En marge de la 120ème session du conseil des ministres de l’OEACP, je me suis attardé sur la manière de travailler du Secrétaire général de cette organisation cinquantenaire. Loin des textes officiels ou protocolaires, voici Moussa Batraki en 6 qualificatifs observés dans le réel.
Je côtoie Moussa Batraki, Secrétaire général de l’ OAECP (Organisation des états d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique), dans le cadre professionnel depuis un peu plus de 6 mois. Si je devais le décrire en 6 mots (puisque 6 mois) je dirais qu’il est empathique, déterminé, rassembleur, consolidateur, stratège et pragmatique.
Cette symétrie numérique (sur le 6), cette figure de diction est mon agrément personnel de rédacteur pour brosser un portrait du secrétaire général de l’OEACP qui rompt avec les conventions, loin des textes officiels lisses, hagiographiques ou protocolaires.
Chacun de ces 6 mots est le résultat de mes observations durant le dernier semestre dans des situations complexes, parfois embarrassantes et dans lesquelles il devait décider, trancher.
Empathique
J’ai rencontré l’empathie du Secrétaire général quand au bout de 3 mois d’exercice (il a pris ses fonctions en février 2025) il était dans l’obligation de se séparer d’un certain nombre de collaborateurs, une décision douloureuse mais pourtant nécessaire. « (…) derrière chaque contrat que je vais être obligé d’arrêter ou de ne pas renouveler, il y a des familles derrière, il y a des situations que nous ne pouvons peut-être même pas imaginer » confiait-il, marqué par la conscience des vies qu’il touchait.
Déterminé
Il est probable que vous ayez déjà entendu évoquer la « Mamba mentality » dans les récits concernant le joueur de basket Kobe Bryant. Cette philosophie de vie, telle que définie par Bryant lui-même, repose sur « une quête obsessionnelle d’amélioration quotidienne, un travail acharné qui surpasse le talent, une résilience face à l’échec, une absence de peur et une concentration totale sur le processus plutôt que sur le résultat immédiat. C’est une mentalité impitoyable envers soi-même. » En voyant la manière dont le secrétaire général travaillait, je n’ai pu que faire le corollaire avec le mantra qui a guidé la star des Los Angeles Lakers au succès. C’est entre juin et octobre que j’ai véritablement découvert sa détermination. Durant ces mois, il a vécu au rythme incessant des avions, des escales fugaces, des lobbys d’hôtels et des palais présidentiels. Son objectif était clair : rencontrer personnellement les chefs d’État pour leur exposer l’importance de l’organisation, la portée de ses missions et la nécessité de leurs contributions financières respectives. Le tout rythmé par des séances de travail à des heures improbables avec ses collaborateurs, imposées par les implacables décalages horaires. Il n’a certes pas rencontré les 79 chefs d’État des pays membres de l’OEACP, mais il a mené une mission de plaidoyer plus que nécessaire.
Rassembleur
Il y a au sein de l’OEACP 45 pays africains, 16 pays caribéens et 15 du Pacifique. Nous parlions un jour de septembre d’un plan de diffusion de certaines informations… avant même ma présentation de ce projet, le Secrétaire général a tenu à me rappeler qu’il ne faut surtout pas faire l’erreur de se concentrer uniquement sur « nos pays africains » et que l’OEACP c’est aussi 31 autres pays qui rajoutent aux atouts déjà nombreux de l’organisation.
Dans la même veine, lorsque j’évoquais le rôle de Senghor et Houphouët-Boigny dans la création de l’organisation, il insistait pour que je mentionne aussi des figures comme Eric Williams (Trinité-et-Tobago), Michael Manley (Jamaïque) et Ratu Sir Kamisese Mara (Fidji). Ainsi que le fait que l’accord fondateur du groupe ACP a été signé à Georgetown, capitale du Guyana, en 1975.
Ces anecdotes traduisent une conviction profonde : pour le Secrétaire général, l’OEACP n’est pas une organisation à dominante africaine flanquée de membres périphériques, mais un ensemble équilibré où chaque région contribue de manière essentielle. Par sa vigilance constante à inclure et à rappeler, il se révèle un rassembleur authentique, veillant à ce que l’unité ne reste pas rhétorique mais devienne une réalité vécue, sans hiérarchie entre les voix.
Consolidateur
« Le statut actuel de l’OEACP doit être consolidé » affirme avec force le Secrétaire général. Cette phrase, revenue à plusieurs reprises dans nos échanges, traduit une priorité constante de son mandat. L’OEACP, née de la transformation du groupe ACP en organisation internationale pleinement autonome, repose désormais sur l’Accord de Samoa signé en 2023. Ce nouveau cadre doit marquer une émancipation de l’organisation tout en préservant des protocoles régionaux adaptés aux réalités des pays membres et consolider le partenariat historique avec l’Union européenne.
Fortifier ce statut n’est pas une simple formule administrative : c’est affirmer la pleine souveraineté de l’organisation, renforcer ses institutions internes, assurer un financement pérenne par les États membres et accroître sa voix propre sur la scène internationale. Lors de ses tournées intensives auprès des chefs d’État, il a insisté sur la nécessité de mobiliser les contributions financières et de préparer les sommets à venir (en Guinée équatoriale). A travers son action méthodique, il se pose en architecte patient qui ancre l’OEACP dans une maturité institutionnelle durable. Il veille ainsi à transformer une organisation en transition en un acteur solide.
Stratège
Le Secrétaire général a constitué un cercle restreint de collaborateurs soigneusement sélectionnés pour leur expertise professionnelle avérée, leurs qualités reconnues et leur valeur stratégique dans la poursuite de ses objectifs. Cette équipe rapprochée intègre principalement d’anciens membres du bureau du précédent Secrétaire général de l’OEACP, choix délibéré, car leur connaissance approfondie des réseaux et des contacts établis permet de gagner un temps précieux dans l’action. Elle compte également un ex-collaborateur du ministère tchadien du Plan, ainsi qu’une professionnelle dans la mobilisation de fonds rencontrée lors de son passage à Addis-Abeba, auprès de l’Union africaine pour le compte du PNUD.
L’ensemble de ces collaborateurs partage une culture commune, des codes professionnels similaires et une implication résolue dans les défis qu’il leur fixe. En structurant ainsi son entourage, le Secrétaire général démontre une approche stratégique : il privilégie des profils dont le potentiel répond précisément à ses attentes et dont les compétences garantissent l’atteinte efficace des objectifs qu’il s’est assignés.
Pragmatique
Ce dernier qualificatif n’est pas un ajout indépendant, il est la synthèse des 5 déterminants précédents. Le pragmatisme est la tonalité dominante de l’action du Secrétaire général. Il traduit cette capacité à allier hauteur de vue et sens du réalisable, à inscrire des ambitions élevées dans les contraintes du réel, sans concession sur les principes mais sans rigidité idéologique. C’est cette alliance constante entre idéal et exécution qui fait de lui, en définitive, un dirigeant pragmatique.

