La politique africaine

Parce que la politique est le point de départ de tous les grands changements de la société.

Space 235, un îlot de sérénité

La session du Space235 sur X (anciennement Twitter) de ce samedi 22 novembre 2025 a été un moment de plaisir, si rare sur une toile devenue rance et acrimonieuse. Trois heures de débat apaisé sur le PND du Tchad organisé à d’Abou Dhabi, entre sceptiques, nuancés et soutiens. Rare moment de correction dans un Tchad où l’invective est devenue l’ordinaire de l’échange politique.

Si ce pays, que j’ai qualifié de « pays de merde » il y a 2 ans, pouvait s’imprégner de l’esprit qui prévaut dans le Space235, alors il aura fait un pas de géant pour se rapprocher d’un préalable nécessaire (selon moi) à l’instauration de ce qui lui manque le plus, à savoir une bonne gouvernance, pour atteindre les objectifs du fameux PND qui s’est déroulé à Abou Dhabi les 10 et 11 novembre 2025.

Avant de parler de ma satisfaction sur le déroulement du Space, je vous propose un compte-rendu des ces instants enrichissants à plus d’un titre.
Quelles étaient les opinions en présence ?

De mémoire, les 3 hôtes du Space souhaitaient recueillir les avis des uns et des autres sur les espoirs qu’ils entretenaient aux lendemains de cette deuxième table ronde (après celle de 2017) pour mettre au pad* le Tchad afin que celui amorce son développement.

*Mettre au pad est une métaphore tirée du langage des transports ou de la mécanique. Le « pad » étant parfois compris comme le plot de départ, la plateforme de lancement au sens large.

Les sceptiques, les nuancés et les soutiens

La majorité des participants a fait part de son scepticisme sur les retombées de cette grande messe tchadienne chez ses partenaires moyen-orientaux. « Pourront-ils réaliser en 5 ans ce qui n’a pas pu être fait en plus de 30 ans ? » se demanda rhétoriquement l’un, « Les mêmes causes produisent les mêmes effets » » trancha un autre. Le point de vue des sceptiques pouvait se résumer à travers ces deux verbatim.

Une autre frange n’était pas totalement en défiance vis-à-vis des ambitions tchadiennes à l’aune du lustre à venir (2025-2030), mais tenait à préciser que « si nous voulons que ces objectifs soient atteints », nous (citoyens, société civile et gouvernants (surtout ces derniers)) devons chacun jouer notre partition, assumer notre rôle, prendre nos responsabilités. Concrètement il s’agit, selon cette partie « centriste » vis-à-vis du PND, de respectivement suivre dans le temps l’avancée des promesses (à travers des outils participatifs et transparents) et d’exiger des comptes aux gouvernants pour les rôles des 2 premières catégories. Et de travailler sérieusement à l’achèvement des ambitions marquées fièrement à Abou Dhabi pour la 3ème catégorie.

« Le rapport de force est trop déséquilibré » pour exiger quoi que ce soit aux gouvernants » a tenu à prévenir un des tenant de la ligne « défiance au PND ».

La 3ème voie était représentée par ceux qui soutiennent mordicus le PND, son approche, sa méthodologie, sa structuration et son déroulement. Quid de ses retombées dans 5 ans ? Ils ont, à court d’arguments et d’assurance tangible, botté en touche en affirmant qu’ « un travail colossal a été abattu et que même s’il y a échec ils auront essayé.»

Structurés, intelligibles, persuasifs

Tout ce que j’ai écrit en supra n’est que le reflet de la vie : il y a des POUR, il y a des CONTRE. Et il y a des OUI MAIS. Le plus important sont les arguments que chacun apporte pour conforter ses positions. Sur ce chapitre, les sceptiques avancent que les 35 ans de pouvoir MPS (avec toutes les tares qu’il a charriées) et l’état actuel du Tchad suffisent à convaincre quiconque de ne pas croire en ce plan. Pour « les centristes », la citoyenneté et l’action associative conjuguée à l’engagement politique sont des vertus qui, si elles sont appliquées, apporteront petit à petit les changements nécessaires. Les « POUR », comme déjà précisé, manquaient d’arguments allant au-delà de la qualité et de la masse de travail accompli.

Durant ces presque 3 heures de Space, malgré les fortes divergences d’opinions, la bonne tenue a toujours été de mise. Je disais en amorce de ce billet d’humeur, que ce genre de discussions apaisées doivent ABSOLUMENT déteindre sur un pays qui a sombré dans la démence collective ; un pays dans lequel le rapport de force est devenue une norme, où l’on n’écrit plus une phrase politique sans invective grossière ou accusatrice, où enfin l’injure (ad hominem ou ad populum) n’est plus un accident, une faute de goût ou un dérapage exceptionnel; elle est devenue un éléments structurel du discours… aussi banal, aussi fréquent que l’utilisation de la virgule ou du point dans une syntaxe correcte.

Merci chers tous, merci aux intervenants de ce samedi soir pour cette amabilité, ce « savoir-vivre » malgré les oppositions, cette tenue, cette correction dans les tons et les mots utilisés.

…et pour ne pas bouder mon plaisir, je me aussi délecté de la sapience de ces tchadiens ; structurés dans leurs idées, intelligibles dans leurs énoncés, persuasifs dans leurs démonstrations.

Chérif Adoudou – blogueur politique