la province du Nord-Kivu se trouve à flanc de montagne et adossé à la frontière avec le Rwanda. Charles Kabuya, juriste et analyste politique (auteur en 2022 de l’essai « Congo, terre d’enjeux) explique que « Les troupes rwandaises n’ont même pas 100 mètres à faire pour pénétrer au cœur de la ville. Pour la défendre il aurait été nécessaire d’établir un poste avancé en territoire rwandais pour créer une zone tampon. »
Goma avait déjà été conquise très facilement par les forces rwandaises en 1998, 2011.
Cette vulnérabilité due à sa localisation géographique rend donc plus difficile la tâche des Forces armées de la république du Congo (FARDC). A cela il faut ajouter les nombreux dysfonctionnements de cette armée à cause d’une mauvaise gestion des fonds alloués pour contrer les attaques.
Détournement de fonds
Au nombre des difficultés rencontrées par les militaires congolais, il y a les retards de salaires qui obligent certains éléments des FARDC à vendre leur équipements et parfois leurs armes à leurs ennemis du M23.
Un article d’Africa Intelligence daté du 29 janvier 2025, bourré de révélations, pointe 3 personnalités, 3 hauts gradés à l’origine des détournements de grosses sommes d’argent.
Le général Christian Tshiwewe, limogé par Félix Tshiskedi en décembre 2024.
Le général Franck Ntumba, qui jusqu’aujourd’hui est le chef de la maison militaire du Président de la République. Ce rôle de chef de la maison militaire consiste à assurer la sécurité du Président et à l’assister dans les affaires militaires.
La troisième personnalité pointée par Africa Intelligence est le général-major Peter Cirimwami, tué fin janvier 2025, il était le gouverneur militaire de la province du Nord-Kivu.
Plusieurs milliards de dollars
Le plan de reconquête de l’Est mis en place après l’occupation de la ville de Bunagana, à une centaine de kilomètres de Goma, toujours dans le Nord-Kivu prévoyait d’acheminer 40 000 hommes dans la région. En plus du coût de ces troupes, le plan a prévu les frais inhérents aux armes et au différents équipements. Le journal parle de plusieurs milliards de dollars alloués en guise d’effort de guerre. Mais voilà, au lieu des 40 000 hommes annoncés dans le plan, 13 000 seulement sont arrivés dans la province en guerre. Un gap de 27 000 personnes.
Ces 3 officiers sont implicitement accusés d’avoir organisé des systèmes de détournements (dans les budgets alloués à la formation militaire, à l’achat d’armes et d’équipements mais aussi au niveau de la solde des militaire affectés dans le Nord-Kivu).
Une autre personne, politique celle-là, est clouée au pilori. Il s’agit du ministre de la Défense Guy Kabombo. Non pas parce qu’il aurait participé à ces opérations de détournement massif, mais plûtot par sa passivité et méconnaissance des évènements qui secouent le Nord-Kivu.
Afrique Intelligence conclu par ce qu’il décrit comme une délicate réalité avec laquelle devra composer Felix Tshisekedi en assurant que « l’armée congolaise, plus fragilisée que jamais, n’a ni les capacités, ni l’équipement pour se lancer dans une guerre. Et ce d’autant que la perte du contrôle de l’aéroport de Goma, essentiel pour acheminer le matériel militaire, rend extrêmement complexe le volet logistique. »

