l’Organisation des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (OEACP) célèbre en 2025 un demi-siècle d’existence. Réunissant 79 pays, cette institution unique s’est imposée comme un acteur clé de la coopération internationale, représentant les intérêts du Sud global. Regard à rebours sut ces 50 ans en 4 périodes, correspondants aux grandes étapes de son évolution.
Fondée en 1975 sous le nom de Groupe ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) avec la signature de la Convention de Lomé, l’Organisation des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (OEACP) célèbre en 2025 un demi-siècle d’existence. Réunissant 79 pays, cette institution unique s’est imposée comme un acteur clé de la coopération internationale, représentant les intérêts du Sud global. Dès ses origines ce groupe d’États a compris qu’il devait évoluer pour s’adapter aux bouleversements géopolitiques et économiques du monde. De la décolonisation à l’Accord de Samoa en 2020, qui a transformé le Groupe ACP en une organisation internationale à part entière, l’OEACP a navigué entre ambitions panafricaines, solidarité Sud-Sud et défis d’autonomie financière et politique. Cette série de quatre billets explore l’histoire de cette institution méconnue, son rôle dans le développement, ses relations complexes avec l’Union européenne et les enjeux qui façonneront son avenir dans un monde multipolaire. En retraçant son évolution sur quatre périodes distinctes, j’analyse comment l’OEACP s’efforce de porter les aspirations des voix qu’elle représente et de renforcer leur influence dans les affaires internationales.
Une histoire et des Hommes
Saviez-vous que Léopold Sédar Senghor est à l’origine de l’inclusion des normes STABEX (Système de stabilisation des recettes d’exportation) dans les premiers accords de coopération entre les États afro-caribéens-pacifiques et la Communauté économique européenne (CEE) au milieu des années 1970 ?

Lors de la signature de la Convention de Lomé, le 28 février 1975 dans la capitale togolaise, Léopold Sédar Senghor, alors président du Sénégal et figure emblématique du panafricanisme, a joué un rôle déterminant. Durant les négociations préparatoires, Senghor, avec sa verve intellectuelle et son charisme, a marqué les esprits en plaidant pour une coopération équitable entre les pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) et la CEE. Il a particulièrement insisté sur l’inclusion du système STABEX, un mécanisme visant à stabiliser les revenus des exportations des matières premières pour protéger les économies des pays ACP contre les fluctuations des prix mondiaux. Lors d’une session clé, il a livré un discours mémorable pour convaincre les négociateurs européens et unifier les représentants ACP autour de cette cause. Le chantre de la négritude était un visionnaire, pour la protection des pays du sud dans les échanges internationaux tout d’abord et dans le raffermissement des rapports sud-sud ensuite, qui sont aujourd’hui une clé de voute de l’OEACP (Organisation des États d’Afrique, des caraïbes et du Pacifique).
Cette anecdote est méconnue, quasi inexistante dans la mémoire collective des Africains (et peut-être aussi des Caribéens et des insulaires du Pacifique), contrairement à d’autre images de la période postindépendance : je pense aux nombreuses cérémonies de levées de drapeaux dans les toutes nouvelles nations, au discours à la lueur des bougies de Patrice Lumumba en 1960 ou encore à cette photo de Kwame Nkrumah en 1963 lors de la création de l’Organisation de l’unité africaine (OUA).
Une évolution sur quatre périodes
L’organisation des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (OEACP) est certainement une des institutions les moins en vue dans la sphère des agences internationales qui impliquent directement l’Afrique. Un non-sens au vu de sa portée géographique (48 pays africains, 16 caribéens et 15 du Pacifique), au vu de sa longévité et de son adaptation aux changement successifs du contexte géopolitique international. J’explore ici, afin de mieux la comprendre, l’histoire de cette institutions cinquantenaire.
Comment l’OEACP, héritière du Groupe ACP, s’est-elle imposée dans l’écosystème du développement ?
Quel rôle a-t-elle joué depuis 1975 ?
Quelles sont ses relations avec l’Union européenne, son partenaire historique ?
Et comment l’organisation a-t-elle évolué, du Groupe ACP (1975-2020) à l’OEACP (2020 à aujourd’hui) ?
Dans cette série de 4 billets, je tenterai de répondre à ces questions fondamentales pour l’avenir de l’OEACP et sa capacité à représenter les aspirations et les intérêts du Sud global dans les affaires internationales.
Chérif Adoudou (blogueur politique)

