Cela fait cinq ans qu’Idriss Déby Itno nous a quittés. Au-delà des hommages convenus qui ont fleuri sur les réseaux sociaux et dans la presse en ligne à l’occasion de ce triste lustre, une seule question mérite vraiment d’être posée : après plus de trois décennies au pouvoir, qu’a réellement apporté Idriss Déby Itno au Tchad et aux Tchadiens ? Les « psalmodieurs » feraient bien de laisser cette interrogation les habiter. Car l’Histoire ne juge pas un chef d’État à la durée de son règne, mais à sa capacité réelle d’élever la condition de son peuple.
J’ai écouté en boucle la chanson de Gazongua « Idriss Deby, anina ma nakhalouk ». Il faut l’avouer, ce morceau est très entraînant ; et il paraît que le défunt président souriait et esquissait quelques mouvements de danse dès l’écoute des premières notes de la chanson. Je me suis donc délecté de la chanson de Gazongua « Idriss Deby, anina ma nakhalouk » ce dimanche. Cette envie m’est venue en parcourant les stories Instagram de l’une de mes cousines qui rendait, à l’instar de beaucoup d’autres Tchadiens, un énième hommage à IDI.
Maitre Gazongua a immortalisé Idriss Deby et le MPS à travers cette composition saccadée, festive, presque enivrante. C’est une partie du leg que laisse aux Tchadiens cet artiste prolifique.
Le leg, l’héritage d’Idriss Déby Itno… c’est au demeurant sur cela que je souhaite approfondir ma réflexion. Une réflexion pour aller au-delà de l’hommage convenu et des regrets sur « le vide que laisse » le natif de Berdoba ; complaintes émanant d’une frange de la population plutôt teintée de culture musulmane et/ou marquée d’un certain engagement politique. La question cardinale qui doit habiter les « psalmodieurs » des réseaux sociaux est « Qu’a apporté Idriss Déby Itno au Tchad et aux Tchadiens durant ses plus de trois décennies à la tête du pays en ce qui concerne l’amélioration des conditions de vie de ses compatriotes et de l’établissement de bases solides pour un état ? ».
Il s’agit là de la seule question qui vaille. Car un président de la République est, par essence, le guide et l’incarnation du pouvoir sur lequel les habitants d’un pays doivent pouvoir compter. Il lui revient d’assurer leur sécurité, leur bien-être moral, physique et matériel, de leur ouvrir un avenir digne de ce nom et enfin de donner vie à un État de droit — c’est-à-dire à une stricte application de la loi, portée par une administration efficace — entièrement tourné vers l’intérêt collectif.
A l’exception de sa famille ou de ses amis proches, tout hommage qui ignore ce que L’homme du 1er décembre a apporté au Tchad sur ces aspects est inutile et doit rester dans la sphère privée.
Quel héritage a laissé Idriss Déby ?
Ce bilan, qu’il soit positif ou négatif, appartient en premier lieu à l’Histoire et à ceux qui l’écrivent. Seuls le temps et le regard impartial des intellectuels permettront de trancher cette question. Toutefois, l’Histoire juge un chef d’État non à la durée de son règne, ni à l’ampleur des louanges qu’il suscite, mais à sa capacité réelle d’élever la condition de son peuple.
Ainsi Napoléon Bonaparte, malgré les guerres dévastatrices, les excès du pouvoir personnel et les reproches que l’on peut légitimement lui adresser, a donné à la France les fondements d’un État moderne : un droit unifié, une administration rationnelle et centralisée et les bases d’une égalité civile qui perdurent encore aujourd’hui. De même, Jerry Rawlings, au Ghana, accéda au pouvoir par un coup d’État et exerça d’abord une autorité militaire rigoureuse ; pourtant, il a su, au fil des années, élever le niveau de la vie politique de son pays jusqu’à en faire l’un des rares États africains où la passation du pouvoir s’effectue désormais de manière régulière, pacifique et conforme au verdict des urnes.
Ces deux exemples rappellent avec force que la longévité au pouvoir ne se légitime que par les institutions durables, l’amélioration tangible des conditions de vie et la construction d’un avenir collectif qu’elle permet… ou qu’elle trahit.
Chérif Adoudou (Blogueur politique)


