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OEACP : de Lomé IV à Samoa : vers une nouvelle coopération

Signé en 2000, l’Accord de Cotonou marque la fin de la Convention de Lomé IV, réorientant la coopération ACP-UE vers la réduction de la pauvreté, la gouvernance et les Accords de partenariat économique (APE).

En 2020, le Groupe ACP devient l’OEACP, renforçant son autonomie et sa coopération Sud-Sud. Ce troisième billet décrit :

  • une transition quasi obligée ;
  • la structure organisationnelle ;
  • et les ambitions de l’OEACP.

La fin de la Convention de Lomé IV en 2000 marque un tournant décisif pour le Groupe ACP, confronté à la nécessité d’adapter ses relations avec l’Union européenne (UE) et à un monde globalisé. L’Accord de Cotonou, signé en 2000, succède donc à Lomé IV en recentrant la coopération sur la réduction de la pauvreté, la gouvernance et les droits humains, tout en introduisant des Accords de partenariat économique (APE) pour aligner les échanges commerciaux avec les règles de l’OMC. Ce nouvel accord régionalise par conséquent la coopération, divisant les pays ACP en six groupes pour mieux répondre à leurs spécificités, tout en maintenant une unité collective :

l’Afrique de l’Ouest, composé des pays de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ;

l’Afrique centrale qui inclut les pays de la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) ainsi que la République démocratique du Congo et Sao Tomé-et-Principe.

Le troisième groupe est celui de l’Afrique de l’Est englobant les pays de la Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC) comme le Kenya, le Sud-Soudan ou l’Ouganda.

Viennent ensuite le groupe des pays de l’Afrique australe, principalement composé des membres de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) tels que l’Afrique du Sud, le Botswana ou encore Eswatini.

Sur les autres continents, il y a le groupe des caraïbes qui compte les pays du Forum des Caraïbes (CARIFORUM), incluant 15 États comme la Jamaïque, la Barbade, les Bahamas ou encore la République dominicaine. Et pour finir, le 6ème groupe est celui du Pacifique, avec les pays du Forum des Îles du Pacifique, tels que la Papouasie-Nouvelle-Guinée, les Fidji, les Samoa ou les Îles Salomon.

Ces divergences d’intérêt régionaux (conjugués aux conditionnalités politiques des européens) ont imposés la nécessité d’une transformation institutionnelle. En 2020, le Groupe ACP devient officiellement l’Organisation des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (OEACP) avec la révision de l’Accord de Georgetown de 1975. Cette mue renforce l’autonomie de l’organisation, met l’accent sur la coopération Sud-Sud, le développement durable et la résilience climatique ; tout en consolidant le partenariat avec l’UE. L’OEACP s’affirme ainsi comme une plateforme dynamique, prête à relever les défis du 21e siècle. Cette transition relie la fin de Lomé IV à l’émergence de la nouvelle Organisation.

L’OEACP est aujourd’hui une plateforme essentielle pour la coopération Sud-Sud et le dialogue avec l’Union européenne, avec des objectifs encore plus ambitieux, axés sur le développement, la stabilité économique et la promotion des droits humains et de la pluralité politique. Cependant les défis de coordination entre ses membres nécessitent une réflexion continue pour renforcer son autonomie et son impact.

Cet examen pourrait porter à terme sur sa structure organisationnelle.

L’organisation aux 79 membres est structurée autour de quatre organes.

Il y a tout d’abord le Sommet des chefs d’États et de gouvernements (organe suprême de l’OEACP). Les chefs d’États se réunissent tous les 3 ans dans une capitale d’un des pays membres pour définir les grandes orientations stratégiques. Le dernier sommet s’est tenu en 2022 à Luanda et c’est tout naturellement le chef d’État angolais, Joao Lourenco, qui a présidé le travaux.

Le second niveau de décision est le Conseil des ministres, qui réunit tous les ministres représentants des pays membres. Ces derniers désignent un ministre, généralement le ministre des Affaires étrangères, du Commerce ou de la Coopération internationale, pour les représenter. Précisons également que ce Conseil est présidé par un des ministres des États membres, choisi sur une base de rotation géographique entre les trois régions (Afrique, Caraïbes, Pacifique). Si on devait résumer le rôle de ce conseil on dira très simplement qu’il est chargé de prendre des décisions politiques en phase avec les orientations stratégiques de l’organe suprême, de superviser les activités de l’organisation et de déléguer des tâches au Comité des ambassadeurs et au Secrétariat général. Ses réunions se déroulent chaque année soit à Bruxelles (siège du secrétariat général), soit dans un des pays membres.

Le troisième organe du dispositif politico-administratif est le Comité des ambassadeurs. Basé à Bruxelles, il prépare les réunions du Conseil des ministres ainsi que le Sommet des chefs d’État et assure le suivi des décisions politiques.

Le quatrième organe est celui qui attire tous les regards et sur lequel repose tous les espoirs car il travaille au quotidien à la mise en œuvres des décisions prises par les chefs d’États et les ministres : le Secrétariat général. Il gère les opérations courantes et s’assure de l’effectivité des programmes d’aide sur les différents théâtres des opérations. Le Programme de digitalisation durable du secteur financier dans les pays ACP qui implémente le système bancaire au Nigéria et au Kenya est un exemple parmi tant d’autres de ces missions coordonnées et supervisées par le Secrétariat général. La plupart des programmes sont gérés en partenariat avec des organisations locales et régionales.

Chérif Adoudou (blogueur politique)