La politique africaine

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Osaka et les 5 marqueurs de souveraineté

Sous le prisme de l’Expo 2025, le monde célèbre l’innovation, mais souligne également le retard de l’Afrique, absente des classements des 5 piliers qui forgent la souveraineté au 21e siècle (santé, éducation, armée, économie et technologie). Ce billet explore, à travers cinq piliers clés, les défis du continent pour conquérir une véritable indépendance.

Depuis le 13 avril dernier, un événement spectaculaire se déroule à Osaka au Japon : l’Expo 2025, sous le thème « Concevoir la société future pour nos vies ».  Un tel thème présage de belles innovations (robots, énergie verte, villes intelligentes, futuristes, médecine améliorée, etc) et une concurrence des plus rudes entre les grandes nations. On nous prépare, en quelque sorte, à la vie de demain ; et dans cette course au progrès, les nations les plus en pointe rivalisent d’ingéniosité et d’audace.

La 52ème exposition universelle met en lumière une question clé : qu’est-ce qui définit la puissance d’une nation aujourd’hui ? À mon avis, être souverain signifie exceller dans cinq domaines essentiels : un système de santé et d’éducation de qualité, une armée indépendante, une économie dynamique et une capacité à innover technologiquement.

La souveraineté, telle que conceptualisée par Jean Bodin au XVIe siècle, repose sur « l’autorité suprême d’un État sur son territoire et sa population, sans ingérence extérieure ». Mais cette définition a évolué, elle inclut désormais la capacité d’un État à résister aux pressions économiques, technologiques et militaires, souvent exercées par des puissances dominantes (États-Unis, Chine, UE) ou des acteurs non étatiques (multinationales, organisations internationales).

Que ce soit sur la variable économique (pensons en terme macro), militaire, système de santé/éducatif ou technologique/Innovation, les pays du continent africain ne sont pour le moment pas en mesure de tenir la comparaison par rapport à certaines nations qui sont véritablement souveraines.

« C’est là une de ces utopies à l’usage des niais »

Avant de développer l’idée que les Africains sont encore loin de la souveraineté, prenons un instant pour poser un cadre dans lequel exposer (et prouver ?) que l’Afrique est encore loin du compte en ce qui concerne son indépendance.

Les affrontements entre l’Iran et Israël de ces derniers jours me font penser à un passage écrit par Charles Zorgbibe, décrivant les relations détériorées entre Napoléon et Metternich, deux acteurs majeurs de la fin de l’empire français. Voici ce qu’écrivait l’historien et spécialiste en relations internationales, auteur notamment de l’essai exploratif Entre despotisme et démocratie : Histoire constitutionnelle de la France (Éditions du Cerf, 2023) : « Dans ses ultimes instructions à Caulaincourt, Napoléon a tenté de délégitimer le principe de l’équilibre cher à son ennemi (Metternich, alors chancelier de l’Empire austro-hongrois) : « On veut que la paix soit fondée sur l’indépendance de toutes les nations ? Soit ! C’est là une de ces utopies à l’usage des niais. » »

Cette phrase date de 1815, à quelques jours de la chute de l’Aigle à Waterloo. 210 ans après, à l’aune de l’actualité elle sonne encore comme une vérité criante. Elle trouve un écho dans le contexte actuel.

Les affrontements entre le régime sioniste et celui des mollah reflètent une logique de puissance où chaque acteur prioritise ses intérêts stratégiques, souvent au détriment d’un équilibre régional ou d’une coopération internationale. L’idée d’une « indépendance des nations » est mise à mal par les ingérences, les alliances asymétriques et les rivalités idéologiques. Les deux États belliqueux du Moyen-Orient privilégient leur sécurité et leur influence régionale, rendant l’équilibre régional illusoire, comme l’était l’ordre européen en 1815. En dépit des négociations et des médiations de Donald Trump, cette énième épisode de violence dans cette partie du monde montrent que la Realpolitik domine encore les relations internationales. Au diable donc le multilatéralisme sensé équilibrer le monde et prôné par l’ONU ?

Invité récemment dans un podcast pour parler de l’héritage de Kofi Annan et de Boutros Boutros-Ghali, le diplomate tchadien n’a pas manqué de souligner que « dans les relations entre les nations, personne ne fera de cadeau à personne ; si l’Afrique veut pleinement jouer son rôle elle devra prendre des initiatives et forger elle-même son destin. »

Les cinq piliers de la souveraineté

Notre postulat est de dire qu’en 2025 la souveraineté d’un état s’appuie et n‘a de pertinence qu’à travers cinq éléments principaux : son système de santé, son système éducatif, son armée, son économie (industrie et services) et sa capacité à innover dans le domaine des technologies. Si un pays maitrise ces cinq piliers sans ingérence extérieure (en plus de l’autorité sur son territoire et sa population), alors on peut parler d’une souveraineté totale.

Partant de questions simples posées au portail Statista, voici des classements mondiaux dans les 5 domaines précités.

Pour information, Statista est « une plateforme en ligne spécialisée dans la collecte, l’analyse et la visualisation de données statistiques, reconnue comme l’une des principales bases de données statistiques au monde. »

Quels sont les meilleurs systèmes de santé au monde ?

Plus de détails sur cette infographie > ici.

Quels sont les meilleurs systèmes éducatifs au monde ?

Plus de détails sur cette infographie > ici.

Quelles sont les meilleures armées du monde ?

Précision apportée par le moteur de recherche : « Il est important de noter que la « meilleure » armée peut être définie de différentes manières, en fonction des critères pris en compte. Statista propose plusieurs classements basés sur divers aspects de la puissance militaire. » Dans le cas présent, nous avons choisi de présenter l’infographie intitulée « Les plus grandes puissances militaires ».

Plus de détails sur cette infographie > ici.

Quelles sont les économies les plus stables au monde ?

Plus de détails sur cette infographie > ici.

Quels pays sont les mieux préparés à utiliser, adopter et s’adapter aux technologies qualifiées d’avant-garde ?

Plus de détails sur cette infographie > ici.

Que ce soit dans les allées de l’île de Yumeshima (où se déroule l’Expo 2025) ou dans ces cinq classements, un constat brutal s’impose : aucune nation africaine ne se démarque !  Pour prétendre à une souveraineté véritable, nos pays doivent bâtir leurs propres piliers ; car, à l’instar de ce que disait le diplomate tchadien cité en supra, dans le concert des nations, « personne ne fera de cadeau à personne ».

Chérif Adoudou (blogueur politique)